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RÉSUMÉ
DÉS PRINCIPAUX TRAITÉS CHINOIS
- SUR LA
CULTURE DES MURIERS| |
ET L'ÉDUCATION DES VERS A SOIE
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TRADUIT
PAR STANISLAS JULIEN
MBMBRE DE L'INSTITUT
YLOFESSEUR DE LANGUE ET DE LITTÉRATURE CHINOISES AU COLLÉGE DE FRANCE
BP CPUBLIÉ PAR ORDRE DU MINISTRE DES TRAVAUX PUBLICS
DE L'AGRICULTURE ET DU COMMERCE
PARIS
IMPRIMERIE ROYALE
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RESUME
DES PRINCIPAUX TRAITÉS CHINOIS
SUR LA
CULTURE DES MURIERS
ET L'ÉDUCATION DES VERS A SOIE.
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RÉSUMÉ
DES PRINCIPAUX TRAITÉS CHINOIS
SUR LA
CULTURE DES MURIERS
ET L'ÉDUCATION DES VERS A SOIE
PAR STANISLAS JULIEN
MEMBRE DE L'INSTITUT
PROFESSEUR DE LANGUE ET DE LITTÉRATURE CHINOISES AU COLLÉGE DE FRANCE
PUBLIÉ PAR ORDRE DU MINISTRE DES TRAVAUX PUBLICS
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DE LAGRICULTURE ET DU COMMERCE
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AVANT-PROPOS.
M. le Ministre des travaux publics, de l'agriculture et du com-
merce, a invité M. Camille Beauvais à rédiger l'Introduction qui
précède la traduction de M. Stanislas Julien. Personne n'était plus
capable d'apprécier le mérite des méthodes adoptées en Chine pour
.ja culture des müûriers et l'éducation des vers à soie. En effet, M. Camille
Beauvais a déjà mis en pratique plusieurs de ces méthodes , et c'est à
leur emploi qu'il est redevable d’une partie des perfectionnements qu'il
vient d'introduire dans ce genre d'industrie.
En faisant paraître cette traduction avec le concours de M. Camille
Beauvais, M. ie Ministre des travaux publics, de l’agriculture et du
commerce, a voulu lui montrer le prix qu'il attache à ses importants
travaux, et prouver en même temps aux éleveurs de vers à soie que
des procédés suivis avec tant de succès par ce savant agriculteur
sont dignes de fixer leur attention.
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INTRODUCTION. 下 RN
La traduction d’un ouvrage chinois qui traite d’une grande
industrie établie depuis longtemps sur notre sol est une
entreprise qui sera diversement appréciée. Quelle que soit
l'opinion des éleveurs et des savants qui liront cette publi-
cation, je crois qu'elle restera toujours comme un témoi-
gnage de la supériorité des Chinois dans tous les détails
pratiques qui embrassent la vie du ver à soie, et des résul-
tats surprenants auxquels ils sont parvenus.
Quelques esprits, entraînés par l'influence d'anciennes
traditions, jugeront puérile peut-être cette multitude de
soins minutieux que les Chinois prodiguent aux vers à soie ;
d’autres ny verront que des procédés en apparence peu
différents des leurs, ou diront qu'ils peuvent convenir au
climat de la Chine, et ne pas être applicables dans le nôtre;
peut-être enfin un certain nombre de personnes oublieront-
elles l'ouvrage après l'avoir lu. Mais le temps et l'expérience
feront, je l'espère, apprécier à leur juste valeur ces mé-
thodes naturelles, ces attentions délicates, ces précautions
sages et multipliées que recommandent les auteurs chinois.
On comprendra aisément qu'un peuple observateur, qui
a inventé, avant l'Europe, la boussole, l'imprimerie, la
poudre à canon, et qui, depuis quarante siècles, regarde
l'industrie de la soie comme sa principale richesse, doit
l'avoir portée à un haut degré de perfection, et que nous
A
VIII INTRODUCTION.
ne saurions mieux faire que d'aller puiser à la source même
de nouvelles connaissances et de nouveaux perfectionne-
ments.
Si, par une judicieuse application des procédés des Chi-
nois, nous parvenions à égaler leurs succès, bientôt la face
de cette industrie serait changée en France. Elle prendrait
alors un caractère plus stable; les éventualités qu'elle a
maintenant à redouter feraient place à un système sür et
régulier, qui délivrerait léleveur des chances fâächeuses aux-
quelles des moyens imparfaits et variables l’exposent tous
les jours. Mais pour atteindre ce but, pour que d’utiles in-
novations viennent démontrer l'importance de cet ouvrage,
j faut du temps et de longues expériences. Nous devons
nous pénétrer de l'esprit qui préside à toutes les pratiques
des Chinois, si nous voulons les naturaliser chez nous et
nous en servir avec assurance et avec succès.
ll est permis d'espérer que l’état avancé de nos sciences,
nous donnera quelquefois l'avantage sur les Chinois dans
l'application de leurs procédés. Je citerai à ce sujet un fait
intéressant qui se trouve dans cette traduction. Les Chinois,
persuadés que la pureté et le renouvellement de l'air sont
indispensables à la santé des vers à soie, ont imaginé un
système de ventilation qui, bien qu'il nous paraisse incom-
plet à quelques égards, présente plusieurs traits de ressem-
blance avec celui que nous devons à M. Darcet.
Ils font entrer l'air extérieur par des tubes qui sont placés
de distance en distance, et qui s'ouvrent à fleur du sol.
Quand l'air de l'atelier est vicié, on le laisse échapper par
de petites fenêtres pratiquées dans le plafond. Ces mêmes
tubes servent encore à répandre de la fraîcheur dans le local
INTRODUCTION. IX
des vers à soie; on les ferme lorsqu'on a besoin d'élever la
_ température.
= Certes, ce système est loin de valoir celui de M. Darcet !
qui réunit la simplicité à l'énergie, et offre le double avan-
tage de conserver une température régulière, et de faire
circuler l'air dans l'atelier. Mais, quelque imparfaite que la
ventilation des Chinois puisse nous paraître, elle montre
cependant combien cette nation industrieuse a fait d'efforts
pour assurer la réussite constante de ses éducations.
J'ai déjà expérimenté deux méthodes chinoises qui m'ont
donné les résultats les plus heureux : l'alimentation fréquente
des vers, et leur parfaite égalité qui doit commencer à leur nats-
sance, et étre maintenue avec soin pendant toute la durée de leur
nourriture. Je considère maintenant ces deux pratiques
comme acquises à l'industrie sérigène, et comme des éléments
indispensables de succès. J'en avais puisé l'idée dans un
court Mémoire du P. d'Entrecolles, publié par le P. Du-
halde. Frappé de ce résultat inattendu et voyant que le
travail abrégé du savant missionnaire laissait beaucoup de
choses à désirer, j'ai pensé qu'il était nécessaire de recourir
aux auteurs chinois eux-mêmes pour obtenir, sur les vers à
soie et les müriers, des renseignements plus précis et plus
1 En établissant à ma prière un système simple et économique de ventila-
tion, qui porte maintenant le nom de son auteur, M. Darcet a ajouté un
nouveau et éminent service à tous ceux dont les arts lui sont déjà redevable,
On ne saurait trop louer le patriotisme et le désintéressement que ce savant
a montré en cette occasion. :
M. le Ministre des travaux publics vient de faire exécuter un certain
nombre de modèles de cet appareil, qui ont été adressés aux préfets, pour
être déposés dans les chefs-lieux des départements qui s'occupent plus spé-
cialement de l'industrie des soies. (C. B.)
x INTRODUCTION.
complets. Je crus devoir prier M. le Ministre du commerce
et de l'agriculture de faire traduire deux chapitres d'un
grand ouvrage chinois, qui traitent cette double question
d'une manière neuve et approfondie !.
“M. le Ministre du commerce a senti toute l'importance
d'une publication destinée à améliorer une de nos plus
riches branches d'industrie, et, afin de lui prouver toute sa
sollicitude, il s’est empressé de faire imprimer aux frais du
Gouvernement la traduction de l'ouvrage chinois, pour le
distribuer ensuite aux éleveurs et aux agronomes, qui y
puiseront les germes d'expériences nouvelles et d'utiles per-
fectionnements. Pour s'assurer si les pratiques contenues
dans ce traité se sont améliorées depuis sa publication, qui
remonte à près d'un siècle, M. Martin (du Nord) a eu lheu-
reuse idée de faire parvenir une copie de la traduction ma-
nuscrite à M. Louis Hébert, l'un de mes élèves, que le
Gouvernement a envoyé, il y a un an, sur les côtes de la
Chine, dans le but spécial d'étudier les méthodes de ces
contrées, et de rapporter de précieuses variétés de müriers
et de vers à soie qui nous sont inconnues.
Cette traduction a été confiée à M. Stanislas Julien,
membre de l'Institut et professeur de langue et de littéra-
ture chinoises au collége de France. Elle offrait d'immenses
difficultés à un homme qui, par ses habitudes littéraires, se
trouvait complétement étranger aux procédés qu'il avait à
décrire, et qui rencontrait pour la première fois la plupart
1 La traduction du Traité de l'éducation des vers à soie a été faite en vertu
d’une décision de M. Passy, du 23 août 1836. C'est M. Martin (du Nord),
Ministre actuel du commerce et de l'agriculture, qui a chargé M. St. Julien
de traduire le Traité de la culture des müriers. (C. B.)
INTRODUCTION. x
des termes techniques qui servent à les exprimer. Les éle-
veurs et les agronomes reconnaîtront sans peine tout ce
qu'il a fallu à M. Julien de patience et de sagacité pour en-
trer aussi intimement dans son sujet, et en exposer tous les
détails avec une clarté et une précision qu'on ne pouvait
guère attendre que d’une personne versée dans cette in-
dustrie.
Le texte de cette traduction fait partie d’un grand et ma-
gnifique Recueil d'agriculture, publié par l'ordre de l'em-
pereur, où lon donne un résumé des ouvrages les plus
répandus, qui traitent de la culture des müriers et de l'é-
ducation des vers à soie. Les rédacteurs se sont bornés à
rapporter fidèlement les différents procédés usités en Chine,
sans chercher à faire ressortir ceux qui leur paraissaient les
meilleurs, ou à expliquer les contradictions qu'on y remar-
que quelquefois. On excusera aisément ces contradictions
apparentes, en songeant que les auteurs de cet ouvrage ont
voulu faire connaitre les méthodes des diverses provinces,
méthodes qui sont nécessairement subordonnées aux be-
soins de chaque localité, aux progrès de ses habitants et à
la différence des climats.
Qui me soit permis, en terminant ces réflexions, d’ap-
peler l'attention des lecteurs sur quelques points importants
de l'ouvrage chinois; par exemple, sur la manière de faire
pondre les papillons et de conserver la graine, et sur les
moyens employés pour obtenir une éclosion simultanée.
Je signalerai, d'après la même autorité, les effets désastreux
qui résultent de l'introduction subite de l'air froid et hu-
mide dans un atelier dont la température est élevée, ainsi
que l'influence mortelle quexerce la fermentation des feuilles
XII INTRODUCTION.
sur la santé des vers à soie. Jajouterai un dernier fait, pour
donner en peu de mots une idée de la supériorité imcon-
testable des méthodes des Chinois sur celles des Européens,
c’est qu'ils perdent à peine un ver à soie sur cent, tandis que
. chez nous la mortalité dépasse de beaucoup cinquante pour cent!
CAMILLE BEAUVAIS.
AVERTISSEMENT
DU TRADUCTEUR.
Etranger à l'industrie sérigène ! et à la science de l'agricul-
ture, il ne m'appartient pas, surtout après lIntroduction de
M. Camille Beauvais, de parler des avantages pratiques que peut
offrir l'ouvrage chinois dont je publie aujourd'hui la traduction.
Je me bornerai à présenter aux lecteurs quelques détails pu-
rement littéraires, dont quelques-uns ne seront peut-être pas
1 Pour caractériser l'industrie qui prend sa source dans le travail des vers
à soie, on a créé dans ces derniers temps plusieurs épithètes dérivées du
grec ou du latin, dont l'inexactitude était le moindre défaut. M. Henry
Bourdon y a substitué avec raison le mot séricifère (qui produit la soie). Sans
blâmer l'expression employée par ce jeune savant, je prends la liberté de pro-
poser à mon tour l'épithète sérigéne (né des vers à soie, produit par les vers
à soie). Elle est plus concise, et peut qualifier avec assez de justesse l'indus-
trie qui fait l'objet de cette traduction. En effet, le mot grec Zmp (sèr)
signifie la chenille qui produit la soie. Znp° OCXCGAHZ ENV EN TO cHpixor : Vermis
qui producit sericum filum. (Dictionnaire grec d'Hesychius, pag. 1176.) Le
pluriel Zñpec se trouve avec le même sens dans les lettres de l'empereur
Julien (Epist. 24 ) : Oi TépoixoÏ chpec: Persici bombyces seu vermes qu serica
fila nent. (Voyez le grand Dictionnaire d'Henry Estienne, édition de Londres,
au mot X#pec).
La terminaison gène, signifie né de, engendré, produit par. Elle tire ce sens
du grec yeyns (dans les adjectifs composés). H me sufhra de citer ici l'exemple
Aroyerns Od'ucoeuc, Ulysse issu de Jupiter (Homère, Odyssée, liv. v, vers 203.)
Ainsi, d'après l'étymologie grecque, l'expression industrie sérigène, signifie
exactement industrie née des vers à soie, produite par le (travaïl du) ver à sote.
XIV AVERTISSEMENT
sans intérêt. Les Chinois, dont la littérature est la plus riche
qui existe au monde, possèdent plusieurs centaines d'ouvrages
sur l'agriculturé, qui, chez eux, comprend toujours l'Éducation
des vers à soie et la Culture des müriers. Ils ont aussi des traités
particuliers, comme le Tsan-chou, le Tsan-king (livres des vers
à soie); le Nan-fang-tsan-chou, Méthode usitée dans le midi; le
Pé-fang-tsan-chou, Méthode usitée dans le nord de la Chine; le
[-sang-tsong-lun, Considérations générales sur la culture des
müûriers, etc. Mais, parmi les douze mille volumes chinois que
possède la Bibliothèque royale, il ny a que trois ouvrages
qui traitent, d'une manière plus ou moins étendue, de la
double question qui nous occupe. Le premier est une petite
encyclopédie des arts et métiers en 3 vol. in-8°, intitulée Thien-
kong-khai-we, dont la seconde édition a paru en 1636. On y
trouve des procédés fort succincts que des personnes compétentes
ont jugés pleins d'intérêt. Je les ai donnés la plupart dans le Sup-
plément (p. 187-169). Le second ouvrage se trouve dans un re-
cueil d'agriculture en soixante livres, intitulé Nong-tching-tsiouen-
chou. I a été composé par Siu-konang-ki qui, après avoir obtenu
le grade de docteur, occupa successivement les charges les plus
éminentes, et devint précepteur du fils aîné de l'empereur. Nous
voyons dans sa biographie ! que, dans la 35° année du règne de
Chin-tsong (1607), il reçut les leçons d’un savant européen
nommé Li-ma-teou (le célèbre missionnaire Mathieu Ricci), et
qu'il étudia sous sa direction l'astronomie, les mathématiques,
dans leur application au calendrier chinois, et la théorie des
armes à feu. L'empereur Ssé-tsong ayant appris que Siu-kouang,
qui venait de mourir, avait laissé un grand ouvrage sur l'agri-
culture, intitulé Nong-tching-tsiouen-chou, se le fit présenter par
1 Ming-ssé ( Annales de la dynastie des Ming), liv. cour, fol. 15 ; édition
impériale des vingt-quatre historiens du premier ordre, en 700 volumes petit
in-folio, Péking, 1739. =
DU TRADUCTEUR. XTV
le neveu de l'auteur, et ordonna qu'il fût imprimé aux frais de
état.
Le troisième ouvrage est intitulé King-ting-cheou-chi-thong-
khao, ou Examen général de l'Agriculture, rédigé par ordre de
l'empereur. Il est deux fois plus étendu que le recueil précédent,
et se compose de zxxvin livres répartis en 24 volumes petit
in-fol., imprimés avec tout le soin et l'élégance qui distinguent
les éditions impériales. Sa rédaction entreprise cent ans après
(en 1739), en vertu d'un décret spécial, par des lettrés du pre-
mier ordre, aidés des agriculteurs les plus habiles de l'empire,
lui donne une haute importance. L'étendue de cet ouvrage,
son caractère officiel et sa date récente, si on la compare aux
deux recueils mentionnés plus haut, m'ont décidé à en extraire
les Traités de la Culture des müriers et de l'Éducation des vers à
soie, dont M. le Ministre du-eommerce avait bien voulu me
confier la traduction.
Si je ne craignais de m'écarter de mon sujet, je ferais con-
naître tous les objets qu'embrasse cette encyclopédie d’agri-
culture. Je me contenterai de dire qu'on y trouve {liv. xx1-xr)
un traité complet des plantes légumineuses, des céréales, et en
particulier de la culture du riz, accompagné d'une multitude de
figures gravées avec soin, dont plus de cent représentent les
instruments aratoires des Chinois, et les machines dont ils font
usage pour l'irrigation des champs. La partie que j'ai traduite
occupe les livres LXxII-LXXVI.
Les lecteurs pourront se faire une idée de l'immense richesse
de la littérature chinoise, en apprenant que le recueil d'agricul-
ture intitulé Cheou-chi-thong-kao, d'où est extraite ma traduc-
tion, fait partie d’une Bibliothèque des ouvrages les plus estimés
en Chine, dont l'exécution fut ordonnée en 1773 par l'empe-
reur Khien-long, et qui, suivant le décret de ce prince, se
composera de cent soixante mille volumes. Cette collection
doit former quatre bibliothèques appelées Sse-kon, ou les
XVI AVERTISSEMENT
quatre Trésors. On continue encore à l'imprimer, et en 1818 这
avait déjà paru soixante-dix-huit mille six cent vingt-sept vo-
lumes de cette vaste collection !. On en a publié par ordre de
1 Voici le tableau des divisions bibliographiques dans lesquelles sont dis-
tribués ces 78,627 volumes.
OUVRAGES CLASSIQUES OU REGARDÉS COMME SACRÉS.
( KING.)
Nora. Les chiffres qui suivent chaque article indiquent le nombre des volumes contenus dans
tous les ouvrages compris dans cette division. La première, relative à VI-king, embrasse 1526 ou-
vrages differents.
Meavretdes Variations (ER AE E EEE cer ercce. 1,790 vol.
Le Livre des Annales (Chou-King)................... 661
Le Livre des Chants (Ghi-King).................... 991
Le Livre des Mœurs et Usages (Li-King), c’est-à-dire les
trois Rituels intitulés Tcheou-h, Ii et Li-khi......... 52,208
La Chronique du royaume de Lou................... 1,818
Le Livre de la Piété filiale (Hiao-King)................ 全 条
Ouvrages relatifs à l'interprétation des King........... 717
LES QUATRE LIVRES CLASSIQUES.
La grande Doctrine, l'Invariable milieu, les Entretiens de
Confucius et le Philosophe Meng-tseu.............. 792
LDONTADES EUTAA MSIE Le «mie Pi ele ele le etolele c'olcie let 482
Livres ÉIÉMPERIAUTES ARNO ER 全 全 913
OUVRAGES HISTORIQUES.
Recueils des Histoires de toutes les dynasties. .......... 3,681
Annales par ordre chronologique. ................... 2,066
ÉRTIENTS DÉTENTE ANS SMS ES OA BTE 1,205
FRPOITES PRET RER CREER OCR E ER RE CL ECUR 1,485
Recueils des ordonnances et des décisions impériales... .. 1,474
Biopraphies Tee Le LL r-RCELLCER = LCD RER 949
Documents historiques. ........:......:..k.tbiece 18
Descriptions de districts particuliers. ................ 389.
HRMONDIOBIE . Sen - ce cr ceeeehiece-pec----Pere EE 29
Géographie et relations de voyages, descriptions de pays
ÉITARSErS ER Ne ee CALLIMONIMERRR CPE LAS 4,788
DU TRADUCTEUR. XVII
l'empereur deux catalogues raisonnés, l'un très-abrégé en quinze
petits volumes in-12 (Péking, 1775), et l'autre fort étendu en
cent trente-huit volumes in-8° (Péking, 1782).
J'ai cru faire plaisir à la plupart des lecteurs en leur présen-
tant un Spécimen du texte chinois, accompagné d'une traduc-
tion aussi littérale que possible. Les savants qui comprennent la
langue chinoise pourront, en y jetant les yeux, se faire une idée
Administration et Gouvernement. ................... 392 vol.
Institutions politiques, lois et édits.,................ 3,785
Bibliographie et inscriptions. ...................... 700
Critique d'histoires particulières. .................... 382
RELIGION, PHILOSOPHIE ET AUTRES SCIENCES.
École de Confucius (Phiodbphes de TP} CURE. 27500 1,694
nenne:thilitaihe.s iii hs nn OR LUS de 6 #6 193
LE FE RCU ORAO EC PR RER PO CRE 94
LL LE AN RSR RE PE Re 195
LINE AR ASE RES EE PORT dE Qc Te AUS 1,813
Astronomie et Arithmétique. ;...:................. 643
Physique, Physiognomonie, Astrologie................ 432
Peinture , Musique, Imprimerie, Danse............... 1,658
Histoire naturelle, Diététique, etc.................. 363
LE EEE NPC SR APE PACA NE RE UE à! + 9200
Écrits d’un ordre inférieur, comme histoires merveilleuses. 1,358
Ouvrages bouddhiques: sans... seu sss ee dose cols 32
Ouvrages de la secte des Tao-ssé................... 442
Poëmes de divers genres et Recueils littéraires.......... 28,998
TOTAL GÉNÉRAL. …. . : - .. .. 78,627 vol.
Ces détails sont empruntés en partie au Journal Asiatique de Paris (juillet
1834, p. 64 sq.). H m'eût été aisé de traduire, dans le grand Catalogue impérial,
les titres des autres divisions bibliographiques, en y ajoutant les nombres qui
complètent la collection des 160,000 volumes ; mais j'ai pensé que cette Notice,
tout incomplète qu'elle est, donnerait une idée suffisante de l'étendue de
la littérature chinoise, et des ressources et matériaux de tout genre qu'elle
offre aux personnes qui la cultivent en Europe.
xvur AVERTISSEMENT DU TRADUCTEUR.
du système que j'ai suivi et de la fidélité rigoureuse que je me
suis imposée.
Si la traduction de cet ouvrage eût été exécutée à Péking, par
quelque missionnaire entouré de secours de tous genres, et aidé
des lumières des Chinois lettrés, qu'aucune difficulté ne saurait
jamais arrêter, elle serait aussi irréprochable, aussi parfaite que
celle d'un ouvrage anglais rédigée à Londres, avec l'assistance
des hommes les plus éclairés de la Grande-Bretagne.
La position d'un sinologue en Europe est loin detre aussi
avantageuse que celle de ces anciens missionnaires de Péking, à
qui nous devons de si utiles travaux. Il faut qu'il lutte à chaque
instant, et presque sans secours, contre les difficultés de la plus
vaste et de la plus compliquée de toutes les langues. Les obstacles
se multiplient à l'infini, si le texte qu'il traduit est rempli de
termes et de détails techniques, et si les difficultés d’un sujet qui
lui est étranger viennent se joindre aux difficultés de la langue.
Telles sont les difficultés que j'ai rencontrées dans le cours
de ma traduction. 了 ose espérer qu'elles serviront d'excuse aux
fautes qui ont pu m'échapper, et qu'elles me donneront quel-
ques titres à l'indulgence des gens du monde et des savants.
Paris, 15 mars 1837.
STANISLAS JULIEN.
NOTE
可
SUR
LA TEMPÉRATURE DE LA CHINE:
On a pensé qu'il convenait de joindre à cette publication quelques
renseignements sur la température de la Chine, pour montrer dans
quelles conditions physiques les Chinois se trouvent placés pour ja
culture des müriers et l'éducation des vers à soie : tel est l'objet de la
note suivante,
La Chine s'étend depuis le 22° jusqu'au 41° degré de latitude
boréale ; et, d'après cette situation voisine du tropique, la température
moyenne de cette vaste contrée semblerait devoir être supérieure à
celle du midi de l'Europe, qui s'arrête au 36° degré de latitude; mais,
dans son Mémoire sur les lignes isothermes ou sur la distribution de
la chaleur à la surface du globe (société d'Arcueil , tom. IT), M. de
Humboldt a montré, d'après un grand nombre d'observations, qu'à
latitude égale la température moyenne était beaucoup plus élevée en
Europe et en Afrique qu'en Asie et en Amérique. Ainsi, pour nous
borner ici à la Chine, les observations des missionnaires et autres
voyageurs ont fixé la température moyenne de Péking à 12°,7 centi-
1 Je dois la note qu'on va lire à l'obligeance de M. Édouard Biot, que j'ai
l'avantage de compter parmi mes élèves. M. le Ministre du commerce ayant
désiré que je joignisse à ma traduction quelques renseignements sur ja tem-
pérature de la Chine, il a bien voulu m'offrir le résultat des recherches qu'il
a faites à ce sujet. Je les ai acceptées avec empressement, convaincu que ses
connaissances scientifiques lui fournissaient le moyen de donner à ces déter-
minations toute l'exactitude que les observations recueillies par les voyageurs
permettaient d'obtenir.
xx TEMPÉRATURE
grades; celle de Nangasaki, au Japon, à 16°; celle de Macuo, à 23°,3;
celle de Canton, à 22°9; et, si l'on cherche les villes d'Europe et
d'Afrique dont la température est analogue à celle de ces quatre villes,
on aura le tableau suivant : 5
Asie. Latitude. Température Europe et Afrique. Latitude. Température
moyeune. open
Paris. 48° 50° —+10°, 6
Péking. 39° 54" -12%7 À Lyon. 45° 4o° +130, 2
Montyellier. 1395600 1508
Toulon. 43° 7: +a5°,8
Nangasaki. 32° 45° +16°,0 { Rome. ‘| 410 53 EEE
Naples. ko° 50 +17°,4
Canton. 230 8° +229 Alger. 36° 58° +210, 1
Macao. 22012" +23°o Caire. 300 2° +220, 4
De cette comparaison, on peut conclure que la température moyenne
de Péking et du nord de la Chine est sensiblement égale à celle de
Lyon, et plus élevée que celle de Paris de 2° seulement. Les pro-
vinces centrales de la Chine entre le fleuve Jaune et le Kiang, étant si-
tuées sous des latitudes peu différentes de celle de Nangasaki, leur
température moyenne doit être de 15 à 16 degrés ou environ, celle de
notre Provence. La température moyenne de Macao et de Canton est
plus élevée de 2° seulement que celle d'Alger, dont la position
géographique est plus boréale de 15°. Elle se rapproche de celle du
Caire, qui est situé par 30° de latitude, et qui se trouve encore plus
boréal de 7 à 8° que les deux villes chinoises.
Mais 1 faut observer, avec M. de Humboldt, que la température
de l'hiver et celle de l’été paraissent différer beaucoup plus en Asie
et en Amérique qu'en Europe et en Afrique. Ainsi, à Péking, d'après
Amyot qui y observa pendant six années, la température moyenne du
mois le plus chaud est + 29°,1 ; l'été est semblable à celui de Naples,
tandis que la température moyenne du mois le plus froid est — 4°, et
le thermomètre y reste pendant trois mois au-dessous de zéro, comme
à Copenhague, plus boréal que Péking de 15° en latitude. D'après
les Hollandais, à Nangasaki, par 32° de latitude, la température
du mois le plus chaud est + 30°,5,, comme au Caire, situé par 50°;
DE LA CHINE. ER
et la température du mois le plus froid est de 5 à 8 degrés au-dessus
de zéro ; quelquefois le thermomètre descend jusqu'à — 3°, résultats
qui correspondent aux hivers de Marseille, située par 45° de latitude. À
Macao, par 22° de latitude, La Pérouse a trouvé + 1 5°, pour la tempé-
rature moyenne de janvier, ce qui s’observe également à Alger, bien
plus boréal que Macao ; et, la température moyenne de la ville chinoise
étant supérieure de 2° à celle d'Alger, l'été doit y être sensiblement
plus chaud.
Les observations récentes confirment ces variations entre les tem-
pératures de l'été et de l'hiver à la Chine. Ainsi, en 1816, pendant
le retour de l'ambassade de lord Amherst, une série d'observations
thermométriques faites au mois de septembre entre les 38° et 35° de-
grés de latitude, donne 23°,58 pour la température moyenne de ce
mois, ce qui se remarque également dans notre Provence. En 1820,
Timkowski, dans la Mongolie, par ho à 45 degrés de latitude , voyait,
aux mois d'octobre et de novembre, le thermomètre descendre à 10 et
15 degrés au-dessous de zéro. Un missionnaire français établi en 1833
dans la Tartarie orientale, à Si-wang, par 41°39' delatitude, rapporte des
différences extraordinaires entre les températures de l'été et de l'hiver.
Suivant lui , le thermomètre s'élève jusqu'à 37°,5 centigrades en été, et
descend jusqu'à 37°,5 au-dessous de zéro en hiver. « Pendant cette der-
«nière saison , l'esprit-de-vin seul restait liquide, et, lorsqu'on touchait
«un metal avec les mains moites, l'épiderme des doigts y demeurait
“attaché. ‘» Enfin un renseignement utile, sur la température des
provinces centrales, nous est fourni par un missionnaire qui a vécu
dix ans en Chiné, et qui fixe au 30° degré de latitude la limite de la
culture des orangers, tandis que nous avons des orangers, en Pro-
vence, par 43°.
D'après les données fournies par les textes originaux sur les pro-
ductions des diverses provinces de la Chine, et d’après les rapports
des missionnaires, la majeure partie de la soie esl produite dans les
provinces centrales de la Chine situées du 25° au 35° degré de latitude ;
etil est bien établi par les observations précédentes que la température
moyenne de ces provinces centrales diffère peu de celle de notre Pro-
! Annales de la Propagation de la foi, n° x£ et 1.
xxII TEMPÉRATURE DE LA CHINE.
vence : les hivers y sont un peu moins doux, et les étés y sont plus
chauds.
Les citations consignées au commencement de la présente tra-
duction indiquent que l'industrie de la soie s’est étendue, dès l’anti-
quité, dans les provinces du nord de la Chine, et on peut présumer
qu'elle n’y est point entièrement abandonnée aujourd'hui. Ces provinces
sont, comme nous l'avons vu, soumises à des alternatives singulières
de froid et de chaud; mais l'éducation des vers à soie commence en
avril, et, à cette époque de l’année, l'air est déjà assez échauflé pour
permettre de les élever dans toute la Chine. Leur développement peut
encore être aidé par le chauffage artificiel décrit dans l'ouvrage. Le
froid des hivers, dans ces mêmes provinces, semble bien rigoureux
pour que les müriers ne gelent pas; mais nous ne connaissons pas
toutes les espèces de muüriers que peuvent avoir les Chinois. Lorsqu'on
les aura reçues par les soins de M. Louis Hébert, que le Gouverne-
ment a envoyé l'an passé en Chine, il est permis d'espérer qu'elles
réussiront en France, et qu'elles pourront résister aux froids de nos
climats.
SPÉCIMEN DU TEXTE CHINOIS
ACCOMPAGNÉ D'UNE VERSION LITTÉRALE :.
Les Chinois n’ont point de caractères mobiles ; ils impriment avec
des planches en bois , gravées en relief, qui servent comme des planches
stéréotypes. La finesse du papier les empêchant d'imprimer des deux
côtés, les titres courants se plient en deux parties égales, et pour les
lire on est souvent obligé de dédoubler le feuillet. Les livres chinois
commencent où les nôtres finissent, et les lignes sont rangées en co-
lonnes verticales qui partent du sommet et vont de droite à gauche.
Afin qu'on puisse saisir, au premier coup d'œil, cette disposition par-
ticulière de l'écriture chinoise, j'ai numéroté les lignes des deux
pages depuis la 1° jusqu'à la 16°, et les mots depuis 1 jusqu à 255.
- Un large zéro indique le commencement du Spécimen, qui répond à la
page 118, ligne 23, de la traduction française.
Le grand titre, Kin-ting-cheou-chi-thong-khao, qui se trouve plié en
deux au bord de la marge, signifie : Examen général de l'Agriculture,
rédigé par ordre de l'empereur (mot à mot : respectueusement fixé,
arrêté ).
Les quatre mots de la ligne 9 ( Nong-sse-pi-yong , c'est-à-dire lettré,
laboureur, nécessairement, employer) forment un titre d'ouvrage qui
peut se traduire par : Recueil des connaissances indispensables aux
lettrés et aux cultivateurs.
Les lecteurs seront sans doute frappés de la nature elliptique de la
langue chinoise, dont les mots , qui sont tous monosyllabiques, n'ont
aucune terminaison qui indique les genres, les cas et les nombres
des substantifs, les voix, les temps et les personnes des verbes; mais
cette absence complète de désinences grammaticales est une des
moindres difficultés de la langue chinoise.
On ne doit pas couper le feuillet double du texte, ni celui de la traduction
mot à mot, qui sont imprimés et pliés à la manière chinoise.
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57 moudre
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58 doigt
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répandre
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par hasar
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que | SOchie | Zà sud
47 réserver] 51 sur 15 vent
CULTURE
DES MURIERS.
CULTURE
DES MURIERS.
OBSERVATIONS GÉNÉRALES.
Tchin-iu, étant gouverneur de l'arrondissement de
Kien-té , ordonna que chaque homme du peuple plantât
quinze pieds de müriers. (Annales de la dynastie des
Liang; Biographie de Tchin-u.)
L'empereur donna à chaque homme vingt arpents
de terre, à la condition de planter cinquante pieds
de müriers. (Annales de la dynastie des Weï; Mémoires
sur les Vivres et le Commerce.)
Quand les travaux de l'agriculture sont terminés, ou
dans les jours où la pluie ne permet pas de travailler
1.
上 CULTURE DES MURIERS.
aux champs, 1l faut enseigner aux hommes tout ce qui
est relatif à la culture des müriers. (Annales de la Chine
septentrionale, Biographie de Sou-tcho.)
L'empereur Hien-tsong (qui monta sur le trône l’an
806 ) ordonna que tous les habitants des campagnes
plantassent deux pieds de müriers dans chaque arpent
de terre. { Annales de la dynastie des T'hang, Vie de
l'empereur Hien-tsonq.)
Le premier empereur de la dynastie des Song (qui
commença à régner l'an 960 ) rendit un décret pour
empêcher d’abattre les müriers et les jujubiers. ( Les
feuilles de cet arbre peuvent servir à nourrir les vers
à soie. ) ( Histoire de la dynastie des Song.)
Un décret impérial portait :
Si, parmi le peuple, il se trouve des hommes qui
défrichent des terres incultes , et plantent une grande
quantité de müriers , on n'exigera d'eux que l'ancienne
taxe. (Extrait du même ouvrage.)
CULTURE DES MURIERS. 5
DES DIFFÉRENTES ESPÈCES DE MURIERS.
1° Les petits müriers {les müriers nains ), qui ont
de longues branches, s'appellent niu-sang (müriers des
femmes) et 1-sang. (Dictionnaire Eul-ya.)
2° Le yen-sang ou chan-sang est le mürier sauvage,
le mürier de montagne. {Même ouvrage.)
3° Le fseu-sang ou mürier à graines; son fruit pousse
avant ses feuilles. { Encyclopédie japonaise, Liv. LXXXIV,
fol. 1.)
4° Le mürier appelé khi-sang ( c'est-à-dire, mürier
des poules); ses feuilles sont veinées de rouge; elles
ont peu d'épaisseur. Les vers à soie qui s'en nourrissent
donnent un cocon mince qui fournit peu de soie.
( Tchong-chou-chou.)
5° Le mürier blanc. Il donne des feuilles épaisses
qui sont larges comme la main. Les cocons des vers
qui s'en nourrissent renferment une soie forte et abon-
dante. Cette feuille fournit deux fois plus de soie que
celle des müriers ordinaires. ( Jbidem. )
6° Le mürier dont les feuilles sont plissées et cou-
vertes d'une pellicule jaune s'appelle kin-sang ou mü-
rier doré. Tous les vers à soie ne peuvent se nourrir
de ses feuilles , dont la couleur annonce que l'arbre ne
tardera pas à se dessécher et à périr. ( Jbidem.)
Il y a des müriers qui ne produisent pas de fruits;
6 CULTURE DES MURIERS.
on les appelle vulgairement nan-sang ou müriers mâles.
(Encyclopédie japonaise. )
Les müriers dont le fruit pousse avant la feuille
donnent nécessairement très-peu de feuilles. ( T'chong-
chou-chou. )
Pour semer des müriers, on prend des fruits du
mürier noir de Lou. Les müriers jaunes du pays de
Lou ne peuvent se conserver longtemps. ( Thsi-min-yao-
chou.)
Les müriers du pays de Khing (ancien nom de la
province de Hou-kouang) et du pays de Lou peuvent se
planter dans les plaines unies où la terre est grasse et
argileuse, aussi bien que dans les terres légères. Si
un terrain touche à une montagne ou à une colline,
et qu'il soit dur et mêlé de veines rouges, 1l ne convient
qu'aux müriers du pays de Khing. (Nong-sang-yao-tchi.
Les différentes espèces de müriers sont fort nom-
breuses ; nous ne pouvons les décrire toutes.
CULTURE DES MURIERS. 7
Les plus estimés sont ceux du pays de Lou et du
pays de Khing. Les müriers de Khing donnent une
grande quantité de fruits, mais ceux de Lou n’en
donnent que fort peu. Ceux dont les feuilles sont
minces , pointues et partagées en lobes, sont les mü-
riers du pays de Khing. Ces sortes de müriers ont des
feuilles fermes et dures.
Les müriers du pays de Lou ont des feuilles arron-
dies, épaisses et remplies de suc.
Les müriers dont les branches et les feuilles sont
grosses et épaisses sont tous de l'espèce de ceux de
Lou.
Les muüriers de Xhing ont des racines solides et le
cœur plein ; ils peuvent durer fort longtemps. Ce sont
ceux qu'il faut planter.
Les müriers de Lou ont des racines peu solides, et
leur cœur n'est pas plein; ils ne peuvent durer long-
temps. On en fait des müriers appelés ti-sang (des
müûriers nains); mais les müriers de Khing n’ont ni
autant de branches nl autant de feuilles que ceux de
Lou. 1 faut y grefler des branches de müûriers de Lou;
ils peuvent alors vivre fort longtemps et donner une
grande abondance de feuilles.
Si l’on emploie les müriers de Lou pour obtenir
l'espèce de müriers appelés #i-sang (müriers nains),
et qu'on les reproduise par marcottes, ils se perpétue-
ront sans interruption et dureront un temps infini.
Les vers à soie qu'on nourrit avec les feuilles du
8 CULTURE DES MURIERS.
mürier de Khing donnent une soie ferme et forte ; elle
est propre à faire du cha et du lo-cha (espèces de gaze
et de crèpe qui ont du corps).
Les feuilles du marier de Lou conviennent à la nour-
riture des vers qui sont déjà grands ; celles du mürier
de Khing conviennent aux vers qui sont encore petits.
(Nong-sang-thong-kioué.)
L'ouvrage intitulé Thsi-min-yao-chou indique la ma-
nière d'obtenir la meilleure graine de müres noires.
On retranche avec des ciseaux les deux bouts de la
müre, et l’on prend seulement la partie du milieu.
Les graines des deux extrémités sont comparativement
plus petites que les autres, et, si on les sème, elles
produisent des müriers chétifs appelés khi-sang (mü-
riers des poules) et hoa-sang (müriers à fleurs).
La partie intermédiaire de la müre donne des graines
plus dures et plus grosses. Les müriers qui en pro-
viennent ont les branches plus fermes et plus fortes,
et ils donnent des feuilles épaisses et nourrissantes.
( Nong-sang-thong-khioué..)
Les müriers appelés Hi-sang (| les müriers nains )
doivent être plantés dans un jardin voisin d’un puits.
CULTURE DES MURIERS. 9
S'il pousse des herbes autour du pied, on retourne la
terre avec la bèche. Lorsqu'il ne pleut pas, on arrose.
Quand les vers à soie sont nés, on doit arroser trois
fois par jour; les feuilles croîtront promptement.
Parmi les différentes espèces de müriers, il y en a
qui poussent de bonne heure et d’autres qui poussent
tard. C'est parmi les müriers précoces qu'on doit choisir
ceux dont on veut faire des müriers appelés #i-sang ou
müriers nains. (Vong-tching-tsiouen-chou. )
On lit dans l'ouvrage intitulé Tchong-hoa-min : y
a deux espèces de müriers : l’une donne des fruits dont
on sème la graine; elle pousse dans le premier ou
le second mois {février ou mars).
Voici comment on multiplie l'autre espèce. On
abaisse jusqu'à terre une branche souple, et on la
maintient dans cette position avec une motte de terre
glaise. Chaque œil donne naissance à une branche.
Quand ce mürier a atteint la hauteur de deux ou trois
pieds, ses racines sont déjà formées. On coupe la
branche mère à laquelle il tient , et on le transplante
dans un autre endroit. Il devient bientôt un arbre.
{Même ouvrage. 】
On lit dans le Mémoire de Hoang-sing-tseng, imti-
tule Considerations générales sur la culture des müriers :
10 CULTURE DES MURIERS.
I y a des müûriers appelés #i-sang (müriers nains);
ils viennent de Nan-tsin. I y a des müriers appe-
lés thiao-sang, ou müriers provenant de branches; on
les apporte des plaines voismes de Hang-tcheou-fou,
dans la province de Tché-kiang. On les vend dans
les dix premiers jours du premier mois de l’année
(février ).
Le marché est situé à Pé-sin, près du pont appelé
Kiang-tchang-kiao. Les marchands viennent au lever du
soleil, et étalent leurs plants de müriers à droite et à
gauche du pont; à midi ils se retirent.
OBSERVATIONS A SUIVRE POUR CHOISIR DES PLANTS
DE MURIERS.
Les müriers dont l'écorce est ridée donnent con-
stamment des feuilles petites et minces; ceux dont
l'écorce est blanche, dont les nœuds sont écartés,
et qui ont de gros bourgeons, sont les müriers à
feuilles de chi (diospyros); ils donnent toujours des
feuilles larges et épaisses. Les cocons des vers qui
s'en nourrissent sont fermes et fournissent beaucoup
de soie.
Les müriers qui sont blancs et élevés réussissent
bien sur le penchant des collines, dans l'angle d'un
mur ou le long d’une haie.
Les mûriers qui sont peu élevés, et dont la peau
est noire, doivent être plantés dans un terrain hu-
mide. ( Même ouvrage.)
CULTURE DES MURIERS. 11
Les müriers à peau noire, qui ne donnent point de
graine, et dont les feuilles ne sont pas trop épaisses ,
conviennent à la nourriture des vers à soie nais-
La
sants. (Même ouvrage.)
Les müriers du pays de Wang-haï se multiplient de
la même manière que ceux dont la peau est blanche.
Le mürier appelé thsé-teng-sang (ou mürier à branches
roses) devient fort et élevé.
Le mürier blanc ou à peau blanche donne peu de
graines, on le multiplie par marcottes. Si l'on a des
grames, on peut les semer, mais il faut que ce soit
dans un endroit où le soleil ne donne pas. On aura des
cocons lourds et bien fournis, qui donneront deux fois
plus de soie que les cocons ordinaires. ( Meme ou-
vrage.)
PLANTATION DES MURIERS.
Dans le cinquième mois (en juin), on prend des
mûres et on les met dans l'eau. On écrase la pulpe
avec les mains et on la lave à plusieurs reprises.
Quand on a séparé la graine, on la fait sécher à l'ombre.
On prépare par le labour dix arpents de terre fer-
tile, ou, ce qui vaut mieux, des terres imcultes qui
n'ont point été cultivées depuis longtemps. On sème,
dans chaque arpent, trois ching, (espèce de mesure) de
graines de millet et de mures mêlées ensemble. Le
\
12 CULTURE DES MURIERS.
muillet et les müriers doivent naître en même temps.
On bêche et l’on fait en sorte que les müriers se trou-
vent à une distance convenable les uns des autres.
Quand le millet est mür, on le moissonne. En pous-
sant, les müriers atteignent une hauteur égale à celle
dumillet: on les coupe rez terre avec une faucille ou une
serpe bien tranchante; on les laisse sécher au soleil, et,
lorsqu'il fait un bon vent, on y met le feu. Pour cela 1l
faut toujours choisir le moment où le vent souffle en
sens contraire.
Les müriers pousseront au printemps suivant. Un
arpent peut donner assez de feuilles pour nourrir les
vers à soie de trois claies. { Khi-ching-tchi-chou.)
Lorsque les fruits des müriers et des arbres appelés
tché sont parvenus à leur maturité, on recueille les
fruits noirs du mürier de Lou: le même jour on les
lave dans l’eau, et on en sépare la graine. On la fait
sécher au soleil et on la sème dans des carrés de terre
que l’on bêche et que l’on arrose, comme pour la cul-
ture de la plante appelée koueï (la mauve). On doit
sarcler constamment pour purger la terre des mau-
vaises herbes. L'année suivante, dans le premier mois
(février }, on enlève les müriers et on les transplante,
en laissant entre chaque pourrette une distance de
quatre à cinq pieds. Cette opération peut se faire éga-
lement dans le second et dans le troisième mois du
CULTURE DES MURIERS. 15
printemps. I ne faut pas labourer la terre. En général,
l'insuccès des plants de müriers n’a pas d'autre cause
que le labour; le fer de la charrue blesse et coupe les
racines. Il faut semer épais, parce que, quelque soin
que l'on apporte à la culture, il y a souvent un bon
nombre de müriers qui meurent. Les müriers vien-
nent lentement par semis. Pour qu'ils poussent rapide-
ment, 1l faut employer des boutures de müriers noirs.
Les personnes qui n'ont point de plants de müriers
sont obligées de semer de la graine.
On bèche constamment au bas des müriers, et l'on
y sème des lo-teou (dolichos) et des siao-teou (phaseo-
lus radiatus). Deux ans après avoir planté des müriers,
il faut se garder de cueillir des feuilles, parce que les
müriers qui ont ete efleuillés étant jeunes croissent
deux fois plus lentement que les autres.
Quand les müriers sont gros comme le bras, on les
transplante dans le second mois, en laissant entre eux
la distance d'environ dix pas.
Il ne faut pas que les arbres d’une ligne correspon-
dent à ceux d’une autre ligne, autrement ls nuiraient
aux lo-teou { dolichos) et aux siao-teou ( phaseolus radia-
tus). Ajoutons que si les müriers étaient plantés en
lignes régulières, en face les uns des autres, ils gene-
raient le mouvement de la charrue.
Voici l'époque où il convient de prendre des mar-
coties. Dans le premier ou dans le second mois, on
abaisse les branches et on les fixe à terre à l'aide de
14 : CULTURE DES MURIERS.
crochets. Quand ces branches ont poussé des reje-
tons hauts de quelques pouces, on les entoure de
terre sèche et bien pressée. Si la terre était humide,
elle ferait pourrir les jeunes pousses. Dans le premier
mois de l’année suivante (en février), on coupe les
branches mères et l’on transplante les marcottes. (Thsi-
min-yao-chou.)
Toutes les fois qu'on laboure un champ de müriers,
il ne faut pas que ce soit près des arbres; on blesserait
les müriers et l'on pourrait briser la charrue. Dans les
endroits où la charrue n’a pas passé, on relève la terre
avec la bêche, on coupe les racines errantes à la sur-
face du sol, et l'on fume la terre avec de la fiente de
ver à sole.
D'abord on sème la graine, ensuite on plante les
pourrettes; la troisième opération consiste à ranger les
müûriers dans la pépinière. ( Même ouvrage. )
Le douzième mois (janvier) est le plus convenable
pour la taille des müriers. Le premier mois (février)
est moins convenable; le second mois l’est moins en-
core. En général, lorsqu'on a beaucoup de muüriers ,
il faut tailler largement; lorsqu'on à peu de müriers,
il faut tailler avec beaucoup de ménagement.
Pour semer des müriers, on prend des graines de
mûres, on les lave avec soin et on les fait sécher au
L
CULTURE DES MURIERS. 15
soleil; puis on les sème dans une terre bien labourée.
(Tchong-chou-chou.)
Au lieu de semer de la graine pour obtenir des
müriers, nous conseillons de coucher des branches
en terre, et de transplanter les marcottes lorsqu'elles
ont pris racine.
Voici comment l'on plante les müriers dans la pro-
vince de Tche-kiang. On coupe les feuilles d’une
branche et on la plante en terre; cette opération s’ap-
pelle kia-sang. Ensuite on recouvre la tête (lextré-
mite supérieure de la bouture) avec une coquille, de
peur que la pluie du troisième mois n'endommage
l'écorce. Après la seconde année, ces boutures sont
fortes et vigoureuses.
Au milieu du jour (vers midi), il ne faut pas bêcher
les pépinières de müriers. ( Tchong-chou-chou.)
Lorsque le temps de semer est arrivé, on mêle les
graines avec de la cendre de branches de müriers, et
on les fait tremper afin de les amollir. Le lendemain
on lave les graines avec soin, et l'on rejette celles qui
surnagent.
On fait sécher au soleil les graines pleines, jusqu'à
ce que l’eau qui les a pénétrées soit entièrement
évaporée. On les sème ensuite, et elles ne manquent
Jamais de pousser rapidement. {Vong-sang-thong-kioué.)
16 CULTURE DES MURIERS.
On lit ce qui suit dans l'ouvrage intitulé Ssé-nong-
Pi-yong : |
Pour semer des müriers, on doit employer de la
graine nouvelle. Il ne faut point semer de la graine
ancienne, parce qu'elle est en grande partie stérile.
La méthode la plus avantageuse est de la semer dans
un carré bien ombragé ou recouvert d’une espèce de
petit toit en forme de tente. L'ombre du chanvre est
moins favorable à la graine , celle que donne le millet
l’est bien moins encore.
On laissera cinq ou sept pouces de distance entre
chaque pied de mürier , et l'on arrosera fréquemment
jusqu'à ce qu'ils aient atteint trois pieds de hauteur;
alors on coupe le chanvre.
Dans le dixième mois (novembre), on les coupe rez
terre, et l’on répand par-dessus des herbes sèches
auxquelles on met le feu. Il ne faut pas que le feu soit
trop fort, autrement 1l pourrait endommager les ra-
cines.
On recouvre la place avec des herbes réduites en
fumier jusqu'au printemps suivant; ensuite, avec un
râteau, on enlève les herbes réduites en fumier, et
lon arrose. De chaque pourrette il sortira plusieurs
jets; on conservera les plus vigoureux et l'on cou-
pera les autres.
Quand les müriers sont pourvus de bonnes racines,
ils n’ont plus besoin d'ombre; il faut les arroser fré-
quemment.
CULTURE DES MURIERS. 17
À l'automne, les müriers de Lou pourront avoir de
cinq à sept pieds, et ceux de Khing de trois à quatre
pieds.
On peut transplanter les müriers de Lou et en faire
des müriers nains. Les müriers de Khing peuvent être
plantés et élevés dans un jardin.
Pour réussir dans la culture des müriers nains, il
faut les gouverner suivänt les règles prescrites et
prendre garde qu'ils ne se dessèchent.
Les personnes qui n’ont point de müriers en arbres
(de grands müriers) se contentent de cultiver des
müriers nains. Cette espèce de müriers demande deux
fois moins de travail. Il y a des personnes qui ont des
müûriers en arbres et des müriers nains. Quand les
premiers sont en plein rapport, on peut renoncer aux
autres. |
IL importe d'arroser trois fois par jour les müriers
nains, afin qu'ils poussent rapidement. Lorsque les
vers à soie sont sortis de leur grand sommeil (la
troisième mue), il arrive quelquefois que les müriers
en arbres ne peuvent encore donner des feuilles;
alors on a recours aux müriers nains. De cette ma-
nière, les vers à soie tardifs arrivent au terme de leur
vie sans jamais manquer de feuilles. (Ssé-nong-pi-
yong.)
[En
18 CULTURE DES MURIERS.
MÉTHODE POUR TRANSPLANTER LES MURIERS NAINS.
Dans un jardin entouré de murs, on choisit une
pièce de terre bien cultivée par la charrue ou la bêche,
et, dans un carré de terre de cinq pieds, on creuse une
fosse ayant deux pieds de largeur sur chaque côté et
deux pieds de profondeur.
Dans un arpent de terre, on pourra planter deux
cent cinquante pourrettes. Au fond de la fosse, on
étendra trois ching (trois dixièmes de boisseau) de
fumier consommé. Le fumier frais ne convient pas.
Dans un bon terrain, on n'a besoin que d’une petite
quantité de fumier; on y mêlera une égale quantité de
terre; ensuite on y versera un seau d'eau, de manière
à former une boue molle. On prend une pourrette des
müriers de Lou, qui sont venus de semis dans des
carrés de terre. On l’enlève, à l'aide de la bêche, avec
ses racines: on laisse sept pouces de tige au-dessus du
pied et l’on coupe le reste; puis on brüle endroit de
la coupure avec un fer chaud.
Dans chaque fosse, on plante une pourrette au mi-
lieu de la boue molle, et on la fait entrer jusqu’au fond
de la cavité (si l’on veut obtenir un prompt résultat, on
en plante deux). On la soulève légèrement quatre ou
cinq fois, afin que les racines et les chevelus prennent
une bonne direction. On met le haut de la tige de
niveau avec le sol; on l'entoure dé tous côtés avec de
CULTURE DES MURIERS. 19
la terre bien consommée {ou chaude), de manière à
remplir entièrement la fosse.
Le lendemain, on bat la terre pour la rendre plus
compacte, et on la tasse jusqu'à ce qu'elle descende à
la moitié de la fosse. La terre qui est au bas de ces
racines est naturellement compacte; sans cela, les ra-
cines ne tiendraient pas fortement à la terre, et cet
inconvénient ferait périr une multitude de müriers.
On remplit la moitié supérieure de la fosse avec de
la terre bien consommée (ou chaude); on la bat lé-
gèrement, afin de l’aplanir et de bien remplir la fosse.
Il ne faut pas que la terre qui touche à la tige soit
très-compacte ; autrement les bourgeons auraient de la
peme à pousser.
On élève au-dessus de la tige une petite butte en
terre légère, épaisse de cinq à six pouces. De cette
manière, 1 se forme tout autour une petite rigole qui
sert à faire pénétrer dans l'intérieur l’eau de pluie-et
d'arrosage. Quand les pousses sortent de terre à la hau-
teur de quatre à cinq pouces, on laisse seulement une
ou deux branches à chaque plant de mürier.
Si on les a bêchés et arrosés suivant les règles pres-
crites, ils croîtront, dans l’espace d’un an, jusqu'à la
hauteur d'environ cinq pieds.
L'année suivante, on coupe les branches rez terre,
et leurs feuilles servent à nourrir les vers à soie. Il faut
se servir d’une serpe d'acier à dos épais qui tranche la
branche d’un seul coup. Quand la serpe est émoussée
Pr
20 CULTURE DES MURIERS.
et ne peut trancher la branche d'un seul coup, 1l faut
parer les irrégularités et rendre la coupure bien unie.
La pluie nuit à la racine. Il ne faut pas laisser sortir
hors de terre la tige des müriers nains; elle doit pous-
ser cachée au milieu de la terre. Geux dont la tige s’é-
lève hors de terre s'appellent kho-kao, c’est-à-dire hauts
comme le pied. Les branches qui poussent au-dessus
de la tige ne sont pas vigoureuses, et, de plus, 1l est
rare qu’elles ne soient pas endommagées et brisées par
la pluie et le vent.
Au-dessous de l’endroit coupé, il sort plusieurs
pousses autour de la tige. On laissera quatre à cinq
branches à chaque pied et l'on coupera toutes les autres.
Chaque année on coupera l'arbre rez terre. Peu à peu
la racine deviendra forte et vigoureuse; peu à peu on
laissera un plus grand nombre de branches.
Quant aux pieds de müriers sauvages du pays de
Lou, on peut les planter comme les autres; 1ls réus-
sirontégalement bien; on suivra entièrement les règles
exposées plus haut. Au bout de trois ans, un mürier
est en pleine croissance ; au bout de cinq ans, les ra-
cines s’entrelacent. L’entrelacement des racines nuit à
sa vigueur. Au printemps, il faut couper les racines qui
s'entrelacent et mettre du fumier au pied de larbre.
Dès qu'il a été arrosé et humecté par la pluie, il reprend
sa croissance et sa vigueur. Lorsqu'ensuite on juge
que les racines commencent à grossir, on abaisse les
branches en terre, et l'on obtient, par marcottes, des
CULTURE DES MURIERS. 91
plants que l’on transporte dans un autre enclos, et que
lon cultive ensuite suivant les règles que nous avons
déjà exposées.
Trois ans après leur plantation, les nouveaux mü-
riers poussent avec vigueur. Lorsqu'on coupe les bran-
ches des müriers pour nourrir les vers à soie, on coupe
seulement une branche au-dessus du pied de chacun
des anciens müriers. On la plante, et au bout d'un an
elle a pris racine ; ensuite on enlève ces plants et on les
transporte ailleurs pour former des rangées de müriers.
De cette manière, les müriers pourront se propager à
Pinfimi. Mais, lorsqu'on coupe des branches de müriers
de Lou pour nourrir des vers à soie, leur fil a peu de
force et de souplesse. Il convient de planter, dans une
proportion convenable, des müriers de Khing; leurs
feuilles serviront à nourrir les vers à soie après la troi-
sième mue, lorsque les feuilles des autres müriers
viendront à manquer. ( Ssé-nong-pi-yonq.)
DE L'ÉPOQUE FAVORABLE POUR PLANTER.
On doit avoir égard à la saison et aux propriétés du
terrain. Les dix jours qui précèdent et suivent l'époque
appelée Tchun-fen (le 21 mars) et tout le dixième
mois, sont les époques les plus favorables. Dans les
dix jours qui précèdent et suivent l’époque appelée
Tchun-fen (le 21 mars), la vie des arbres commence
22 CULTURE DES MURIERS.
à se ranimer : C’est pourquoi 1l convient de planter
alors les mûriers. C’est ce qu’on fait dans les pays si-
tués à gauche de Lo-yang, dans une étendue de mille
li ( cent lieues). Dans les autres contrées, on devra
se conformer aux saisons. Le mürier est un arbre qui
croît aisément; ce n’est que dans le onzième mois
( décembre ) que sa vie végétative est suspendue et
qu'il cesse de pousser; tous les autres mois de l’année
conviennent pour cette opération.
On répandra du chènevis ou du millet clair-semés
pour donner de l'ombre aux müriers. Chaque année,
le troisième jour du troisième mois (avril), lorsque
le temps sera serein ou pluvieux, on pourra juger ceux
des plants qui seront bons ou mauvais.
MANIÈRE D'ÉLEVER LES MURIERS,
Dans un jardin entouré de murs ( ou de haies), on
choisira un endroit bien cultivé avec la charrue ou la
houe , et l’on ouvrira une fosse carrée d'environ trois
pieds de large. On y répandra du fumier liquide, exac-
tement comme lorsqu'on plante des müriers nains;
ensuite on prendra un mürier de Khing, pourvu de
toutes ses branches, dans un des carrés où 1 est venu
de graine. On l’enlèvera à l’aide de la bêche avec ses
racines, et on le plantera dans la fosse, suivant la
méthode exposée plus haut : seulement, après avoir
CULTURE DES MURIERS. 93
battu et aplani la terre de la fosse au niveau du sol en-
vironnant, on élèvera au-dessus de chaque pied une
butte en terre légère, haute d’un ou deux pieds, et
tout autour il se formera naturellement une rigole
circulaire. (S'il ne pleut pas, on doit arroser.) Lorsque
le tronc du mürier aura atteintla hauteur d’un homme
d'une taille élevée, on étêtera l'arbre, et alors les
branches horizontales croîtront plus rapidement. Lais-
sez-le croître et s'étendre, et gardez-vous de couper les
nouvelles branches. Dans le printemps il ne convient
pas de les tailler, car après qu'on les a coupées, pen-
dant plusieurs années, l'arbre manque de force et de
santé; mais dans le douzième mois (janvier), ou dans
le premier mois (février) de l’année suivante, on peut
les tailler sans inconvénient.
Si l'arbre a été arrosé et cultivé d’une manière con-
venable, en automne 1l sera gros et haut comme ces
chevrons qu'on appelle tchouen. Dans le dixième mois
(en novembre) ou au printemps de l'année suivante,
on pourra transplanter les müriers et les ranger dans
la pépinière.
Si l’on ne suit pas cette méthode et qu'on élève les
müûriers dans un jardin , il y a beaucoup de danger à
les transplanter jeunes, pour les ranger dans la pé-
pinière, car le vent et la pluie ne manquent jamais
d'en faire périr un grand nombre.
Les müriers sauvages des pays de Khing, dont la
tige n’est pas encore assez forte, peuvent être trans-
24 CULTURE DES MURIERS.
plantés avec leurs racines dans un enclos où on les
cultivera comme ceux dont on vient de parler plus
haut.
On doit les cultiver suivant la méthode prescrite
pour les müriers nains. Lorsqu'ils ont poussé leurs
rejetons, on laissera la branche la plus vigoureuse et
l'on coupera les autres. Ils croîtront jusqu’à la hauteur
d’un homme d’une taille élevée. Pour élever des plants
de ce mürier, on suivra les règles exposées plus haut.
Lorsque linfluence féconde du printemps com-
mence à se répandre, on prend une branche latérale
d'un müûrier nain, on coupe de trois à cinq pouces
de l'extrémité, et on la couche dans un sillon pratiqué
au pied de arbre.
Beaucoup de personnes emploient des plants de
müriers, d’autres couchent quelques branches en
terre; cela dépend de la volonté du cultivateur.
Le sillon où l'on couche la branche doit avoir cinq
pouces de profondeur. On fixe la branche dans cette
position à l’aide de pieux à crochet; 1l en faut deux
si la branche est courte, et trois si elle est longue.
Après cette opération, les branches provenant des
bourgeons poussent en se dirigeant en haut ; elles ont
d'abord la forme des dents d’un râteau. Sur les bran-
ches horizontales on doit ne laisser qu’un seul bour-
geon à la distance d'environ cinq pouces et retrancher
tous les autres; leurs feuilles pourront servir à nourrir
les jeunes vers à soie.
2
/
/
1
/
CULTURE DES MURIERS. 95
Dans le quatrième ou le cinquième mois (mai ou
juin), lorsque le temps est serein, vers l'heure de
midi, on entourera les deux côtés de la branche hori-
zontale avec de la terre de mare bien consommée;
puis on en formera une petite butte au-dessus de la
branche. Dès ce moment la branche horizontale de-
viendra une racine dormante. Le soir on l'arrosera.
(Pendant la nuit la racine dormante pousse des che-
velus).
En automne chaque rejeton formera une tige de
mürier/ Dans le dixième mois (novembre), et quel-
quefois avant ou après le commencement de l'année
suivante, on coupe par les deux bouts les racines dor-
mantes et on les retire de terre; on en coupe des mor-
#eaux de la longueur d’une canne, et on les enfonce
‘ dans des trous verticaux pratiqués à cet effet. Chaque
racine produit un plant de mürier.
Par cette méthode on peut se procurer un nombre
infini de plants.
MANIÈRE DE PLANTER LES BRANCHES.
.
Dans un jardin entouré de murs on creuse des
fosses, comme pour les müriers nains. Lorsqu'on Sa-
perçoit que des yeux noirs commencent à pousser sur
les branches des müriers de Lou à larges feuilles, on
coupe une branche longue de plus d’un pied, on re-
26 CULTURE DES MURIERS.
tranche les deux bouts, et l’on brüle l'endroit de la
coupure.
Dans chaque fosse on plante deux ou trois de ces
branches, en les inclinant un peu. Quand les bour-
geons sortent, on entoure la tige d’un cône de terre
légère haut de trois à cinq pouces; à chaque tige on
ne laisse qu'une seule branche. À l'automne, elle pourra
avoir plusieurs pieds de hauteur. L'année suivante on
coupe les feuilles des branches pour nourrir les vers
à soie.
Ces müriers n’ont à redouter que le soleil du mi-
lieu de lété. S'ils ne manquent ni d'humidité (UL
téralement d'arrosage) ni d'ombre, 1l n’en périra pas
un seul. On peut aussi les planter dans de petits
carrés de terre (disposés comme les cases blanches
d'un damier).
S1 dans l’enclos même on n’a point de branches que
l'on puisse couper, on choisit dans un autre endroit
un mürier de Lou à larges feuilles; on coupe dans le
dernier mois (janvier) les branches dont on a besoin,
et on les conserve dans un trou fait en terre. Si elles se
trouvaient exposées à l'air, elles ne tarderaient pas à se
dessécher.
On attend l'époque où l’on commence à voir saillir
des yeux noirs sur les branches des müûriers. On ouvre
le trou fait en terre, et l’on voit que des yeux com-
mencent aussi à pousser sur les branches qu'on y avait
déposées. On coupe les deux bouts des branches, on
CULTURE DES MURIERS. 927
brüle l'endroit de la coupure, et, après les avoir plan-
tées, on les gouverne suivant les règles que nous ve-
nons de développer plus haut.
Voici la manière d'élever dans un enclos les petits
müriers provenant de l'espèce de Lou ou de celle de
Khing. Dans le dernier mois (janvier), il faut couper
l'extrémité des branches qui ne viennent pas bien.
Lorsque les pourrettes sont encore très-petites, on
laissera trois ou cinq branches près du sommet ; si elles
sont un peu grandes, on laissera une dizaine de
branches d'environ un pied, et l’on retranchera toutes
les autres.
Au printemps suivant, à l'époque où les yeux com-
mencent à pousser, on déchausse les plants, on les en-
lève avec leurs racines, et on les transplante dans un
terrain spacieux en lignes régulières éloignées de huit
pas. On plante les müriers vis-à-vis les uns des autres,
en laissant entre chaque pied un espace de quatre à
cinq pas. La distance de huit pas, laissée entre chaque
rangée de müriers, permettra d'y conduire la charrue,
de même que les quatre à cinq pas laissés entre chaque
arbre permettront de cultiver la terre avec la houe.
On entourera cette pépinière avec des haies épi-
neuses. Dans le dernier mois, on éclaircira et on tail-
lera d’une manière uniforme les petits scions qui ont
poussé dans l’année sur les branches horizontales.
L'année suivante les feuilles de ces arbres pourront
28. CULTURE DES MURIERS.
être cueïllies pour nourrir les vers à soie. ( Wong-ssE-
pixyong.)
MANIÈRE DE TAILLER LES GRANDS MURIERS.
1 faut uniquement éclaircir les branches et surtout
tailler à temps. On doit faire en sorte que les bran-
ches prennent de la force et poussent de bonne heure,
afin que les vers à soie ne soient point exposés à
manquer de feuilles.
Si l’on éclaircit les branches, celles qui restent ac-
querront de la force, et les feuilles deviendront plus
épaisses et plus nourrissantes. Si cette année on taille
en temps convenable, les longues branches devien-
dront fortes et vigoureuses; les feuilles de lannée
prochaine pousseront de bonne heure, et, de plus, elles
seront épaisses et luisantes.
Il faut couper toutes les branches qui partent du
centre, afin qu'un homme puisse s'y tenir debout, se
retourner et se servir aisément de la hache. Les bran-
ches et les feuilles tombent en dehors de l'arbre ; cela
vaut beaucoup mieux que d’être obligé de transporter
tout autour de l'arbre un escabeau lourd et élevé. Un
homme placé ainsi au centre de l'arbre peut faire au-
tant de besogne que deux personnes qui travailleraient
en dehors. On ne doit pas laisser croître les branches en
trop grand nombre, autrement on ne pourrait les cou-
CULTURE DES MURIERS. 29
per sans un travail long et pénible; de plus, les feuilles
seraient minces et dépourvues de saveur.
Aussi l'art de bien tailler les branches de mürier
est un des points les plus importants pour l'éducation
des vers à soie. Beaucoup de personnes ne savent point
faire d'avance les préparatifs nécessaires lorsque ja
cessation des travaux de l'agriculture leur laisse du
loisir. Elles ne s'occupent des müriers qu'à l'époque
où l'éducation des vers à soie les accable de soins.
De cette manière, elles sont surchargées d'un double
travail, et souvent les vers à soie manquent de la
nourriture nécessaire. Si, au contraire, les müriers
ont été taillés suivant jes règles, de manière qu'on
puisse atteindre aisément les branches et en obtenir
les feuilles avec facilité, les vers à soie n’attendront
point leur nourriture, les feuilles viendront en temps
convenable, et, de plus, elles seront épaisses et lui-
santes. |
La méthode suivie dans le pays de Thsin s'appelle
lo-sang. Dans le dernier mois de l’année (janvier), on
coupe toutes les branches surabondantes et on éclaircit
beaucoup celles qu'on laisse ; ensuite, sur les branches
que l’on conserve, on laisse tout au plus quatre yeux
et on enlève tous les autres. L'année suivante, les
branches qu'on aura laissées, seront devenues de forts
rameaux ; les scions noirs qui sont sortis du milieu des
yeux pourront avoir trois pieds de longueur; les feuilles
seront deux fois plus épaisses qu’à l'ordinaire et présen-
10 CULTURE DES MURIERS.
teront une surface lisse et brillante. Pendant toute
l'éducation des vers à soie, on les cueïllera avec la
main; on laissera seulement les branches qui se jettent
en dehors. Après avoir poussé abondamment jusqu’à
l'automne , elles pourront avoir atteint une longueur
de huit ou dix pieds. Dans le dernier mois de l’année
(en janvier), on les coupera de nouveau comme par
le passé. Au bout de plusieurs années, si les branches
qu'on avait laissées pardissent trop surcharger l'arbre,
on les coupera encore à leur base.
On suit cette méthode dans l'arrondissement de
Lo-yang , à l'est du fleuve Jaune; mais on emploie des
procédés différents au nord du même fleuve, dans la
province de Chan-tong.
Lorsque le mürier s’est élevé à la hauteur de cinq
ou sept pieds depuis l’époque de sa transplantation, on
coupe les branches du sommet. Comme on aura re-
tranché les branches du centre, celles qui restent croi-
tront dans une direction horizontale et s’étendront en
dehors. Quand l'arbre est devenu grand et fort, un
homme peut se tenir debout dans le centre.
Lorsque l'arbre a atteint son maximum de force et de
croissance, on doit couper dans le centre la tige et
les branches.
Il ya trois sortes de branches qu'il faut necessal-
rement retrancher :
1° Les branches qui pendent vers la racine;
CULTURE DES MURIERS. 31
2° Celles qui se jettent en dedans et tendent vers
le tronc;
3° Celles qui croissent deux à deux : on doit en
couper une;
4° Celles qui, bien que croissant dans une bonne
direction, sont trop épaisses et trop touffues.
Le dernier mois de l'année ( janvier) est le plus
favorable pour la taille; le mois qui suit l’est beau-
coup moins. Dans le dernier mois de l'année, la séve
ne monte pas encore, et la cessation des travaux de
la campagne laisse beaucoup de loisir aux cultivateurs.
Les personnes qui taillent au printemps n'ont pour
but que d’écorcer facilement les branches ( pour faire
du papier ), mais elles font perdre aux müriers une
grande partie de leur séve.
Les personnes qui veulent faire usage de l'écorce
de mürier peuvent prendre les branches coupées dans
le dernier mois {janvier ), et les déposer, du côté du
midi, dans une fosse recouverte de terre. On les retire
au second mois { mars), et elles s’écorcent très-facile-
ment. ( Vong-ssé-pi-yong. )
MÉTHODE POUR SEMER LES MURIERS.
Les graines de müres se sèment dans le quatrième
mois. On bèche au sud-ouest de petits carrés de terre,
on y répand du fumier consommé mêlé de terre, on
32 CULTURE DES MURIERS.
les égalise, et l’on arrose de manière que la terre soit
bien pénétrée d'eau; ensuite on sème les graines de-
müres. Quelques personnes les mêlent et les sèment
avec une égale quantité de millet. Les graines étant
bien humectées et attendries par l’eau, ne tardent pas
à pousser ; bientôt elles sont à l'abri des rayons du so-
leil. IL y a des cultivateurs qui sèment d’avance du
chènevis au sud et à l’ouest des carrés. Bientôt les
jeunes müriers reçoivent l'ombre du chanvre et sont
à l'abri du soleil dete. Quand ils ont atteint la hauteur
de deux ou trois pouces, on les arrose dans les jours
de sécheresse. Si l'on n’a point semé les graines avec
du millet, 1l faut construire au-dessus des müriers un
petit toit que l’on couvre de nattes; on les étend pen-
dant le jour et on les roule la nuit. Quand les chaleurs
sont passées, il n’est plus nécessaire de couvrir les
jeunes müriers.
Après le dixième mois (novembre), on coupe rez
terre les müûriers et les tiges de millet; puis, quand le
temps est favorable, on y met le feu; ensuite on re-
couvre la cendre avec du fumier.
AUTRE PROCÉDÉ.
(Wou-pen-sin-chou.)
Dans une terre bien cultivée, on sarcle avec soin
une planche de millet; on prend une grosse corde de
paille et on en coupe un morceau dont on fait tremper
CULTURE DES MURIERS. 33
les deux bouts ( deux ou trois pouces de chaque côté )
dans de la farine délayée avec de l'eau, ou, ce qui vaut
mieux encore, dans de l’eau où l’on a fait cuire du
riz. On insère dans l'intérieur de chaque bout une
dizaine de graines de mûres; ensuite on couche la corde
au milieu d’un sillon creusé dans la planche de millet.
On comprime et l’on couvre les deux bouts de la corde
avec deux mottes de terre, puis on répand une légère
couche de terre sur la partie intermédiaire de la corde.
Un ou deux pas plus loin, on couche un autre morceau
de corde de paille, et l’on continue ainsi en. disposant
les morceaux de corde en lignes régulières dans toute
l'étendue de la planche de millet. Il convient d’arroser
après une longue sécheresse. Au dixième mois, on
doit couper le miliet et les müriers et les brûler sur
place, puis on recouvre leur cendre avec du fumier,
comme nous l'avons dit plus haut. En hiver et au
printemps, on les entoure de neige que l’on recouvre
avec du fumier. Avant ou après l’époque appelée thsing-
ming (le 5 avril), on balaye le fumier.
Quand le temps est pluvieux, on transplante les
müriers à une distance convenable les uns des autres,
comme lorsqu'on les a semés dans des carrés. Cette
méthode épargne beaucoup de peine au cultivateur et
favorise puissamment la croissance des müriers, qui,
par ce moyen, gagnent deux ans sur les autres.
Si lon a de la graine de l’année précédente, on 和
sème au printemps, ce qui vaut encore mieux; mais
站
À
34 CULTURE DES MURIERS.
ensuite 1l faut élever un petit mur pour protéger les
jeunes müriers. |
Quelques personnes craignent de se donner trop
de peine et d'embarras en faisant usage des cordes de
paille. Elles mêlent une égale quantité de graines de
mûres et de millet et les sement dans une moitié de
calebasse. Elles la placent dans un endroit du champ
qu'elles nettoient avec soin. so}
Si l'on craint la sécheresse, 1l faut choisir une
planche de millet, y répandre de bonne terre d'une
manière égale, faire de petits carrés dans toute l’éten-
due de la planche, arroser et semer.
AUTRE MÉTHODE.
Au printemps, dans un terrain bien fumé , on trace
des lignes régulières au midi et à l'ouest, et l’on sème
du chènevis d’une manière égale. Ensuite on prend
de la graine de müres et on la mêle avec des crottes
de vers à soie, ou bien avec des grains de nullet tor-
réfiés. Aussitôt qu'il a plu, on laboure une fois au
nord du chanvre, et l'on sème. Cela est aussi avanta-
geux que si l'on avait construit un petit toit couvert
de nattes, pour protéger les müriers semés avec une
égale quantité de graines de millet,
Les müriers profitent de l'ombre que leur procurent
les tiges hautes et touffues du chanvre, sans les priver
CULTURE DES MURIERS. 2)
de l'air et de la rosée. Quand l’on ensemencerait de la
sorte dix arpents, on n'aurait pas besoin de beaucoup
de travail pour y réussir.
Les müriers nains proviennent des müriers de Lou.
Pour cela, il faut planter et cultiver des boutures de
müûriers de Lou, suivant les règles que nous avons
décrites plus haut.
On laisse au mürier nain quatre à cimq branches,
on le cultive avec la bêche et on y met du fumier.
Les branches étant peu nombreuses, les feuilles pous-
sent en petite quantité. Le suc d’une multitude de
feuilles se réunit dans une seule. Cette feuille ne tarde
pas à grandir. Voilà ce qu'on appelle un mürier nain
MANIÈRE DE PLANTER LES MURIERS NAINS.
En automne, dans un terrain bien préparé, on la-
boure profondément une pièce de terre, et on la di-
vise en petits carrés, que l’on couvre de fumier et de
terre végétale.
N. B. Dans une autre partie de l'ouvrage, ces carrés
sont figurés comme ceux d'un jeu de damier. Les blancs
sont ceux qu'on cultive; on ne donne aucun soin aux par-
ties représentées par des carrés noirs, (St. Julien.)
36 CULTURE DES MURIERS.
Avant et après l’époque appelée Tchun-fen (21 mars),
on prend les branches de mürier qu'on a enterrées
dans le dernier mois de l'année. On choisit celles dont
les boutons germent, on les coupe de la longueur de
sept à huit pouces, on creuse un sillon dans chaque
carré, on l’arrose et on y plante ces branches en les
couchant; ensuite on les couvre de trois ou quatre
pouces de terre. Si la terre avait trop d'épaisseur, les
branches auraient de la peine à pousser. On doit pres-
ser et aplanir la terre avec la main.
À l'est, au midi et à l’ouest de chaque carré, on
sèmera cinq à sept graines de chènevis.
Après le cinquième mois ( juin), les bourgeons s’élè-
vent peu à peu. Il faut ajouter souvent du fumier.
Quelque temps après, lorsque les branches sont hautes,
ces müriers sont devenus ce qu'on appelle des müriers
nains.
Quand les müriers ont un ou deux ans, leur séve
est peu abondante et leur tige est nécessairement très-
frêle.
Après l'époque appelée Tchun-fen (21 mars), on
ouvre les carrés avec la bêche, on enlève les müriers
et on les transplante ailleurs. Dans la partie des carrés
qui est située au nord, on forme un mur de terre au
bas duquel on fait des trous avec une cheville, et l'on
verse dans chaque trou une certaine quantité d'eau.
Alors on prend les pourrettes de müriers, et on les
plante appuyées contre le mur, Il faut que les racines
CULTURE DES MURIERS. 37
soient étendues d’une manière uniforme. Ensuite on
recouvre le pied du jeune arbre avec de ja terre bien
foulée. Le mur de terre et la terre de chaque carré
doivent être élevés d’environ trois ou quatre pouces.
En général, les racines des plants et des petits arbres
nouvellement plantés n'aiment point à être ébranlées
ou agitées ; c'est pourquoi on élève des murs de terre
pour les défendre du vent du nord, et concentrer sur
eux les rayons du soleil. Aujourd’hui il arrive souvent
que lorsqu'on transplante de petits müriers, qui n'ont
encore que des chevelus et des racines minces et dé-
liées, on n’y laisse pas un pouce de terre. Mais il
arrive que, lorsque ces plants doivent être transportés
à une grande distance, le vent et le soleil dessèchent
leur humidité vitale; et lorsqu'on les a plantés 1l est
rare qu'ils repoussent, ou, s'ils repoussent, ils n'acquiè-
rent aucune vigueur; et alors on accuse la.nature du
terrain. C’est une erreur des plus graves.
Lorsqu'on lève un grand nombre de pourrettes qui
doivent faire un long voyage avant d'être transplan-
tées, on les réunit par paquets de dix, on arrose les
racmes et les chevelus d’une boue liquide sur la-
quelle on étend une couche épaisse de terre; puis on
les enveloppe soigneusement avec des herbes ou avec
des roseaux. Avant de les envelopper, on peut en
outre appliquer, sur la terre qui couvre les racines,
de l'argile compacte et bien mastiquée. Alors on place
les plants de müriers en long, dans la caisse de la voi-
38 CULTURE DES MURIERS.
ture ‘où ils sont à l'abri du vent et du sole. On
couvre les tiges avec une natte de paille.
Avant de replanter les müriers, on bèche et lon
fume les carrés qui doivent les recevoir. Au moment
de les planter, on arrose et l’on cultive ensuite les
müriers suivant les règles prescrites plus haut.
MANIÈRE DE PLANTER LES MURIERS EN AUTOMNE.
Ordinairement on transplante les müriers dans les
mois de prmtemps; mais, à cette époque de l’année,
ils sont souvent ébranlés par la violence du vent; les
pluies du printemps viennent se joindre aux vents,
et 1l est difficile que les müriers réussissent. Ce n’est
pas tout : la température s’échauffe peu à peu, et les
boutons et-les feuilles ne peuvent supporter la chaleur:
c’est pourquoi il en meurt un grand nombre; ou bien,
s'ils poussent , 11 leur faut un temps considérable pour
acquérir de la force. Si l'on coupe la première tige, il
en poussera une seconde plus vigoureuse. Les müriers
deviennent florissants dès qu'ils ont senti le tranchant
du fer. Ces heureux effets de la taille sont surtout
remarquables dans les müriers nains.
Dans les contrées du midi, on plante les pourrettes
dans le dixième mois (novembre); mais, au nord du
fleuve Jaune, le climat est extrêmement froid : c'est
pourquoi 1 convient de planter en automne. L'époque
CULTURE DES MURIERS. 39
la plus favorable pour cette opération est celle des
pluies abondantes. Les carrés doivent avoir un pied et
plus de profondeur. On laissera un ou deux pouces
de tige au-dessus du niveau de la terre, et l'on coupera
le reste. Après avoir fini de planter, on battra fortement
la terre autour des pieds de müriers et l’on recouvrira
de terre l'endroit de la coupure. Quand la terre sera
gelée, on répandra par-dessus une certame quantité
de fumier. Après les chaleurs du printemps, on fera
autour de chaque arbre, et par-dessus le fumier, un
rebord en terre en forme de cuvette. L'eau de pluie
pourra sy amasser , ou bien, s'il survient de la séche-
resse, on pourra arroser dans l'intérieur. Au midi des
arbres, on sèmera d’abord, au printemps, des graines
de chanvre. Quand les pluies abondantes seront ve-
nues, les bourgeons produiront des rameaux touflus ;
dès ce moment vous aurez des müriers nains.
Quelques personnes coupent les branches minces
et laissent une ou deux branches vigoureuses. L'année
suivante, le mürier pourra devenir un arbre. D'autres
personnes couchent les branches en terre, et de cette
mamière un arbre en produit dix autres : cette méthode
vaut mieux que si l’on plantait des arbres entiers.
Toutes ces marcottes ne manquent jamais de réussir,
et les müriers qu’elles produisent deviennent touffus
et florissants.
Dans le dixième mois (novembre), la vie de Farbre
est suspendue; 1l convient de planter les müriers en
40 CULTURE DES MURIERS.
cachant leur tête sous la terre. On coupe toute la tige
de l'arbre et on le plante comme en automne.
Dans les mois d'hiver, la séve des arbres descend en
bas. Dès que l'influence du printemps s’est fait sentir,
ils poussent tous ensemble; et, dans l’espace d’un an,
les nouveaux jets dépassent la hauteur de l'arbre qui
a fourni les marcottes.
Lorsqu'on plante des müriers qui ont plus de deux
ans, si, à l'époque appelée Kou-yu (le 20 avril), il y
en a dont les bourgeons et les feuilles annoncent peu
de vigueur , on attache la base de la tige à un tuteur
solide, et on en coupe toute la partie supérieure en
lui laissant seulement quelques pouces de bois au-
dessus du niveau de la terre. On se sert communément
d'une petite hache, mais il est plus avantageux de
faire usage d’une serpe bien tranchante.
On élève un cône de terre au-dessus de l'endroit
où la tige a été coupée; au midi de l'arbre, on plante
de cinq à sept grains de millet. Au bout d'environ dix
jours, arbre commence à pousser de petites branches
qui partent des bourgeons. Dans les temps de séche-
resse, on doit arroser fréquemment; après l’époque
appelée Li-hia (le 6 mai), on ne doit plus suivre cette
méthode; 11 est également impossible de la suivre
dans les grandes chaleurs.
Dans tous les mois de l’année, on peut transplanter
les müriers, excepté dans l’espace de temps appelé
Ta-han (qui commence au 2 janvier et finit au 4 février).
CULTURE DES MURIERS. al
MANIÈRE D'OBTENIR DES MARCOTTES.
Après l’époque appelée Han-chi (5 avril), on choisit
un müûrier qui ait plus de deux ans; on creuse à côté
un profond sillon , et l'on y couche tout le corps de
l'arbre, que l’on maintient dans cette position à l'aide
de pieux solides. On laisse sortir au-dessus de la sur-
face de ja terre les petits rameaux qui ont poussé sur
les branches, et l'on couvre complétement de terre
les grosses branches et la tige de l'arbre. Tout autour
de l'arbre, on fait un rebord avec de la terre, de
manière à former une espèce de cuvette pour retenir
l'eau. Dans les temps de sécheresse, on doit arroser
fréquemment. Si l’on n’a pas d'arbre convenable pour
l'opération décrite plus haut, on se contente de creu-
ser au bas de l'arbre des sillons où l’on enterre les
branches horizontales, en les maintenant à l’aide de
pieux à crochets. Dans le sixième mois, on ne doit
pas enterrer l'arbre entier.
MANIÈRE DE PLANTER LES MURIERS QUI PROVIENNENT
DE MARCOTTES.
Vers la fin de l'automne, lorsque les cultivateurs
ont beaucoup de doisir, on creuse d’avance des carrés
profonds où la terre puisse conserver son humidité
A2 CULTURE DES MURIERS.
pendant l'hiver, afin de diminuer le travail à l’époque
où l'influence de la nouvelle saison obligera de planter
tous les müriers en même temps.
Dans chacune de ces fosses qui doivent être carrées
et profondes de plus de deux pieds, on répandra deux
ching (deux dixièmes de boisseau) de fumier bien con-
sommé qu'on a pétri avec de la terre. Il faut que le
le terrain soit élevé au nord et plus bas au midi, afin
de retenir la neige de l'hiver et la pluie du printemps.
Dans le dernier mois de l’année (janvier), on prend
deux ou trois branches grosses et longues de mürier
de Lou; on les réunit ensemble, on coupe la partie
inférieure avec une hachette bien tranchante, et l’on
cicatrise la coupure en la passant légèrement dans le
feu. On fait des bottes de quarante-cinq branches et
on les couche dans une fosse exposée au midi, en ayant
soin de séparer chaque botte par un paquet de paille
de riz.
La fosse doit être longue et profonde de trois à
quatre pieds. [ faut creuser les fosses d'avance, de
peur deprouver beaucoup de difficultés, si on ne le
faisait que lorsque le froid aurait gelé la terre à une
certaine profondeur.
On recouvre ces bottes de branches d'une épaisse
couche de terre. Après l’époque appelée Tchun-fen
(21 mars), on les retire. Alors on ouvre la première
fosse, on y verse trois ou quatre ching (trois ou quatre
CULTURE DES MURIERS. h3
dixièmes de boisseau) d’eau, et l’on y sème de vingt
à trente grains de millet. On prend les branches, on
les plie en rond (en forme de cercle), on les lie dans
cette position avec une corde de paille, on les couche
au milieu de la fosse et on les recouvre de trois à quatre
pouces de terre. Si par hasard les bourgeons des bran-
ches s'élèvent déjà de deux ou trois pouces, on cou-
vrira les branches d'environ un pied de terre. On
battra la terre afin qu’elle soit compacte et serrée, mais
on formera de petites buttes de terre légère au-dessus
des bourgeons naissants. Quelque temps après, quand
les bourgeons auront acquis une certaine croissance,
la terre qui les entourait se détachera d'elle-même. Au
midi de la fosse, on sèmera d'avance du chanvre; il
faut que la terre soit ombragée et humide. On larro-
sera cGnstamment.
Quant aux müriers qu’on a plantés en couchant ] ar-
bre entier, il faut ensuite répandre de la terre par-
dessus. Les branches qui partent des bourgeons ne
tardent pas à grandir et à s'élever. On coupera les bran-
ches latérales, et, au bout de trois ans, ces müriers
seront déjà des arbres. Quelques personnes, qui veulent
avoir des müriers naïns, coupent les extrémités des
branches et les plantent en terre de manière à cacher
le haut de la tige. Elles en lient deux ou trois ensem-
ble, et les plantent suivant la méthode exposée plus
haut. D'autres personnes font un trou dans une rave
et y plantent une petite branche qui lui emprunte
Al CULTURE DES MURIERS.
une partie de sa vie et de sa force : ce procédé est en-
core plus avantageux que l’autre. Elles creusent une
petite fosse carrée, et y enterrent solidement la rave
et le mürier, suivant les principes que nous avons déjà
développés.
PLANTATION DES BRANCHES DE MURIER SUR DES PLANCHES
DE TERRE.
En automne on laboure une terre bien fumée; le
second mois (en mars), on l’aplanit. À l’est et à l’ouest
on forme des planches élevées en laissant entre elles
une distance convenable; on creuse la terre et l’on
ouvre des fosses carrées. On prend alors les branches
de müriers qu’on avait enterrées dans le dernier mois
de l’année, et on les plante suivant la méthode reçue.
Quelquefois on plante de la même manière des bran-
ches fortes et élevées qui n’ont encore qu'une seule
racine.
Lorsqu'on plante des branches pour reproduire des
müriers, on peut couper largement les nouveaux jets
si l’on a beaucoup d'anciens müriers. Mais, lorsqu'on
n'en a qu'un petit nombre, il serait à craindre que
l'année suivante les vers à soie ne manquassent de
nourriture, si l'on taillait les arbres sans ménagement.
C’est pour cela que nous donnons ici les meilleures
méthodes pour diriger le cultivateur qui veut semer
CULTURE DES MURIERS. 45
des müriers, faire des marcottes ou planter des bou-
tures; c’est à lui de choisir, parmi ces trois moyens de
reproduction, celui qui lui convient le mieux.
Supposons un village où deux cultivateurs voisins
associent leur travail. Ils élèvent une petite clôture
carrée, ayant cent pas sur chacune des faces de la
pépinière. (Si les habitants sont nombreux et pos-
sèdent ensemble un vaste terrain, le travail, partagé
entre tous, sera encore moindre pour chacun.)
Chaque cultivateur élèvera deux cents pas de clô-
ture. Le terrain renfermé dans l'enceinte aura dix
mille pas. À chaque pas de distance on plantera un
mürier, ce qui fera dix mille pieds pour toute la pé-
pimière, et cinq mille pieds pour chaque famille.
Mais, si une famille est seule et isolée, elle pourra
construire une clôture de deux cents pas. Le terrain
qu'elle embrassera ne pourra contenir que deux mille
cinq cents pas. Si l'on suit la règle indiquée plus
haut, et qu'on plante les müriers à un pas de dis-
tance les uns des autres, on n’en pourra placer que
deux mille cinq cents pieds.
Quand deux cultivateurs sont associés, 1ls doivent
tâcher d'éviter tout sujet de querelle et de litige.
Le meilleur moyen est de partager la pépinière par
le rhilieu, au moyen d'une haïe vive. Cette manière
de travailler à la clôture est beaucoup plus avanta-
geuse que si l'on était seul. D'abord on peut planter
le double de müriers; ensuite cette assistance qu'on
6 CULTURE DES MURIERS. .
se prête mutuellement allége beaucoup le travail in-
dividuel. (WNong-tching-tsiouen-chou.)
On lit dans l'ouvrage intitulé Ssé-chi-loui-yao : Lors-
qu'on plante des müriers, il ne faut pas que ce soit
à une trop grande profondeur, autrement ils ne
pousséraient pas. Quand jls ont atteint la hauteur
d'un pied, on doit les garnir de fumier.
TCHONG-HOA-MIN.
On plante les müriers dans le premier et le se-
cond mois (février et mars); on peut encore les
planter jusqu'au huitième mois (septembre). Il faut
faire en sorte que les racines soient bien droites,
et qu’un limcn compact les entoure et les maintienne
solidement. On doit arroser le pied des müriers avec
du fumier liquide, alors ils ne tardent pas à pousser
avec vigueur. Suivant l'opinion de Siu-houang-hi, 11
ne faut pas faire usage de fumier au commencement
de la plantation.
Lorsqu'on veut planter des müûriers, on sarcle la
terre et on la fume. L'opération par laquelle on coupe
le tronc s'appelle Kia.
On laisse auprès de la base de l'arbre des bran-
ches d'environ un pied, et on les enfouit profondé-
ment, en ne leur laissant qu'un pouce de saillie au-
dessus de la terre. On cultive l'arbre, et on le fait
CULTURE DES MURIERS. A7
croître en l'arrosant. L'endroit de la coupure devient
noir, On le couvre avec une coquille, ou bien on
l'enduit de cire, pour empêcher que les pluies du
quatrième mois ne pénètrent le bois et ne détermi-
nent la carie. On doit fumer la terre tout autour
de l'arbre, afin que ses racines se développent et
s'étendent de tous côtés. Si l'on n'arrosait que le
pied du mürier, il ne tarderait pas à périr. On ne
doit pas arroser avec de l'eau seule, il faut y mêler
du fumier liquide.
Au bout de deux ans, les müriers seront dans
un état florissant. La partie recouverte de terre doit
être cultivée chaque mois avec la houe. Quelques
personnes retournent deux fois la terre à une pro-
tondeur d’un ou deux pieds. On arrose alors la terre
avec du fumier liquide, sans aucun mélange d’eau.
Il faut arroser la terre tout autour des müriers,
afin d'atteindre les racines qui s'étendent au loin;
on continuera ainsi jusqu'à la cueillette des feuilles.
Au bout de trois ans, les müriers pousseront avec
une force remarquable. Si l'on empêche de couper
les branches vigoureuses, et qu'on ne laisse nl plantes
ni arbrisseaux auprès des müriers, ils acquerront
une nouvelle force, et les feuilles qu'on cueillera
peñdant l'éducation des vers à soie seront propres
et parfaitement saines. Aussitôt après, on coupera les
branches aux endroits où elles se réunissent, et on
laissera de grands vides autour du tronc. Alors les
18 CULTURE DES MURIERS.
branches de l’année suivante pousseront avec plus
de force, et les feuilles deviendront plus épaisses.
Si, chaque année, on coupe ainsi les branches su-
perflues, les autres deviendront florissantes.
On ne doit pas élever des vers à soie d'automne,
autrement les branches de l’année suivante seront
faibles et délicates, et leurs feuilles seront minces et
dépourvues de suc.
IL faut garnir les racines des müriers avec du fu-
mier, des crottes de vers-à-soie, des cendres de paille
de riz, de la boue des canaux ou de la terre grasse
et fertile. Mais, au commencement de la plantation,
on doit employer, au lieu des engrais indiqués plus
haut, des plantes aquatiques et des graines de co-
tonnier. Les racines auront de la chaleur, et l'arbre
poussera rapidement.
Suivant un auteur nommé Siu-kouang-ki, on peut
employer une pâte de haricots, de graines de chanvre
ou de cotonnier, du fumier de cochon, de mouton,
de bœuf ou de cheval.
Au commencement du printemps, les branches
grandiront avec rapidité. On aura soin de retrancher
les petits rameaux desséchés. Lorsqu'un arbre est bas
et petit, 1l faut entr'ouvrir ses racines, et les entourer
avec de la vase; sans cela les feuilles croîtraient len-
tement, et elles viendraient minces et dépourvues
de suc. Û
Lorsqu'on couche les branches en terre pour en
CULTURE DES MURIERS. 19
faire des marcottes, elles pourriront si la terre est
humide; mais, si la terre a de la chaleur, les racines
pousseront promptement. Il est plus avantageux de
reproduire les müriers par marcottes que par semis.
Il y a un insecte appelé sang-nieou, qui fait beau-
coup de mal aux müriers. Il faut chercher son nid
dans les fissures de l'écorce, et y verser de l'huile de
l'arbre thong (Bignonia tomentosa) ; il périra sur-le-champ.
Quelques personnes font usage de la plante pou-
mou-tsao dont les feuilles ressemblent à celles du bam-
bou. On fait bouillir cette plante, et avec l’eau impré-
gnée de son suc on arrose les feuilles attaquées par
cet insecte. On peut semer des légumes au bas des
müriers. |
Dans les pépinières de müriers, il ne faut point
planter l’espèce d'arbre appelée yang. Les fissures de
son écorce donnent asile à un grand nombre d’insec-
tes qui mangent l’épiderme des müriers, et y prati-
quent des nids où leurs œufs éclosent. Siu-kouang-hi
dit, au contraire, qu'il ne faut point bannir ces arbres
des pépinières de müriers; seulement on doit appor-
ter un grand soin pour détruire les insectes qu'ils
attirent.
Les müriers de Wang-haï se plantent de la même
manière que les müriers blancs.
Dans le douzième mois (janvier), on ouvre les
étangs et l’on garnit ces arbres de fumier : c'est-à-dire
qu'on entoure leurs racines de terre limoneuse. Dans
入
50 CULTURE DES MURIERS.
le deuxième moïs, et quelquefois dans les troisième,
sixième et septième mois, on enlève le limon dont
on avait garni les racines des müriers.
Les müûriers à branches roses sont d’une espèce qui
vient forte et élevée. Il n’est pas nécessaire de les
tailler pour que leurs branches deviennent épaisses.
On doit les planter beaucoup plus tôt que les autres.
IL convient de les placer près de la maison, mais on
n’a pas besoin d’entourer les racines avec du limon des
mares. Seulement, lorsque ces müriers sont jeunes, il
faut les garnir de fumier avant l'arrivée de Thiver.
Quelques personnes les fument deux fois et d’autres
trois fois. Le douzième mois (janvier) est l’époque la
plus favorable pour cette opération.
On lit dans l'ouvrage intitulé Nong-sang-yao-tchi :
Toutes les fois qu'on a nouvellement planté des mu-
riers, on ne doit tailler les branches et cueillir les
feuilles qu'à l’époque convenable. On ne doit pas cueïl-
lir les feuilles qui viennent sur les longues branches
du centre de l'arbre. On se contentera de prendre les
feuilles des branches latérales qu’on ne taïllera point,
afin que les branches et les petits rameaux deviennent
épais et touffus. Alors on entourera les müriers d’une
haie, pour empêcher les bœufs et les autres animaux
domestiques de brouter les feuilles, d’ébranler les
arbres ou de les arracher. Ensuite, lorsque les rameaux
du centre auront acquis de la force, on pourra couper
les branches latérales.
CULTURE DES MURIERS. 51
Lorsque les racines sont fortes et étendues, la séve
se porte avec abondance vers les rameaux du centre.
Alors le mürier croît et devient bientôt un arbre fort
et élevé, 1l se fortifie de jour en jour et offre tous les
signes d'une riche végétation.
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GREFFE DES MURIERS 1.
On lt dans l'ouvrage de Kouo-tho-tho : Si Yon grefle
le mürier sur l'arbre Kou, ses feuilles seront larges
et épaisses.
OBSERVATIONS DU TRADUCTEUR.
Cet arbre est le même que les naturalistes modernes
appellent Broussonetia papyrifera. L'abbé Grozier en parle
ainsi dans sa Description de la Chine :
« Get arbre est d'autant plus précieux pour les Chinois,
«qu'il leur fournit une grande partie du papier qu'ils con-
«somment. Lorsqu'on rompt ses branches, l'écorce se dé-
«tache et senleve sous forme de longs rubans. Si l'on
«voulait juger de son espèce par ses feuilles, on croirait
«que c'est un mürier sauvage; mais, par son fruit, il res-
«semble plus au figuier. Ce fruit tient aux branches, sans
«qu'il y soit attaché par aucune queue; il rend du lait
1 Nous n'ignorons pas que les agriculteurs de France sont fort supérieurs
aux Chinois dans la pratique des différentes greffes; mais nous avons cru devoir
imprimer cet article, pour conserver le texte original dans toute son inté-
grité. (Sr. 工 )
56 CULTURE DES MURIERS.
«comme la figue lorsqu'on l'arrache avant sa maturité.
“Un grand nombre de traits de ressemblance avee le figuier
«et le mürier pourraient le faire regarder comme une espèce
«de sycomore. 卫 croit sur les montagnes et dans les ter-
«Trains pierreux. »
On lit ce qui suit dans l'ouvrage intitulé Ssé-nong-
Pt-yong :
IT est avantageux de greffer des branches du müû-
rier de Lou (grande espèce de müriers) sur le tronc
du mürier de Khing (du mürier naim ).
Pour que la greffe réussisse, 十 faut choisir l'époque
du mouvement de la séve, rapprocher étroitement, et
avec une justesse précise, les parties qu'on veut sou-
der ensemble, les maintenir serrées à l’aide d’une
forte ligature, et les envelopper d’un emplâtre épais
pour qu'elles ne s’écartent point et qu’elles ne soient
point exposées à la gelée. Les dix jours qui précèdent
le terme appelé Tchun-fen (21 mars), sont la pre-
mière époque favorable pour cette opération; les cinq
jours qui précèdent ou qui suivent sont l'époque
moyenne (ou la seconde époque, qui est moins fa-
vorable que la première ); mais l’époque la plus favo-
rable est celle où les yeux des branches ont pris une
teinte noire. Cette règle doit être suivie dans tous les
climats; mais il faut un temps serein et un jour où
règne une douce chaleur. Si l'union des parties ne-
tait pas très-étroite, la communication de la séve au-
SUPPLÉMENT. 57
rait de la peine à s'établir entre le sujet et la grefle;
si l'on ne les maintenait pas par une ligature solide,
le vent et le froid s’insinueraient entre eux et empe-
cheraient leur soudure. Les sauvageons qui donnaient
des fruits petits et d'un goût désagréable, produisent,
après qu'on les a greffés, des fruits plus gros et d'une
saveur excellente. C’est dans un but semblable qu'on
a coutume de greffer les müriers, afin d'améliorer
leurs feuilles.
_ Lorsqu'on a besoin de greffes qui doivent être em-
ployées dans un endroit éloigné, il faut les prendre
d'avance; on saisit l’époque favorable et l'on coupe les
branches.
Lorsqu'on a coupé des branches garnies de bou-
tons, qu'on veut transporter au loin, on les enveloppe
avec des feuilles de roseaux, et on les serre dans un
panier neuf et non vernissé, tressé avec des branches
de diospyros. Lorsqu'on a bien bouché l'ouverture du
panier, et que les greffes sont parfaitement à l'abri
de l'air extérieur, elles peuvent être transportées jus-
qu'à une distance de mille lis {cent lieues), sans cou-
rir le risque d'être endommagées par le froid. Pour
les arbres à fruits, il faut prendre jes greffes sur des
branches de trois ans: la manière de les conserver et
de les unir (greffer) est la même que pour les mu-
rlers.
58 CULTURE DES MURIERS.
Siu-kouang-hi dit à cette occasion : Les meilleures
branches sont celles de l'année; c’est une erreur que
de recommander, pour cet objet, des branches de
trois ans. Pour greffer, il faut attendre absolument les
derniers jours de la lune. Cette opération peut se
pratiquer depuis le second quartier de la lune jus-
qu'au premier quartier de la lune suivante; mais le
dernier jour de la lune est une époque bien plus fa-
vorable encore. Pendant le temps qui s'écoule depuis
le premier quartier jusqu’au second, il faut s'abstenir
de greffer; le temps de la pleine lune est plus dan-
gereux encore.
GREFFE EN FENTE.
On commence par scier horizontalement la tige du
sujet, à une petite distance de terre. À l'aide d'un
couteau bien tranchant, dont la pointe est tournée
en haut, on fait à droite et à gauche, dans l'écorce et
l'aubier, deux entailles obliques d’un pouce et demi,
qui vont en diminuant jusqu'à ce que leur extrémité
forme un angle aigu. On prend alors une greffe lon-
gue de cinq pouces et à peu près grosse comme le
doigt, on la taille en forme de prisme, à un pouce
et demi de son origime, on la met dans sa bouche pen-
dant quelques instants pour la réchauffer; puis on
l'insère dans l’entaille qu’on a pratiquée latéralement
sur le sujet.
SUPPLÉMENT. 59
- H est très-important que l'union des deux parties
soit étroite et précise, de manière que le liber et
jaubier du vieil arbre coïncident parfaitement avec le
liber et l’aubier de la greffe (qui est destinée à l'a-
méliorer ou à le rajeunir ). Le mème sujet peut recevoir
ainsi plusieurs greffes en fente, quand sa grosseur le
permet.
On prend alors de la bouse fraîche , que l'on pétrit
avec de la terre, et l’on en forme une enveloppe autour
de la greffe ; ensuite on l'entoure solidement avec de
l'écorce fraiche de mürier. Ce n’est pas tout : on cache
encore la ligature d’écorce avec le même emplâtre
qu'auparavant; ensuite on recouvre la greffe de cinq
pouces de terre humide ; enfin, on attache tout autour
de cette poupée de terre des branches épineuses pour
protéger la greffe.
Quand les nouvelles pousses seront sorties à tra-
vers la terre humide, et qu’elles auront un ou deux
pieds de longueur, on les coupera en en laissant seu-
lement deux ou trois. Il est convenable de les main-
tenir par des tuteurs.
Stu-kouang-ki dit : La profondeur de l’entaille doit
être proportionnée à la force de l'arbre et à la grosseur
de la greffe. Il est important que l'écorce et le bois
de la greffe coïncident exactement avec l'écorce et le
bois du sujet; mais 1l y a une condition plus impor-
tante encore, c'est la correspondance parfaite du point
où l’aubier se joint à l'écorce.
60 CULTURE DES MURIERS.
Lorsqu'on veut greffer de grands müriers, 本 con-
vient de faire usage de la greffe en fente ou de la greffe
par insertion. Quant aux petits müriers, les greffes les
plus favorables sont celles en oreille de cheval (c’est-à-
dire la greffe en flûte) et par compression (c’est-à-dire
la greffe en écusson ).
Lorsqu'on grefle un arbre rez terre, il faut len-
tourer de terre glaise comme ceux dont nous venons
de parler plus haut, et que l’on greffe en fente à mortié
de leur hauteur; seulement on se contente d’entourer
l'entaille avec du papier. Ensuite on l'enveloppe avec
un vieux morceau de natte disposé comme une écuelle
(c’est-à-dire en forme de cornet très-évasé ); on y met
de la terre humide pour alimenter la greffe; on doit
faire en sorte qu’elle soit à l’abri de l'air et du vent.
Au lieu d’un morceau de natte, on pourra faire usage
d’un vieux vase de terre sans fond. Quand on voit
que la terre est sèche, il faut l’arroser pour maintenir
l'humidité. Bientôt les rejetons sortiront à travers ja
terre humide qui enveloppe l'endroit grelfé. Il faut
bien se garder d’ôter cette terre : mais à l'automne,
lorsque les jets ont acquis de la force et que la greffe
est solidement soudée, cette terre devient inutile. Dès
que les greffes sont bien prises et participent à la vie
du sujet, on peut les laisser sl la force de l'arbre et
le nombre des branches horizontales le permettent.
SUPPLÉMENT. 61
GREFFE EN ÉCUSSON.
Lorsqu'on grefle par compression (en écusson), on
coupe une branche horizontale à un pied de la tige.
(On ne peut pas déterminer rigoureusement la lon-
gueur qu'on doit laisser ; 1l faut avoir égard à la force
de l'arbre.) Sur la greffe, à un demi-pouce en avant
d'un œil, on incise en carré la peau et la chair (工人 -
corce et l’aubier ) jusqu’à ce que la pointe du couteau
soit arrivée à l'os (au bois); ensuite on enlève légè-
rement une plaque decorce et d’aubier portant un
call .
Au-dessous de l'œil et sur le bois, il y a un petit
cœur (que nos agriculteurs appellent corculum) qui
est gros comme un grain de riz : c’est le principe vital
d'une petite pousse. Lorsqu'on lève l'écusson, il faut
l'arracher avec la pointe de l'ongle, de manière qu'il
reste attaché à la petite plaque d’écorce et d’aubier.
On met quelques instants dans sa bouche la plaque
d'écorce et on l’applique sur la branche horizontale,
où elle laisse une empreinte humide. On la reprend
et on la remet de nouveau dans sa bouche; puis, en
conduisant la pointe du couteau sur la ligne carrée
qu'a laissée l’écusson humide, on incise l'écorce et l'au-
bier, et l'on en enlève une portion de même largeur,
de manière à dénuder l'os (le bois). On prend alors
l'écusson et on linsère à la place de la partie qu'on
vient d'enlever {sur la branche horizontale ). ( 卫 est
62 CULTURE DES MURIERS.
nécessaire que l'œil de l'écusson soit tourné en haut. )
On liera en haut et en bas les parties greffées avec
de l'écorce fraiche et mince de mürier. La ligature
doit être serrée d’une manière convenable. Si elle
l'était trop, la vie du sujet ne pourrait se communiquer
à la greffe ; si elle était trop lâche, les deux parties ne
seraient pas assez rapprochées, et l'opération ne pour-
ralt réussir.
On pétrit de la bouse avec de la terre glaise, et on
en couvre les quatre côtés de la greffe en laissant l'œil
libre.
On proportionnera le nombre des écussons à la
grosseur de chaque arbre.
LA
MANIÈRE DE GREFFER LES BRANCHES QUI ONT DE PETITES POUSSES.
On peut faire usage de la greffe en oreille de cheval
(c'est-à-dire en flûte). On va dans la pépinière où sont
des müriers de Khing ( des müriers nains) plantés l’an-
née précédente; on coupe leurs jets à deux pouces de
terre, et on les taille obliquement en oreille de cheval
(en flûte). Ensuite on prend une greffe de mème gros-
seur sur un mürier de Lou (müûrier de la grande
espèce), et on la taille également en oreille de cheval
(en flûte); on applique l’une sur l'autre les deux oreilles
de cheval (les deux parties taillées en flûte), et on les
lie solidement avec de l'écorce fraiche et mince de
SUPPLÉMENT. 63
mürier. On couvre la greffe avec de la bouse mêlée
de terre glaise, et on entoure la branche greffée avec
de la terre humide. Quand les rejetons sont sortis de
terre, on pourra en laisser un ou deux (et couper les
autres). À l'automne ils auront atteint la hauteur d'un
homme d'une taille élevée. L'année suivante on les
transplantera dans la pépinière pour les y cultiver. On
se conformera aux règles tracées plus haut. Il faut ab-
solument que la greffe soit de la même grosseur que
la branche du sujet qui doit la recevoir. 卫 faut encore
(et ceci est le point le plus important) que les libers
et les aubiers coïincident exactement entre eux.
On lit ce qui suit dans l'ouvrage intitulé Wou-pen-
sin-chou :
Les fruits de tous les müriers s'améliorent par la
greffe. Toutes les fois qu'on veut greffer des branches,
il faut choisir les plus belles. H est nécessaire de faire
usage des branches anciennes , qui sont tournées vers
le soleil (le midi); elles sont plus fortes et plus flo-
rissantes. Les jeunes branches, qui sont exposées au
nord, sont plus faibles et réussissent difficilement. La
racine et le tronc suivent chacun leur espèce. Cepen-
dant le mürier nain de Khing peut être greflé sur le
grand mürier de Lou; le mei (prunier) sur l’'amandier,
et le pècher sur le poirier.
: H'ya cinq espèces de greffes :
1° La greffe sur le corps de l'arbre (la grefle en
fente); 2° la greffe sur racines; 3° la grefle sur écorce ;
64 CULTURE DES MURIERS.
四 la greffe sur branches; 5° la greffe en écusson;
6° la grefle en flûte.
On lit dans l’ouvrage intitulé J-sang-tsong-lun :
On greffe dans le second mois. On distingue ja
greffe en fente, la greffe par insertion, la greffe par
_ compression (en écusson), et la greffe par application
(la greffe en flûte ).
Il y a encore la greffe appelée houan-tsié, ou greffe
d'échange. Gette expression s'applique à l’opération par
laquelle on greffe le mürier sur l'arbre tchu-kou (voyez
le commencement de l’article sur la greffe); ses feuilles
deviennent plus épaisses et plus larges.
FIN DE LA CULTURE DES MURIERS.
ÉDUCATION
DES VERS A SOIE.
n 网
FE
v#
ÉDUCATION
DES VERS A SOIE.
OBSERVATIONS
PRÉLIMINAIRES.
TÉMOIGNAGES DES AUTEURS CHINOIS
QUI PARLENT DE LA CULTURE DES MURIERS ET DE L'ÉDUCATION
DES VERS A SOIE, DEPUIS LES TEMPS LES PLUS ANCIENS (DEPUIS
4438 ans) JUSQU'A LAN 976 DE NOTRE ÈRE.
On lit dans le livre des Vers à soie :
« La femme légitime de l'empereur Hoang-ti, nom-
«mée Si-ling-chi, commenca à élever des vers à soie. »
C'est à cette époque que l'empereur Hoang-ti in-
venta l'art de faire des vêtements.
OBSERVATIONS DU TRADUCTEUR.
Le même fait se trouve exposé avec plus de détails
dans l'Histoire générale de la Chine, du P. Maïlla, l'an 2602
avant notre ère {il y a 4438 ans ).
68 OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES.
«Ce grand prince (Hoang-t) voulut aussi que Si-ing-chi,
«sa légitime épouse, contribuât au bonheur de ses peuples.
< 卫 la chargea d'examiner les vers à soie et d'essayer à
«utiliser leurs fils. Si-Uing-chi fit ramasser une grande quan-
«tité de ces insectes, qu'elle voulut nourrir elle-même dans
«un lieu qu'elle destina uniquement à cet usage. Elle trouva
«non-seulement la facon de les élever, mais encore la ma-
«nière de dévider leur soie et de l'employer pour faire des
«vêtements. »
C'est en reconnaissance d'un si grand bienfait , dit l’his-
toire intitulée Wai-ki, que la postérité a élevé Si-Uing-chi
au rang des Esprits, et lui rend des honneurs particuliers
sous le nom de Déesse des vers à soie. ( Mémoires sur les
Chinois, tom. XIIT, pag. 240.)
On lit dans le chapitre iu-kong du Chou-king , un
des cinq livres canoniques des Chinois :
«On put planter des müriers et nourrir des vers à
« sOIe. »
OBSERVATION.
Suivant les annales de la Chine, ce chapitre a été com-
posé vers l'an 2205 avant J.-C. (il y a Ao41 ans.) Voyez
le Chou-king, trad. par le P. Gaubil, pag. 45. [ St. Julien. ]
On ht dans le livre des Vers, l'un des cinq livres
canoniques, au chapitre Pin-fong, ode 1 :
OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES. 69
« Dans le mois où l’on nourrit les vers à soie { dans
«le quatrième mois ), on cueille des feuilles de ma-
« rie r:'»
OBSERVATION.
Ce chapitre a été composé par Tcheou-kong, oncle de
l'empereur Tching-wang , vers lan 1115 avant notre ère
(il ya 2951 ans). (St. Julien.)
On lit dans le Li-ki, ou livre des Cérémonies (l’un
des cinq livres canoniques des Chinois ) au chapitre
Youeïi-ling :
« Dans le dernier mois du printemps, l'impératrice
« jeûne, se purifie, et offre un sacrifice à l'Esprit des
«vers à soie. Elle va dans les champs situés à l’est et
«cueille elle-même des feuilles de mürier. Elle dé-
« fend aux dames nobles et aux femmes des ministres
« de sorner de leurs parures, et elle dispense ses sui-
«vantes de leurs travaux de couture et de broderie,
«afin qu'elles puissent donner tous leurs soins à l’é-
«ducation des vers à soie. »
OBSERVATION.
Le Li-ki, ou livre des Rites, d'où ce passage est extrait,
a été rédigé par Confucius, dont la naissance répond à
lan 551 avant J.-C.
L'ouvrage que nous traduisons offre encore plusieurs
70 OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES.
passages semblables, qui se rapportent au 1v°et au n°
siècle avant J.-C. | St. Julien. |
On lit dans louvrage mttulé Nong-sang-thong-
kioue :
« Le local appelé Kien-houaun (ou la maison des co-
«cons ) est celui où l’impératrice élève elle-même des
«vers à soie. Dans les temps anciens, il y avait une
« plantation de müriers appartenant à l'état, et un
«bâtiment appelé Tsan-chi ( ou la maison des vers à
«soie), qui avait la même destination que celui qu'on
« désigne aujourd'hui par l’expression Kien-kouar, qui
«veut dire la maison des cocons. »
« L'impératrice jeûne, se purifie et offre un sacri-
« fice à l'Esprit des vers à soie, afin de donner l'exemple
«à tout l'empire et d'engager tout le monde à soc-
«cuper de l’éducation des vers à soie. L'impératrice
«se rend dans les champs de mûriers. Elle coupe
«d'abord une branche; une suivante, qui tient une
«corbeille, reçoit les feuilles de müûürier; ensuite
« l'impératrice coupe trois branches. Une dame d'hon-
«neur, revêtue du titre de Chang-chou ou présidente,
«se met à genoux et dit: C'est assez. Une suivante,
«qui tient une corbeille, reçoit les feuilles de mü-
«rier et va les donner aux vers à soie. Il ne lui est
«pas permis d'apporter les feuilles de mürier dans la
«partie du palais appelée Kin-chi, ou maison d'Or.»
OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES. 站
On hit dans l'histoire de l’empereur Hiao-wen-ti,
qui commença à régner l'an 163 avant J.-C.:
5
« Un décret ordonna à l'impératrice de cuerllir elle-
«même des feuilles de mürier pour nourrir des vers
«à soie et fournir les vêtements destinés aux sacri-
« fices. »
L'AN 156 AVANT J.-C.
L'empereur King-t rendit un décret qui ordonnait
à limpératrice de cueillir elle-même des feuilles de
mürier, afin de donner l'exemple à tout l'empire.
L'AN AS AVANT J.-C.
La mère de l’empereur Youen-ti visitait la maison
des cocons ( ou des vers à soie ) et, suivie de lim-
pératrice et des dames du palais, elle allait cueillir
des feuilles de mürier.
LAN 58 APRÈS J.-C.
Sous le règne de Ming-ti, de la dynastie des Han,
limpératrice et les femmes des vassaux élevaient des
vers à sole.
OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES.
1
19
LAN 220 APRES J.-C.
Sous la dynastie des Weï, la femme de l'empereur
Wen-ti élevait des vers à soie dans un lieu situé au
nord de la ville, pour se conformer au rituel de la
dynastie des Tcheou ( ouvrage composé dans le
Xe siècle avant J.-C. ).
ENTRE LES ANNÉES 265 et 275 APRÈS J.-C.
Sous le règne de Wou-ti, de la dynastie des Tin,
dans les années Thaï-khang, l'empereur fit construire
pour les vers à soie une maison appelée Tsan- kong.
L'impératrice allait cueillir elle-même des feuilles de
müûrier pour se conformer aux anciens usages de la
dynastie des Han et de celle des Wei.
ENTRE LES ANNÉES 454 ET Ad% APRÈS 1.-C.
Sous la dynastie des Song, l'empereur Hiao-wou-ti
fit construire une maison pour les vers à soie.
L'impératrice cueillait elle-même des feuilles de
mürier, conformément aux rites de la dynastie des
Tsin.
L'auteur de l'ouvrage intitulé Nong-sang-thong-kioué
continue à citer des faits analogues qu'il a recueillis
OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES. RE ©:
dans l’histoire des empereurs suivants jusqu'aux an-
nées Thien-pao ( de 968 à 976 ) de la dynastie des
Song, sous laquelle il vivait, afin de montrer que,
depuis les temps les plus anciens, l’impératrice élevait
des vers à soie pour donner l'exemple à tout l'empire.
On lit dans l'ouvrage intitulé Tsan-lun, ou Consi-
dérations sur les vers à soie :
« Chaque espèce d'arbre a besoin d’un terrain par-
«ticulier, mais le mürier seul peut pousser en tous
« lieux ; et par conséquent il n’y a pas un seul endroit
« de l'empire où l’on ne puisse élever des vers à soie. »
Le livre des Vers dit au chapitre Pin-fong (composé
vers l'an 1115 avant J.-C. ):
« La jeune fille prend son panier élégant et suit des
«sentiers dérobés pour aller cueillir des feuilles de
«mürier.» On voit, par ce passage, qu'on pouvait
élever des vers à soie dans le pays de Pin.
OBSERVATION.
Le pays de Pin correspond au territoire où se trouve
aujourd'hui Si*gan-fou, capitale de la province de Chen:si,
qui est située au nord-ouest de la Chine. [ St. Jul. ]
On lit dans 1ode Tsiang-tchong-tseu, du même ou-
vrage : « Gardez-vous de briser nos müûriers. »
7h OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES.
Ce passage montre que lon pouvait élever des vers
à soie dans le pays de Thing.
OBSERVATION.
Le pays de T ching correspond à l'arrondissement de
Tching-tcheou, dépendant du département de Khaï-fong-
fou, dans la province de Ho-nan, qui est située au centre
de la Chine. (St. Julien.)
On lit dans l’ode intitulée Tche-lin :
Po 3 » ,
«Les müriers croissent sur les collines escarpées,
«et le peuplier dans les vallées humides. »
Ce passage montre qu'on pouvait élever des vers à
soie dans le royaume de T'hsin.
OBSERVATION.
Le pays de Thsin correspond à Thaï-youan-fou, qui est
aujourd'hui la capitale du Chan-si. Cette province est située
dans le nord de la Chine. (St. Jul.)
On lit dans lode intitulée Mong :
« Les feuilles de müûriers ne sont pas encore tom-
« bées; elles sont fraîches et abondantes. ( Ibid.) Les
« feuilles de mûrier jaunissent et tombent. »
On lit dans l'ode intitulée Sang-tchong :
OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES. 75
« I m'a donné rendez-vous au milieu des müriers. »
Ces deux passages montrent qu'on pouvait élever
des vers à soie dans le royaume de Wei.
OBSERVATION.
Le pays de Wei correspond aujourd'hui au territoire
de Weï-hoeï-fou, dans la province de Ho-nan, qui se trouve,
comme l'indique son nom, au midi du fleuve Jaune. Le
Ho-nan est situé au centre de la Chine. ( St. Julien. )
On lit dans l’ode intitulée Hoang: :
«I coupa , 1l tailla les arbres appelés yen (müriers
«sauvages ) et tchd (arbres épineux dont les feuilles
«servent à nourrir les vers à soie ).
Ce passage montre qu'on pouvait élever des vers
à sole dans le pays de Tcheou.
OBSERVATION.
L'auteur continue à montrer, par des citations d'anciens
ouvrages, qu'on pouvait élever des vers à soie dans le pays
de Tcheou, qui répond à une partie de la province actuelle
du Hou-nan, qui est située au centre de la Chine; dans
les pays de Lou et de Thsi (dans la province de Chan-
tong), au nord de la Chine; dans le pays de Thsou (ancien
nom de la province centrale de Hou-kouang, dont on a
formé, sous la dynastie actuelle, les provinces de Hou-pé
et de Hou-nan ); dans le royaume de Liang, qui fait partie
4
76 OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES.
du territoire actuel du Ho-nan, province centrale de la
Chine, et dans le pays de Cho, qui répond à une partie
du territoire actuel du Ssé-tchouen, province occidentale de
la Chine.
L'auteur termine ainsi cet article : «On peut cultiver et
«moissonner les cinq espèces de grains dans les contrées
«les plus froides de la Chine; on peut également cultiver
«les müriers, sous quelque température que ce soit. »
CONSTRUCTION
DU
LOGEMENT DES VERS A SOIE.
On lit dans le livre des Rites ( ouvrage rédigé par
Confucius dans le ve siècle avant J.-C. ) :
« L'empereur et les vassaux doivent avoir une plan-
«tation de müûriers appartenant à l’état et une mal-
«son pour élever les vers à soie. On létablit près
« d'une rivière ou d’un ruisseau d’eau vive; sa hau-
«teur est de onze coudées. On l'entoure à l'extérieur
«d’un haie d’arbrisseaux épineux. »
MÊME OUVRAGE.
On choisit, par le moyen des sorts, les dames des
trois palais et les femmes nobles qui sont pures et
entourées d’heureux présages, et on les envoie dans
la maison des vers à soie, pour les nourrir, et s’oc-
cuper de tous les soins de leur éducation.
78 . ÉDUCATION DES VERS À SOIE.
THSI-MING-YAO-CHOU.
I faut ouvrir des fenêtres aux quatre faces du loge-
ment. On y colle du papier pour garantir les vers de
l'air extérieur. Dans l’intérieur de l'atelier on allume
du feu aux quatres angles.
MÊME OUVRAGE.
Dans le troisième mois, à l'époque appelée Thsing-
ming (le 5 avril), on ordonne aux femmes chargées
de nourrir les vers à soie, de préparer leur demeure,
et de boucher les trous et les fissures par où l'air :
pourrait pénétrer.
MÊME OUVRAGE.
Les vers à soie aiment naturellement le repos et
craignent les cris bruyants; c’est pourquoi leur mal-
son doit être tranquille et exempte de tout bruit. Is
aiment la chaleur et craignent l'humidité; c'est pour-
quoi leur logement doit être construit en planches.
Dans une maison tranquille et retirée, 1ls ne seront
point importunés par les cris et les clameurs des
hommes. Dans une maison bien close, 1ls seront à
l'abri des atteintes imprévues du vent du sud. Dans
une maison construite en planches, ils seront à l'abri
des exhalaisons et des vapeurs humides de la terre.
1
|
:
;
1
ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 79
LE LIVRE DES VERS A SOIE,
“
Les vers à soie aiment un logement où règne une
douce chaleur; il faut, au contraire, placer les cocons
dans un lieu frais.
WOU-PEN-SIN-CHOU.
La maison des vers à soie doit être éloignée des
fumiers et des immondices {et de tout ce qui exhale
une mauvaise odeur, comme les écuries, les étables,
etc.). Ayez soin que, pendant la nuit, la lueur dau-
cune lampe ne s’insinue à travers les fentes des croi-
sées, et ne vienne à rayonner subitement dans la
demeure des vers à soie. N etelgnez pas, dans l'atelier,
de ces allumettes en papier qui répandent beaucoup
de fumée. |
Quand les vers viennent de naïître, 1ls craignent la
poussière que l’on fait en balayant. Ils n'aiment pas
à entendre pleurer et crier; ils n'aiment pas qu’on
laisse entrer dans leur logement des personnes qui
ne seraient pas parfaitement propres (par exemple,
une personne qui serait accouchée depuis moins de
trente Jours, ou qui aurait ses mois).
(Cette observation est tirée d'un autre ouvrage sur le même sujet.)
80 ÉDUCATION DES VERS A SOIE.
MÊME OUVRAGE.
Toutes les fois qu'on élève des vers à soie dau-
tomne, le temps de leur naissance n'est pas éloigné
des trois époques appelées San-fo. (Elles tombent au
milieu de l'été). La chaleur (de l'été) subsiste encore,
et, comme il se forme beaucoup d'humidité dans le
logement des vers à soie, il faut prendre les mesures
nécessaires pour que l'air circule librement dans
toutes les parties de l'atelier.
CONSTRUCTION DE L’ÉTUVE.
Il faut creuser au milieu de la maison une fosse
dont la largeur et la profondeur soient proportion-
nées aux dimensions de l'atelier. La grandeur ordi-
naire de cette fosse doit être de quatre pieds sur
chacun de ses côtés. On élèvera des quatre côtés un
mur carré de deux pieds de haut, en briques liées
entre elles avec du ciment. On prendra de la bouse
de vache bien sèche et réduite en poudre, et l'on
couvrira le fond de la fosse d'une couche de cette
poudre, épaisse de trois à quatre pouces. On étendra
par-dessus un lit de morceaux de bois bien secs, ayant
au moins cinq pouces de diamètre, qu'on aura coupés
dans le dernier mois de l’année. On pourra prendre
du müûrier, de l’acacia, de l’orme, ou tout autre bois
dur et solide. Sur ces morceaux de bois on étendra
une seconde couche de bouse sèche et, pulvérisée.
Dans les endroits vides entre chaque pièce de bois,
on battra fortement la bouse pulvérisée, de manière
à ne pas laisser le plus petit vide; car, s’il y avait des
vides, le feu produirait une flamme qui pourrait en-
dommager la maison, et, en outre, ce feu ne pour-
6
82 ÉDUCATION DES VERS A SOIE.
rait durer longtemps. Quand on a complétement
rempli la fosse, et qu'on a bien battu la bouse pulvé-
risée qui couvre les morceaux de bois et en remplit
les interstices, on y répand encore une couche de
même matière. Sept ou huit jours avant la naissance
des vers à soie, on place sur la bouse sèche des char-
bons allumés qu'on couvre de cendre chaude. La
bouse sèche prend feu, et dégage, pendant cinq à sept
jours, une fumée noire et jaune. Un jour avant la
naissance des vers à soie, on entr'ouvre la porte pour
dissiper la fumée, puis on la referme soigneusement.
Dès ce moment le bois et la bouse sèche se trouvent
complétement embrasés jusqu'au fond de la fosse.
Quand les vers à soie sont jeunes, ils aiment la
chaleur et craignent la fumée; par conséquent il ne
faut pas faire un feu vif. De plus, un feu vif brûle
tantôt avec force, tantôt 1l s'arrête tout à coup; il ne
peut répandre constamment une chaleur égale et uni-
forme. Mais, quand le feu que nous recommandons
est une fois bien allumé, 1l ne produit aucune fumée,
et peut se conserver pendant un ou deux mois sans se
diminuer nl s’étemdre. On éprouve une douce chaleur,
sans s'apercevoir qu'il y ait du feu dans l'atelier. Mais,
si l'on brülait des branches menues, elles produiraient
une fumée qui se répandrait partout. Il est nécessaire
de construire sur les bords de la fosse un petit mur carré
en briques, haut d'environ deux pieds, afin que la
chaleur s'élève et arrive au milieu de l'atelier, et
ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 83
qu'elle sy répande d’une manière égale. Ce mur ser-
vira encore à empêcher que les personnes qui circu-
lent la nuit dans l'atelier ne tombent par mégarde
dans la fosse. La maison étant construite de maté-
riaux secs et propres à recevoir la chaleur, les parois
des murs ne tarderont pas à être échauffés. La fumée
qui se dégage de la bouse pulvérisée étouffe tous les
insectes qui pourraient nuire aux vers à sole.
La bouse de vache répand dans l'atelier une odeur
qui est salutaire aux vers à soie.
OBSERVATION DU TRADUCTEUR.
La surface de la fosse doit être couverte d'un carrelage
en briques percées de plusieurs trous, pour faciliter le dé-
gagement de la chaleur.
] faut remplacer le vieux papier, qui garnit les fe-
nêtres, par du papier blanc et parfaitement propre.
De peur que la chaleur ne s'échappe au dehors, 1l faut
se garder de lever les stores et les paillassons des fe-
nêtres et des portes, pendant le temps que l'on met à
arracher le papier ancien et à en coller de nouveau.
Au haut de chaque fenêtre, il faut établir quatre
grands stores d'un tissu serré. On les disposera. de
manière à pouvoir être roulés ou déroulés à volonté.
(Ssé-nong-pi-yong.)
6.
84 ÉDUCATION DES VERS A SOIE.
NONG-SANG-THONG-KIOUË.
Lorsqu'on a besoin d'un atelier pour les vers à soie,
on construit une maison exposée au midi. On choisit
surtout un lieu uni et agréablement situé. La meil-
leure exposition est celle qui est exactement au midi;
celle du sud-ouest est moins bonne, celle de lest
l'est beaucoup moins encore.
Si la maison est ancienne 1l faut la Se avec le
plus grand soin et la crépir longtemps avant l'époque
où l’on en aura besoin. Si on le faisait peu de temps
avant la naissance des vers à soie, les parois conserve-
raient une humidité qui leur serait funeste. Quelques
personnes couvrent cette maison avec des tuiles, d’au-
tres avec du chaume. Il faut crépir en dedans et en
dehors tous les bois de charpente et de menuiserie
pour prévenir les dangers du feu. On élèvera dans
l'atelier des piliers garnis de traverses pour recevoir
les claies. Les fenêtres auront une grande ouverture
qui laisse passer assez de jour pour bien distinguer le
sommeil ou le réveil des vers à soie. Au-dessus des
étagères on ouvrira de petites lucarnes pour augmen-
ter au besoin la lumière le matin et le soir.
Au niveau du sol on placera de distance en distance
des tuyaux ou conduits d'air communiquant avec je
dehors, et disposés de manière qu’on puisse les ou-
vrir et fermer aisément. Ils serviront à dissiper lhu-
midité, ou à expulser les miasmes dangereux.
ÉDUCATION DES VERS À SOIE. 85
MÊME OUVRAGE.
Lorsqu'on veut élever des vers à soie, 1l faut d’a-
bord ouvrir une chambre au levant pour y nourrir les
vers nassants. On les retire de cette chambre avant et
après . second sommeil. Il faut fermer avec soin
la fenêtre tournée à l'ouest, parce que les rayons du
soleil couchant nuisent particulièrement aux:vers à
soie. Le vent du sud-ouest est très-dangereux pour les
vers à soie. Afin de les en préserver, on élèvera en de-
hors une palissade éloignée de quatre à cinq pieds.
L'auteur consacre ici plusieurs lignes pour indiquer
la place des idoles et les pratiques de dévotion qu'il
faut employer pour la prospérité de l'atelier.
MÊME OUVRAGE.
Lorsqu'on veut nourrir les vers naïssants, on ouvre
d'abord une chambre située au levant. Aux quatre
angles on construit des niches creuses (de petits
poêles) disposées comme les trois étoiles de la cons-
tellation du cœur, c’est-à-dire en triangle, afin de dis-
tribuer la chaleur d’une manière uniforme. L'auteur
ajoute que la petitesse de cette chambre permet de
l'échauffer aisément. Half
86 ÉDUCATION DES VERS A SOIE.
NONG-SANG-THSIOUEN-CHOU.
A
Quand les vers à soie viennent de naître, 1ls ont
besoin d’une extrème chaleur; à cette époque l'air
est encore froid. Après le troisième sommeil (ou ja
troisième mue) les vers à soie ont besoin de ficheur.
À cette époque l'air est déjà chaud. En outre, le vent,
la pluie, le temps sombre, le temps clair, surviennent
souvent à limproviste; la température du matin et
du soir, celle du jour et de la nuït, offrent de grandes
différences. Si, dans ces diverses circonstances, on man-
que une seule fois de prendre les mesures convena-
bles, les vers à soie tombent aussitôt malades. Mais
on peut parer à tous ces changements de l’atmos-
phère si l’on suit fidèlement les règles que nous pres-
crivons 1C1. |
Il faut établir tout autour de l'atelier {c'est-à-dire
à chaque fenêtre) des stores qui puissent se rouler et
se dérouler à volonté. Au milieu de la chambre on
allume un feu souterrain. Si les vers à soie ont be-
soin de chaleur et que l'air extérieur soit froid, on
abaisse les nattes qui garnissent les fenêtres et l'on
répand de la chaleur dans l'atelier. Alors le froid du
dehors ne peut y pénétrer, et une douce température
se propage dans tout le local. Mais, s’il faisait un froid
rigoureux, il serait impossible de le dissiper quand
même l’on ouvrirait souvent les bouches de chaleur
de l’étuve. Alors on allume au dehors des mottes de
ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 87
bouse sèche, et lorsqu'elles sont embrasées et ne pro-
duisent plus de fumée, on les place aux quatre angles
de l'atelier. Bientôt une douce chaleur se répand par-
tout; dès que le froid est dissipé l'on remporte le
reste des mottes embrasées.
Lorsque les vers à soie ont besoin de fraicheur et
que l'air extérieur est chaud, on ferme les bouches
de chaleur et l’on relève les stores des fenêtres: alors
la chaleur intérieure se dissipe et la fraîcheur du de-
hors pénètre dans l'atelier. S'il faisait une chaleur
étouffante, il ne suffirait pas de relever tous les stores
pour la dissiper. Alors on enlève le papier des fené-
tres, on ouvre les petites lucarnes du toit et les con-
duits d'air qui sont au niveau du sol, et l’on répand
de l’eau fraîche en dehors des fenêtres et au bas des
chassis. Bientôt un air frais se répand dans toutes les
parties de l'atelier.
Quand cette chaleur étouffante est dissipée, on
recolle du papier aux fenêtres et l'on bouche les con-
duits d'air. De cette manière les vers à soie ne sont
incommodés nl par le froid ni par la chaleur, depuis
le commencement jusqu'à la fin de leur éducation.
Il y en a très-peu de malades et les coques ne laissent
rien à désirer. C’est de l'observation de ces procédés
que dépend tout le succès de l’éducation des vers
à soie. Mais il ne faut pas que la fraicheur soit rem-
placée subitement par la chaleur; on doit augmenter
peu à peu le feu. Si lon passait subitement du froid
88 ÉDUCATION DES VERS A SOIE.
au chaud, les vers à soie deviendraient jaunes et mous.
Quand il fait trop chaud, il ne faut pas non plus in-
troduire subitement un air frais dans l'atelier; on doit
_ ouvrir peu à peu les fenêtres. Cette précaution est
nécessaire, car, si la chaleur était tout à coup rem-
placée par un air frais, les vers à soie ne tarderaient
pas à devenir blancs et à mourir. C’est encore un
danger grave qu'on doit connaître d'avance, afin d’é-
loigner les causes qui peuvent y donner lieu.
BAINS
QUE LON DONNE A LA GRAINE DES VERS A SOIE.
L'ancien dictionnaire Eul-ya cite trois sortes din-
sectes qui forment un cocon : 1° le Siang ou le ver à
soie qui se nourrit de feuilles de muürier; 2°le Tcheou-
IE qui se nourrit des feuilles du jujubier et des arbres
appelés hoa et louan; 3° le Hang qui se nourrit des
feuilles de la plante appelée siao.
On lit dans le Chou-king (Yun des livres canoniques
des Chinois) : « Le premier jour de la lune du dernier
« mois de printemps, la femme du prince lave la graine
des vers à soie dans la rivière. »
HISTOIRE ABRÉGÉE DU ROYAUME DE OU.
Dans le district de Nan-yang les vers à soie forment
leurs cocons huit fois par an.
90 ÉDUCATION DES VERS A SOIE.
KOUANG-TCHI.
.On distingue plusieurs sortes de vers à soie : les
vers à soie d'automne, les vers à soie d'hiver, et les
vers à soie sauvages.
YONG-KIA-KI.
Dans le district de Yong-kia on compte huit espèces
de vers à soie :
1° Les vers à soie appelés Hang-tchin-tsan. Ils for-
ment leur cocon dans le troisième mois (avril);
2° Les vers à soie appelés Tché-tsan, c'est-à-dire
les vers que l’on nourrit avec les feuilles de l'arbre
Tche. Is forment leur cocon au commencement du
quatrième mois (mai);
3° Les vers à soie appelés Hang-tsan. Ils forment
leur cocon dans le quatrième mois (mai);
4° Les vers à soie appelés ’Aïtchin-tsan, c'est-à-dire
vers à soie chéris et précieux. Îls forment leur cocon
dans le cinquième mois (juin );
5° Les vers à soie appelés ’Ai-tsan ou vers à soie
cheris. Ils forment leur cocon vers la fin du sixième
mois (juillet);
6° Les vers à soie appelés Han-tchin-tsan, c'est-à-
* dire vers à soie froids et précieux. Ils forment leur
cocon dans le septième mois (août);
ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 91
7° Les vers à soie appelés Sse-tchou-tsan, c'est-à-
dire vers à soie qui viennent d’une quatrième ponte.
Ils forment leur cocon au commencement du neu-
vième mois (octobre ); i
8° Les vers à soie appelés Han-tsan, c'est-à-dire
vers à soie froids. Is forment leur cocon dans je
dixième mois (novembre).
On lit dans le même ouvrage : « Tous les vers à soie
des premières espèces qui mürissent deux fois dans
un an {c'est-à-dire qui donnent de la graine pour une
seconde éducation de la même année), s'appellent
Tchin-isan, c'est-à-dire vers à soie précieux. I y a peu
de personnes qui élèvent les vers à soie appelés pre-
cieux.
Les vers de la cinquième classe, appelés ’Aï{san
ou vers à soie chéris, proviennent de la graine des
vers de ja troisième classe, appelés anciennement
Hang-tsan.
Lorsque les vers à soie (de la première classe) ap-
pelés Hang-tchin ont formé leurs cocons dans le troi-
sième mois (avril), les papillons sortent, et l’on re-
cueille leurs œufs. Dans le septième et le huitième
mois, les œufs éclosent et les papillons naissent. Un
grand nombre de personnes élèvent cette espèce de
vers à soie. Ce sont là ceux qu'on appelle Hang-tsan,
ou les vers à soie de la troisième classe.
Lorqu'on veut obtenir des vers à soie appelés ’Ai-
99 ÉDUCATION DES VERS A SOIE.
isan, où vers à soie chéris ( de la cinquième classe ),
on prend des œufs des vers de la troisième classe,
appelés Hang-tchin, on les met dans un vase de terre
dont la dimension doit être proportionnée à la quan-
üté de graine qu'on veut conserver. On bouche
l'ouverture du vase avec du papier, puis on place le
vase dans un bassin rempli d’eau de source, afin que
la fraicheur arrête l’éclosion de la graîne. On laissera
ainsi les œufs de trois à sept jours; au bout de ce
temps ils écloront, et l’on pourra élever les vers à
soie. On les appelle ’Aïtchin, ou vers à soie chéris et
précieux; on les nomme encore ’Aï{seu, ou enfants
chéris. Ce sont ceux de la quatrième classe.
Quand ils ont formé leur cocon, les papillons sor-
tent et pondent leurs œufs. Sept jours après la ponte,
les œufs éclosent et deviennent vers à soie. Un grand
nombre de personnes élèvent les vers de cette espèce.
Ce sont alors les vers de la cinquième classe, appelés
’Aïtsan, ou vers à soie chéris. |
Il faut faire en sorte que l’eau où baigne le vase
aille juste à la hauteur des œufs qu'il renferme; car,
si l’eau extérieure s'élevait au-dessus de la ligne des
œufs, ils mourraient et ne pourraient plus éclore. Si
l'eau extérieure était plus basse que les œufs, alors ils
manqueraient de fraîcheur, et l’on ne pourrait arrêter
leur éclosion. Si l'on ne pouvait arrèter leur ecloslon ,
alors on ne pourrait les conserver de trois à sept jours
dans le vase. Si Jon ne peut les conserver de trois à sept
ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 93
jours dans le vase, lors même qu'ils éclosent, ils ne
peuvent accomplir leur tâche. Gette expression veut
dire qu'ils filent vainement pour former leur cocon.
Quand les papillons sont sortis et que les femelles ont
pondu, leurs œufs ne peuvent éclore au bout de sept
jours; ces œufs ne peuvent plus éclore que l'année
suivante : mais 1l faut les déposer à l'ombre d'un arbre
bien touffu. Il y a aussi des personnes qui les mettent
dans un vase de terre non cuite. Ils éclosent au bout
de trois à sept jours, et les vers qui en proviennent
réussissent à former une coque bien conditionnée.
TSA-HOU-HING-CHOU.
Aujourd’hui l'on distingue treize sortes de vers à
sole.
1° Les vers à soie qui ont trois sommeils et ne
naissent qu'une fois;
2° Les vers à soie qui ont quatre sommeils et qui
naissent deux fois, c’est-à-dire dont on emploie la graine
pour faire une seconde éducation dans la même an-
née ;
3° Les vers à soie à tête blanche;
4° Les vers à soie appelés Hie-chi-tsan ;
5° Les vers à soie du pays de Thsou. { Thsou est l'an-
cien nom de la province aciuelle du Hou-kouang ) ;
94 ÉDUCATION DES VERS A SOIE.
: 6° Les vers à soie noirs; parmi ceux-ci les uns
naissent une fois, les autres deux fois (voyez 2°);
7° Les vers à soie cendrés;
8° Les vers nés d’une mère d'automne:
9° Les vers à soie du milieu de l'automne;
10° Les vers à soie appelés Lao-thsieou-eul-tsan (tte-
ralement, vieux vers du petit automne ) ; r
11° Les vers de la fin de l'automne, appelés Lao-
hiaï-eul-tsan ;
12° Les vers à soie appelés Kin-eul-tsan :
13° Les vers à soie qui travaillent au même cocon.
Tantôt deux, tantôt trois vers à soie travaillent en-
semble au même cocon.
En général, la soie fournie par les vers de trois
mues diffère beaucoup de celle des vers de quatre
mues.
HAI-NING-HIEN-TCHI.
Dans la nuit qui précède l’époque appelée ising-
ming, le 5 avril, les personnes qui élèvent des vers
à soie enveloppent la graine dans un vêtement de
coton, et la placent sous elles dans leur lit; elles
pensent que Ja chaleur naturelle du corps humain
hâte la naissance des vers à soie.
MÊME OUVRAGE.
Le douzième jour de la dernière lune de l’année
EDUCATION DES VERS A SOIE. 95
(c’est-à-dire à la fin de décembre, ou dans le mois de
janvier lorsqu'il y a une lune intercalaire }, toutes les
personnes qui élèvent des vers à soie baignent la grame
dans de l'eau salée, l’exposent à des fumigations de
melongène, et la cachent dans un morceau de balle
de riz. Au bout de vingt-quatre jours elles la retirent;
elles la baignent ensuite dans une eau vive et at-
tendent l'arrivée du printemps.
SSÉ-NONG-PI-YONG.
Les vers dete sont d’une autre espèce; on les ap-
pelle vulgairement San-tsan, ou troisièmes vers à sole.
Les vers qu'on élève au printemps donnent de la
à. F F
2 LE 『 》 7 1 L
graine pour l'été; les vers qu'on élève en été donnent
de la graine pour lautomne; les vers d'automne
donnent de la graine pour le printemps de l'année
suivante. ] ne faut négliger aucune de ces pontes, car
autrement on manquerait de graine pour les éduca-
tons suivantes.
MÊME OUVRAGE.
Les vers à soie d'automne s'appellent aussi Youen-
tsan, c'est-à-dire seconds vers à sole, ou vers à soie
d'une seconde éducation. Mais, en cueïllant des feuilles
pour les nourrir, on ne manque jamais de nuire à
96 ÉDUCATION DES VERS A SOIE.
l'arbre. Comme il arrive quelquefois qu’un malheur
du ciel fasse périr les vers à soie du printemps, on
ne peut se dispenser d'élever des vers à soie d'automne
pour réparer les pertes qu'on a éprouvées. Mais les
éducations tardives sont plus sûres et plus avanta-
geuses que celles du commencement de l’année.
Stiu-kouang-ki dit :« Les hommes da présent n’élèvent
«pas de vers à soie d'automne; ils se contentent de
« conserver de la graine dete pour l'éducation du prin-
«temps suivant. Elle réussit également bien. »
Le même auteur dit encore : « C’est une idée fort
« juste que de dire : Les vers à soie d'automne servent
«à réparer les pertes qu'on a éprouvées au printemps
«et à suppléer aux besoins de l’année. En automne,
«on a beaucoup de beaux jours; par conséquent l’édu-
«cation de cette époque promet des succès plus assurés
«que celle du printemps. Mais on rencontre au-
«jourd'hui des gens qui disent : Les vers à soie d’au-
«tomne ne peuvent plus trouver des feuilles tendres. On voit
«qu'ils ignorent complètement les raisons puissantes
«qui obligent de faire une éducation en automne,
«savoir, la nécessité de réparer quelquefois les pertes
«qu’on a éprouvées et de suppléer aux besoins de jan-
«née. Lorsqu'on élève des vers à soie en été ou en
«automne, 1l faut prendre toutes les mesures néces-
« saires pour les préserver des cousins et des mouches. »
ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 97
MÈME OUVRAGE.
Après l'époque appelée thsing-ming (après le 5 avril),
les œufs commencent à changer. D'abord ils prennent
une teinte uniforme et se gonflent; ensuite ils s’ar-
rondissent et présentent un côté pointu. Leur centre
ressemble à la couleur des saules au commencement
du printemps. Enfin ils se transforment en vers qui ont
l'apparence de petites fourmis noires. Les vers qui
se replient sur eux-mêmes d'une manière circulaire
et qui ressemblent à une montagne qu'on voit de loin,
sont ceux qu'il faut absolument garder; mais il ne faut
pas élever ceux qui ont la tête plate, qui sont secs
et comme brûlés, ainsi que ceux qui sont d’un bleu
céleste, jaunes ou couleur de chair.
MÊME OUVRAGE.
Il y a des personnes qui arrosent la graine avec de
l'eau salée. Cette opération s'appelle sien-tsan, c'est-à-
dire bain des vers à soie. Cette graine, ainsi lavée,
produit les vers à soie les plus estimés.
Les vers dont on ne lave pas la graine s'appellent
Ho-tsan, c’est-à-dire vers à soie ardents (ce sont ceux
d'automne). Ils sont moins estimés que les précé-
dents.
On lit dans l'ouvrage intitulé Sang-isan-tchi-choué :
"
1
98 ÉDUCATION DES VERS A SOÏE.
« Ceux qui veulent que les œufs éclosent promptement
« déplient souvent, et roulent une à une les feuilles de
« papier où les papillons femelles les ont déposés. (Ce
« papier devra être fabriqué avec du coton ou de l'écorce
«de mürier. Suivant les idées des Chinois, qui ban-
«nissent des ateliers tout ce qui est fait de chanvre,
« par exemple, les cordes et les tissus de chanvre, notre
«papier d'Europe serait très-nuisible aux vers à soie.)
« Ceux qui veulent retarder l'éclosion déploient les
«feuilles à des intervalles éloignés , et les roulent en-
«suite d’une manière serrée, sans laisser le moindre
« vide dans le centre du rouleau. » |
%
L
HOANG-SING-TSENG DIT :
Le douzième jour de la dernière lune, en décem-
bre, ou en janvier s’il y a un mois intercalaire, on fait
tremper la graine dans de l’eau salée, et on la retire
le vngt-quatrième jour. Alors la soie sera plus facile
à dévider.
UN AUTRE AUTEUR DIT :
Le huitième jour de la dernière lune, on fait trem-
per les feuilles couvertes d’œufs dans de l’eau où l'on
a fait bouillir de la cendre de branches dé mürier, ou
ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 99
de la cendre d'herbes; on les retire au bout d'un jour.
Le douzième jour de la seconde lune, on donnera un
bain aux œufs le matin de l’époque appelée {hsing-ming ;
puis on les enveloppera dans du papier de coton, et
on les déposera dans la cuisine. On attendra que les
feuilles de müûrier soient grandes comme une cuiller
à thé, alors on enveloppera la graine dans du coton.
Le soir, on la couvrira avec les vêtements chauds
qu'on a portés pendant le jour; le matin où l’enve-
loppera dans la couverture du lit. Quand la graine est
éclose, on doit échauffer les vers à l’aide du feu;
mais, quand ils ne sont pas encore sortis de l'œuf, 1l
faut bien se garder de les faire éclore au moyen de
la chaleur du feu.
Lorsqu'on veut faire tremper les feuilles de papier
couvertes d'œufs, on prend de la cendre de branches
de mürier, on humecte les feuilles et on les saupoudre
de cette cendre. Ensuite on les roule et on les fait
tremper dans de l'eau où l’on a dissous une certaine
quantité de sel. Si l'on craint que les rouleaux de
feuilles ne surnagent, on les maintient au fond de
l'eau en les chargeant d’une assiette de porcelaine. On
doit retirer les feuilles le vingt-quatrième jour.
On lave les feuilles dans une eau courante pour
enlever la cendre, ou bien on les arrose dans un bas-
sin; ensuite on les suspend au frais, et la graine éclôt
à l'arrivée du printemps. Si une partie de la graine
n’éclôt pas, on la conserve dans l'obscurité et l’on
7-
100 ÉDUCATION DES VERS A SOIE.
n'est point exposé à faire une dépense inutile de
feuilles.
Le douzième jour de la seconde lune, on prend des
feuilles des plantes appelées thsai et yé-thsaï, des
fleurs de poireau, de pêcher et de haricots blancs.
On les écrase dans de l’eau et on y baigne les feuilles.
Lorsque les femelles pondent, elle s'arrêtent dor-
dinaire au bout d’une nuit. Dans le cas contraire, les
vers à soie que produisent leurs œufs ne peuvent
éclore tous ensemble.
MÊME OUVRAGE.
Beaucoup de personnes conservent la graine de
vers à soie dans des boîtes de bambou, où elle est ex-
posée à tous les changements de température humide,
üède, chaude ou brûlante. Si élle passe subitement
du froid à une chaleur excessive, elle en est affectée
d’une manière funeste. Les habitants de la province de
Tché-kiang appellent cela Tching-pou. Cette expression
veut dire que les vers à soie contractent une maladie,
lorsqu'ils sont encore dans l'œuf (littéralement, sur la
toile, ou sur les feuilles de papier). Les vers de cette
oraine sont Jaunes en naissant : or, les vers naïssants
qui sont Jaunes ne valent pas la peine d'être élevés.
On peut les comparer à un enfant qui a contracté une
maladie dans le sein de sa mère. À: sa naissance 1l est
ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 101
faible et débile. Il est difficile de le guérir de cette ma-
ladie innée. En général, lorsqu'on veut conserver de
la graine de vers à soie, on étend les feuilles sur des
planches de bambou, en faisant en sorte qu’elles ne
soient pas exposées au vent ni au soleil. De plus, on
les couvre avec une étoffe de soie, de peur que les
papillons ou les insectes du coton ne les mangent.
On attend qu'il y ait beaucoup de neige, soit le pre-
mier jour de la dernière lune, soit dans le courant de
la dernière lune, et l'on étend au milieu de la neige
les feuilles couvertes de graines. Au bout d’un jour
on les retire et on les étend de nouveau sur les plan-
ches de bambou, et on les couvre comme auparavant
avec une étoffe de soie.
Quand le printemps est venu, on observe avec at-
tention l'époque précise où la graine est sur le point
d'éclore; on prend du cinabre en poudre, on le délaye
dans de l’eau tiède, et on baigne la graine dans cette
eau. L'eau ne doit être nl trop froide ni trop chaude;
elle doit être maintenue à la température du corps
humain.
MÊME OUVRAGE.
Lorsque les vers ne sont pas encore éclos, on pèse
la graine, et on en écrit le poids sur le dos de la feuille
où elle est attachée. Lorsque les vers sont éclos, gar-
dez-vous de les balayer pour les séparer du papier. I
y a beaucoup de personnes qui, dès qu’elles voient les
102 ÉDUCATION DES VERS A SOIE.
vers éclore, les détachent du papier avec un petit balai
ou avec un petit plumeau; mais ces petits êtres, si dé-
licats et minces comme un cheveu où un brin de soie,
ne peuvent supporter les blessures que leur fait le balai
ou le plumeau. 卫 faut couper des feuilles de mürier
en filets extrêmement fins, et les semer d’une manière
égale sur une grande feuille de papier. On applique le
côté du papier où sont les vers éclos, sur celui qui est
couvert de filaments de feuilles de mürier. Les vers
qui aiment l'odeur des feuilles de mürier, descendent
d'eux-mêmes sur le papier destiné à les recevoir.
Alors on pèsera de nouveau Îe papier où était ja
graine; on saura la quantité de vers éclos, et l’on
pourra calculer combien il faudra de livres de feuilles
pour les nourrir. Il vaut beaucoup mieux avoir plus
de feuilles qu'il n’en faut pour le nombre de vers à
soie qu'on veut élever. Alors vous aurez à votre dis-
position une nourriture abondante pour vos vers à
soie, et vous ne serez point exposé aux malheurs que
cause la disette des feuilles. Il y a beaucoup de per-
sonnes qui ne font point d'avance ce calcul; mais, quand
les feuilles viennent à manquer, elles se trouvent ré-
duites aux plus fâcheuses extrémités; elles mettent en
gage ou vendent leurs effets pour s'en procurer. Elles
ont la douleur de voir leurs vers à soie tourmentés
par la faim; les claies sont jonchés de vers qui lan-
guissent et meurent. Ainsi, par leur imprévoyance,
ÉDUCATION DES VERS A SOIE, 105
elles sacrifient inutilement la vie d'un grand nombre
de ces précieux insectes.
NONG-SANG-TSI-YAO.
Il dépend de vous de retarder ou de hater les chan-
gements de couleur qu'éprouve la graine; mais il faut
avoir soin que ces changements aient lieu d'une ma-
nière naturelle, et ne compromettent point la vie du
ver à soie qui est renfermé dans l'œuf.
Lorsque les feuilles de mürier sont déjà poussées,
de huit à dix heures du matin, on retire du vase les
feuilles de papier, on les déroule et on les suspend.
Il n'y a point de règle rigoureuse pour déterminer le
progrès des œufs. Seulement il faut que le premier
jour leur couleur soit changée de trois dixièmes, le
second jour de sept dixièmes. Alors vous roulez les
feuilles, vous les mettez dans un tube de papier bien
collé des deux bouts, et vous les replacez dans le vase.
Le troisième jour, vers midi, vous retirez encore les
rouleaux du vase et vous les dépliez. 卫 faut qu'alors
leur couleur soit complétement changée.
104 ÉDUCATION DES VERS À SOIE.
NONG-SANG-PI-KIQUÉ.
L'art d'élever les vers à soie commence par le choix
de la graine et la conservation des cocons. On prend,
dans les coconnières, les cocons qui sont tournés vers
le jour (c'est-à-dire ceux du haut de la coconniere )
qui sont brillants, propres et d’un tissu serré.
Les papillons qui sortent le premier jour s’appel-
lent miao-ngo (comme si on disait papillons en herbe).
Les papillons qui sortent les derniers de tous s’appel-
lent mo-ngo (c'est-à-dire papillons de la fin). Ni les
uns ni les autres ne doivent être gardés. On prend
seulement ceux qui sortent après le second jour. On
étend les feuilles de papier sur les cases d’une étagère,
alors les mâles et les femelles se rapprochent et sac-
couplent. Quand le soir est venu, on sépare les papil-
lons mâles, puis on place les femelles sur des feuilles
de papier, en laissant entre elles une égale distance.
On doit rejeter les œufs qui se trouvent en grumeaux.
Lorsque les femelles ont pondu un nombre d'œufs
suffisant, on laisse la graine sur les feuilles où elle est
déposée, et on les couvre pendant trois ou cinq jours.
Quand on suspend les feuilles, il faut que les œufs
soient tournés en dehors (lisez : en dedans), de peur
que le vent ne puisse les faire périr.
ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 105
MEME OUVRAGE.
Au solstice d'hiver, et le huitième jour de la der-
nière lune, il ne faut pas baigner la graine dans une
eau trop profonde. Après l'avoir fait tremper, on la
retire. Le quinzième jour de la lune (lorsqu'elle est
dans son plein), on prend plusieurs feuilles couvertes
de graines et on les roule ensemble. On les lie solide-
ment avec une corde decorce de mürier (ou de coton),
puis on les suspend devant le vestibule au haut d’une
perche élevée, afin qu'elles recoivent le froid qui se
fait sentir dans les derniers jours de l’année. Après le
premier jour de l'an, on reprend les rouleaux, et on
les met debout dans un vase de terre. Au bout d’une
dizaine de jours, on observe le moment où le soleil est
élevé sur l'horizon, et l’on retire les feuilles du vase.
Chaque fois que le temps a été sombre et pluvieux, on
les expose ainsi à la chaleur du soleil, aussitôt qu'il
vient à se montrer.
Voilà la manière de baigner et de conserver la graine
de vers à soie.
WOU-PEN-SIN-CHOU.
À l’époque appelée thsing-ming (le 5 avril), on prend
les feuilles couvertes d'œufs, qui étaient déposées dans
106 ÉDUCATION DES VERS A SOIE.
un vase de terre, on les transporte, à l'abri du vent,
dans une chambre où règne une douce chaleur, et on
les suspend juste à la moitié de la hauteur de ce local,
À l’époque appelée kou-iu (le 20 avril), on prend
les feuilles et on les expose à l'air et au soleil, mais
il faut les disposer de manière à mettre en dedans la
partie qui était en dehors. Vous roulez de gauche à
droite celles qui étaient roulées de droite à gauche,
et vous roulez de droite à gauche celles qui étaient
roulées de gauche à droite. Chaque jour vous les chan-
gez de côté, et vous les roulez dans un sens différent
de la veille. Après les avoir suffisamment roulées et
déroulées, vous les remettez dans le vase comme au-
paravant.
Quand l’époque de léclosion approche, vous trans-
portez les feuilles dans une chambre où elles soient à
l'abri du vent et du soleil: les vers à soie naïîtront tous
ensemble.
MÈME OUVRAGE:
Pour faire descendre les vers qui viennent d’éclore,
il y a beaucoup de personnes qui frappent le revers
de la feuille avec un petit bâton de bois de pêcher.
Quand les vers sont descendus, elles les rassemblent
avec un peut balai ou un plumeau, les mettent dans
une enveloppe de papier et les pèsent, puis elles les
répandent sur les clales. Dans la suite, aux différentes
ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 107
époques de leur existence, jls éprouvent des maladies
qui viennent le plus souvent de cette pratique dange-
reuse.
Quand les vers sont éclos, il faut répandre sur une
claie un lit de paille hachée où l'on place une ou deux
jujubes cuites sous la cendre. Avant la naissance des
vers à soie, on pèse avec soin les feuilles couvertes
d'œufs. Après l'éclosion, on répand les vers nouvelle-
ment nés sur le lit de paille hachée. BH faut qu'ils
soient distribués d’une manière égale et très-éloignés
les uns des autres. |
Quand les vers sont tous éclos, on pèse de nou-
veau les feuilles vides, et l'on connaît la quantité
exacte des vers qu'on aura à élever.
Si l'on suit fidèlement les règles que nous venons
d'exposer, on ne perdra pas un ver à soie sur cent.
Aujourd'hui l’on voit des personnes qui déposent
sur une seule natte des vers provenant d’une ou de
deux onces de graine; ils sont entassés et pressés les
uns contre les autres. Il résulte infailliblement de 1à
qu’elles perdent un grand nombre de vers à soie.
Lorsqu'on a des vers naissants qui proviennent de
trois onces de graine, il est nécessaire de les répandre
d’une manière égale sur une grande claie. Gardez-
vous surtout d'élever un trop grand nombre de vers
à soie, car si vos moyens ne vous permettent de nour-
rir que les vers provenant de trois onces de grame,
et que, par cupidité, vous veuilliez élever les vers de
108 ÉDUCATION DES VERS A SOIE.
quatre onces de graine, vous serez bientôt réduit à
manquer d'espace, de claies, d’ouvrières et de com-
bustible. De cette manière vous perdrez en même
temps vos vers à soie et les dépenses que vous aurez
faites pour cette éducation infructueuse.
NONG-TCHING-TSIOUEN-CHOU.
On lit dans l'ouvrage intitulé Ssé-nong-pi-yong :
Pour faire éclore les vers à soie, 1l faut connaître
exactement les degrés de chaleur ou de froid qui leur
conviennent, et la manière de hâter ou de retarder
leur éclosion, de sorte qu'il n’y en alt pas un seul qui
naisse avant ou après les autres.
Voici le procédé qu'il faut suivre.
Quand les œufs ont tous pris une couleur cendrée,
on réunit deux à deux jes feuilles couvertes de graine,
et on les étend sur une claie parfaitement propre. En-
suite on les roule d’une manière serrée, on les lie des
‘ deux bouts avec une ficelle (de coton ou decorce de
mürier), et on place les rouleaux debout dans une
chambre propre, fraîche et où il ny ait point de
fumée.
Le soir du troisième jour on retire les rouleaux,
on les déploie et on les étend sur des claies. C’est-une
chose très-heureuse, si aucun ver’ n’est éclos. Mais si
ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 109
par hasard il y en a quelques-uns qui soient éclos avant
les autres, on les enlève et on les jette. Ensuite on
prend les feuilles trois à trois, on les roule ensemble
d’une manière lâche, et on les dépose dans la chambre
nouvellement chauffée pour les vers à soie. On ob-
serve avec attention le moment du lever du soleil:
alors on déroule les feuilles, et on les étend une à
une sur des claies au milieu de la cour. S'il y a de la
rosée, on placera les claies dans une chambre fraîche
ou sous une espèce de tente. Quelque temps après,
on transportera les feuilles dans la chambre préparée
pour les vers à soie, et on les étendra une à une sur des
claies placées à terre. Au bout de quelques instants
les vers à soie naïîtront fous ensemble, sous forme de
petites fourmis noires. Il ny en aura pas un seul qui
naisse avant ou après les autres. On pèsera alors les
vers éclos, avec les feuilles de papier, pour connaître le
nombre de vers à soie qu’on aura à nourrir, et calculer
d'avance la quantité de feuilles dont on aura besoin.
MEME OUVRAGE.
* Lorsqu'on fait descendre les vers nouvellement
éclos, il faut agir d'une main légère, les répandre
sur la claie d'une manière égale, et laisser entre eux
un espace convenable. Il faut prendre garde de ne
point les blesser ou de les trop presser les uns contre
les autres. Dès que les vers sont éclos tous ensemble,
110 ÉDUCATION DES VERS À SOIE.
on prend des feuilles fraiches et tendres, et on les
coupe en filets très-minces avec un couteau bien ai-
guisé; puis on les répand avec un tamis à larges trous
sur la feuille qui doit recevoir les vers à soie, et sous
laquelle on a répandu d'avance un lit de paille hachée.
H est nécessaire que les feuilles soient distribuées d’une
manière uniforme en couches très-légères. Ensuite
on prend les feuilles de papier où sont les vers nou-
vellement éclos, et on les applique sur les feuilles de
mürier; les vers descendent d'eux-mêmes sur les
feuilles de mürier. Si quelques vers sont trop long-
temps à descendre, s'ils montent sur le dos de la
feuille de papier, et s'ils ne descendent pas lorsque
la feuille a été retournée, il faut les jeter‘avec la
feuille même où ils restent attachés : ce sont des vers
malades qu’il serait impossible d'élever.
MÈME OUVRAGE.
Le succès dé l'éducation des vers à sore dépend des
précautions que l’on prend dans l'origine, afin qu'à
l'avenir ils ne soient exposés à aucun danger. Si les
vers à soie ne s’éveillent pas tous ensemble de leur
premier sommeil, cela vient de ce qu'ils n’ont point
changé de couleur et ne sont pas éclos tous ensemble
S'ils ne changent pas de couleur et ne naissent pas
tous ensemble, cela vient de ce qu'on n’a pas suivi
exactement les règles prescrites pour bien conserver
les œufs.
ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 111
MÊME OUVRAGE.
On lit dans le livre intitulé Thsin-kouan-tsan-chou :
Le premier jour de la dernière lune on réunit la
graine et on l'arrose avec de l'urine de vache; ensuite
on la lave dans une eau vive. Il faut faire en sorte que
les feuilles couvertes d'œufs ne se déchirent point. (Un
auteur conseille de les fortifier avec des fils de coton
ou de soie, faufilés de distance en distance dans le
sens de leur longueur et de leur largeur.)
NOURRITURE
DES VERS A SOIE.
KOUAÏ-KI-TCHI.
La plupart des vers à soie de printemps ont quatre
sommeils, tous les autres vers à soie n’ont que trois
sommeils. Les habitants du pays de Youé expriment
l'idée qu'on attache au mot mien, sommeil (mue), par
le mot yao, jeunesse. Ainsi ils disent : la première
jeunesse, la seconde jeuncsse, la troisième jeunesse
des vers à soie.
LE LIVRE DES VERS A SOIE.
On distingue trois couleurs brillantes dans les vers
à sole :
Quand ils sont d’une blancheur luisante, nourrissez-
les modérément;
Quand ils sont d’un bleu luisant, nourrissez-les
abondamment;
Quand leur peau se ride, c’est signe qu'ils ont
faim ;
EDUCATION DES VERS A SOIE. 115
Quand ils sont d’un jaune Iuisant, diminuez peu
à peu la nourriture.
THSI-MIN-YAO-CHOU.
Chaque fois que vous donnez à manger aux vers à
soie, levez les stores des fenêtres, et baissez-les dès
qu'ils ont fini de manger. La lumière donne de Fap-
pétit aux vers à soie (littéralement : dès que les vers à
soie voient de la lumière, js mangent). Après avoir
beaucoup mangé, ils croissent et grandissent.
LE LIVRE DES VERS À SOIE.
Le lendemain de la naissance des vers à soie, on
leur donnera des feuilles de mürier ou de tché, se-
chées dans un endroit bien aéré. Quand ils ont un
vingtième de pouce, ils mangent cinq fois le Jour et
la nuit.
Le neuvième jour 1ls cessent de manger pendant
un jour et une nuit. Ce repos s'appelle le premier
sommeil.
Sept jours après, js s'endorment de nouveau comme
la première fois. Quand ils ont mangé des feuilles et
qu'ils ont atteint la longueur d'un dixième de pouce,
ils mangent six fois le jour et ja nuit.
e
114 ÉDUCATION DES VERS A SOIE.
Sept jours après ils s'endorment encore comme la
seconde fois.
Cinq jours après ils cessent de manger. Cette abs-
tinence dure deux jours (le sixième et le septième
jour); cest ce qu'on appelle ta-mien ou le grand
sommeil. Alors les vers à soie ne mangent que la
moitié de la feuille. Hs mangent huit fois le jour et
la nuit.
Trois jours après ils éprouvent un grand appétit;
ils mangent alors la feuille entière. Hs mangent dix
fois le jour et la nuit. Avant que trois jours se soient
écoulés, ils commencent à travailler à leur coque.
Toutes les fois que les vers à soie commencent à
manger après un de leurs sommeils, 1l faut répandre
légèrement les feuilles sur eux. Si on les jetait, ils
en éprouveraient une émotion qui leur ôterait l'ap-
pétit.
OBSERVATION DU TRADUCTEUR.
Lextrait qui précède se rapporte aux vers à soie de
quatre mues dont l'éducation dure plus longtemps que celle
des vers à soie ordinaires, c’est-à-dire des vers à soie de trois
mues.
HO-PI-SSÉ-LOUI.
Quand le ver à soie se couche-et reste immobile,
ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 115
ce repos s'appelle sommeil. Pendant ce sommeil, il ne
mange pas de feuilles de mürier ou de l'arbre fche.
Au bout d'un jour et d'une nuit il quitte sa peau.
Il y a des vers à soie qui ont trois sommeils, il y
en a qui ont quatre sommeils.
HOANG-SING-TSENG DIT :
Depuis la naissance des vers à soie jusqu'à leur trol-
sième sommeil, on doit leur donner constamment
des feuilles coupées. Lorsqu'on nourrit des vers à soie
ardents c’est-à-dire des vers à soie d'automne, 1l faut
les surveiller avec le plus grand soin. Dès qu'ils ont
mangé leurs feuilles, donnez-leur-en d’autres, car ils
tomberaient malades s'ils respiraient, à jeun, la cha-
leur de l'atelier.
NONG-SANG-TSI-YAO. à
Vers la fin de l'automne, lorsque les feuilles de
mürier ne sont pas encore Jaunes, il faut en cueillir
une grande quantité. On les fait sécher et on les brise
de manière à les réduire presque en farine. Il faut les
conserver dans un lieu chauffé par un feu qui ne pro-
duise aucune fumée. Elles serviront l’année suivante
pour nourrir les vers à soie de printemps après cha-
cune de leurs mues.
116 ÉDUCATION DES VERS A SOIE.
MÊME OUVRAGE.
Le huitième jour du dernier mois (janvier), on fait
tremper dans de l’eau fraîche de petits pois verts ap-
pelés lo-teou (dolichos). On les étend sur des claies,
par couches peu épaisses, et on les fait sécher au so-
leil. En outre, on lave dans une eau pure du riz
mondé et on le fait sécher. On doit conserver ces pois
verts et ce riz dans un endroit situé à l'ombre. La
farine qu’on en aura obtenue servira à nourrir les vers
à soie au sortir de leur dernier sommeil ou de leur der-
mère mue. On ja répand d’une manière égale sur Îles
feuilles qu'on leur a données. :
MÊME OUVRAGE.
Manière de nourrir les vers à soie naissants.
Il faut couper fréquemment des feuilles de müûrier
en filaments irès-menus et les répandre légèrement
à l'aide d’un tamis. On doit distribuer de la nour-
riture sans interruption. Dans l’espace d’une heure
(deux de nos heures) on leur donnera environ quaire
repas, ce qui fait quarante-huit repas dans l’espace
d'un jour et d'une nuit.
MÊME OUVRAGE.
] faut absoiument donner à mañger aux vers à soie
ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 117
le jour et la nuit. Si leurs repas sont multipliés, il en
résuliera nécessairement qu'ils arriveront vite à l’épo-
que de leur vieillesse ; mais si leurs repas sont rares et
peu nombreux ils vieilliront lentement.
Quand les vers à soie vieillissent en vingt-cinq jours,
une claie peut donner vingt-cinq onces de soie. Quand
ils vieillissent en vingt-huit jours, on n’en obtient que
vingt onces. S'ils vieillissent en un mois ou en qua-
rante jours, une claie ne donnera qu'une dizaine
donces de soie.
Les personnes qui nourrissent les vers à soie doivent
tâcher de ne point dormir. La paresse a de graves in-
convénients.
Chaque fois qu'on a donné à manger aux vers à soie,
il faut faire le tour des claies et les visiter avec la plus
grande attention ; il est essentiel que les feuilles soient
réparties d’une manière égale. Si le temps est couvert
et pluvieux, si l'air extérieur est froid, avant de donner
à manger aux vers à soie, on prend des branches sèches
de mürier ou bien une poignée de paille de riz de-
pouillée de ses feuilles, on y met le feu et l'on pro-
mène cette flamme autour et au-dessus des claes,
afin de dissiper le froid et humidité qui engourdis-
sent les vers à soie. Après cette opération, on leur
donne à manger. De cette manière ils ne contractent
aucune maladie. Au moment de leur sommeil, on
observe le moment où ils sont tous endormis, et alors
on suspend la nourriture. Ensuite on ne leur donne
118 ÉDUCATION DES VERS A SOIE.
à manger que lorsqu'ils sont tous éveillés. Si on leur
donnait de la nourriture lorsqu'il ny en a que les
huit ou neuf dixièmes d’éveillés, ils ne pourraient
arriver tous ensemble à époque de leur vieillesse ;
en outre, il y en aurait un grand nombre de perdus.
Depuis le second sommeil jusqu’au grand sommeil
(le troisième sommeil), lorsque les vers prennent une
teinte d’un jaune luisant et qu'ils se disposent à dor-
mir, suspendez la nourriture et transportez-les sur
d’autres claies. Lorsqu'ensuite ils sont tous éveilles,
nourrissez-les lentement (c’est-à-dire donnez-leur des
repas éloignés), et répandez les feuilles sur eux en
couches très-légères. Si les feuilles étaient distribuées
avec trop d’abondance, ils mangeraient sans appétit
et tomberaient malades. Or, comme c’est la nourri-
ture qui donne aux vers à soie la force et la vie, il
faut apporter la plus grande attention pour qu'elle
ait toutes les qualités convenables. Les vers à soie re-
doutent beaucoup les feuilles imprégnées de pluie ou
de rosée; s'ils en mangent, le plus grand nombre
d’entre eux tombe immédiatement malade.
MÈME OUVRAGE.
Quand les vers à soie s'éveillent de leur grand som-
meil (du troisième sommeil), il faut dissiper constam-
ment la chaleur interne qui les incommode. On doit à
cette époque leur donner des repas multipliés. Si par
ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 119
hasard le vent du sud vient à s'élever, 1l faut abaisser les
stores des fenêtres et les paillassons des portes. Dans
ce moment, il ne faut pas les transporter sur d’autres
claies. Lorsqu'on répand les vers à soie sur les claies,
il faut laisser entre chacun deux la distance d’un
doigt. On prend alors les petits pois verts qu'on a mis
en réserve au mois de janvier, et on les fait tremper
dans une petite quantité d’eau jusqu’à ce qu'ils aient
germé ; ensuite on les fait sécher au soleïl et on les
réduit en farine.
Le riz mondé, qu'on a mis également en réserve
au mois de janvier, peut être employé au même usage,
après avoir été cuit à la vapeur et réduit en farine. Au
quatrième repas , on répand cette farine d'une manière
uniforme sur les feuilles de mürier. Elle rafraichit les
vers à sole et dissipe la chaleur interne qu'ils res-
sentent à cette époque de leur âge, et qui est pour
eux un poison mortel. La soie qu'ils donnent ensuite
est plus abondante et plus facile à dévider ; en outre
elle est plus forte et plus brillante.
Si l'on n'a qu'une petite quantité de feuilles nou-
velles, on prend les feuilles qu'on a récoltées dans
l'automne précédent, on les brise de nouveau et on
les réduit en poudre. On humecte légèrement les
nouvelles feuilles, et l'on y répand, d'une mamière
uniforme, cette poudre de feuilles. On suppléera ainsi
à la disette des feuilles de mürier. On pourra aussi
æ nd
120 ÉDUCATION DES VERS À SOIE.
employer, au lieu de cette farine, les feuilles de la
plante appelée ou-kiu (cicorium intubus ?).
NONG-SSE-PI-YONG.
Même sujet.
了 faut arroser de grand matin le pied des müûriers,
et cueillir les feuilles aussitôt après. Si l’on arrose de
grand matin, les feuilles auront beaucoup de suc; si
on les cueille aussitôt après avoir arrosé, elles ne se
dessècheront pas. |
I faut les couper en filaments menus avec un couteau
bien aiguisé, et les répandre par couches légères avec
un tamis à larges trous. Si l’on ne se servait pas d’un
couteau bien affilé, les feuilles perdraient leur suc; si
on ne les coupait pas très-menues, elles couvriraient et
accableraient les vers à soie. Si l'on ne faisait pas usage
d'un tamis, elles ne seraient pas distribuées d’une
manière égale; si elles n'étaient pas réparües d’une
manière égale, les vers à soie n’en mangeralent pas
tous une égale quantité.
Le suc des feuilles est peu abondant; au bout de
quelque temps 1l se tarit et se dessèche : c’est pour-
quoi les feuilles, immédiatement après l’arrosage,
ont besoin d’être tamisées de suite sur les vers à soie.
Le premier jour, on leur donnèra deux repas par
œ
ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 121
heure, c’est-à-dire environ quarante-huit repas dans
l'espace d’un jour et d'une nuit.
Le deuxième jour, on leur donnera trente repas
dans le même intervalle de temps, et les feuilles qu'on
leur distribuera seront coupées un peu moins me-
nues.
Le troisième jour, on leur donnera seulement vingt
repas (pendant le jour et la nuit) composés de feuilles
moins menues encore que le second jour. Il faut les
tenir dans une grande chaleur et une grande obscu-
rité. En général, les vers naissants ont besoin d’obscu-
rité. Quand ils s’éveillent de leur sommeil ou mue,
il faut leur donner un peu de lumière; lorsque, plus
tard , ils montrent un vif appétit, il faut leur donner
beaucoup de lumière.
MEME OUVRAGE.
Autre méthode.
Aussitôt qu'on a coupé les feuilles en filamenis
irès-minces , 1l faut les répandre en couches légères à
l'aide d'un tamis. On ieur donnera quatre repas par
heure (deux de nos heures), ce qui fait environ qua-
rante-huit repas dans l'espace d’un jour et d’une nuit.
Quelques personnes n’en donnent que trente-six dans
le même intervalle de temps. Voici là-dessus mon opL-
mion. Les vers nalssants ne se nourrissent que du suc
129 ÉDUCATION DES VERS A SOIE.
des feuilles. Si leurs repas ne sont pas multipliés, ils
ressemblent à de jeunes nourrissons qu’on priverait de
lait dès leur plus tendre enfance ; dans la suite, ils ne
manquent jamais d’être fables et chétifs et de tom-
ber malades.
Il faut donner aux vers à soie naissants des feuilles
pleines de suc qu'on a cueïllies la nuit précédente sur
les branches exposées au sud-est. On garde ces feuilles
à part dans une jarre de terre, et on les coupe en fila-
ments très-minces dès qu'on les en a retirés.
MÈME OUVRAGE.
Méthode pour diminuer la nourriture et pour hater la mue.
Quand les vers à soie se disposent à dormir (à muer),
il faut diminuer leur nourriture en proportion du de-
gré de jaune ou de blancheur que présente leur peau;
il faut couper en filaments minces les feuilles desti-
nées à leur nourriture, et les répandre fréquemment
en couches légères. |
Lorsque les vers à soie sont complétement jaunes,
on doit les transporter de suite sur d’autres claies sans
s’'embarrasser si le ciel est couvert ou serein, si l’on
est au matin ou au milieu de la nuit. Quand vous les
avez transportés sur d’autres claies, suspendez la nour-
riture, puis donnez-leur-en de nouveau quand ils sont
lous ensemble sortis de leur sommeil. Voilà ce qu'on
AI Un
ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 123
appelle diminuer la nourriture et décider la mue. Ces
deux expressions veulent dire que lon diminue la
nourriture des vers à soie qui se disposent à muer (on
a soin de ne point les couvrir ni les surcharger de
feuilles), et que, d’un autre côté, on s'applique à
nourrir abondamment les vers à soie qui ne se dis-
posent pas encore à muer, afin qu'ils sendorment
promptement. Non-seulement ils pourront sortir fous -
ensemble de leur mue, mais 1s seront encore exempts
des maladies que leur cause l'accumulation des feuilles
et la chaleur interne qui en est la suite.
NONG-SANG-THONG-KIOUE.
Les vers à soie peuvent se trouver dans dix états
différents : ils ont froid ou chaud ; ils sont affamés ou
rassasiés, clair-semés ou trop rapprochés, endormis
ou éveillés; ils mangent lentement ou avec appétit.
MEME OUVRAGE.
Choses nuisibles aux vers à soie.
1° Les vers à soie n'aiment pas à manger des feuilles
humides ;
2° Ils n'ament pas à manger des feuilles chaudes ;
124 ÉDUCATION DES VERS A SOIE.
3° Les vers naissants n'aiment pas l'odeur du pois-
son qu'on fait frire dans la poèle;
4° Ts n'aiment pas à être dans le voisinage des
gens qui pilent le riz dans des mrortiers;
9° [ls n'aiment pas à entendre frapper sur des corps
sonores ; ;
6° Une femme qui est accouchée depuis moins d’un
mois ne doit pas être la mère des vers à soie, c'esi-à-
dire être chargée d'élever les vers à soie;
7° Ils n'aiment pas qu'un homme qui sent l'odeur du
vin leur donne de la nourriture, les transporte d’un
lieu à l’autre, ou les répande sur les claies ;
8° Depuis leur naissance jusqu'à leur vieillesse, les
vers à soie redoutent la fumée et les exhalaisons odo-
rantes ;
9° Ils n'aiment pas que l’on brüle près d'eux de la
peau , des poils ou des cheveux; |
10° Ils n'aiment pas l'odeur du poisson, du muse,
ou l'odeur qu'exhalent certains animaux herbivores
(comme le bouc, etc.);
11° Us n'aiment pas que, pendant le jour, on ouvre
une croisée exposée au vent;
12° Ils n'aiment point à recevoir les rayons du
soleil couchant ;
13° Ils n'aiment point que, lorsque la temperature
de leur habitation est chaude, on y introduise un
froid vif ou un veni violent ;
14° Lorsque leur habitation est fraîche, ls n'aiment
ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 125
pas qu'on y répande tout à coup une chaleur exces-
Slve ;
13° Ils n'aiment pas que des personnes sales et
malpropres entrent. dans leur demeure;
16° Il faut avoir soin d’éloigner du logement des
vers à soie les miasmes et les ordures.
MÊME OUVRAGE.
Le troisième jour, entre dix heures et deux heures
après midi, on place trois claies sur une autre éta-
gère. Celle de dessus garantit les vers de la poussière,
celle den bas de l'humidité ; celle du milieu est des-
unée à recevoir les vers à soie. On change les jeunes
vers à soie qui sont déjà incommodés par une chaleur
interne. On dépose sur la claie intermédiaire une
petite quantité de vers occupant un espace large comme
une dame à jouer; bientôt ils pourront la couvrir tout
entière. Peu à peu on augmente les feuilles destinées
à les nourrir. Le matin, si le temps est pur, on peut
relever les stores des fenêtres situées au levant, et,
pendant la journée, celles qui se trouvent dans une
direction opposée au vent. Peu à peu ils changeront
de couleur, et, suivant la couleur qu'ils prendront,
on augmeniera ou l'on diminuera leur nourriture.
Lorsqu'ils seront devenus complétement jaunes, on
cessera de leur donner de la nourriture. Ils restent
immobiles, et c'est ce qu'on appelle theou-mien, ou le
126 ÉDUCATION DES VERS A SOIE.
premier sommeil. Lorsqu'on les aura transportés après
leur premier sommeil, on pourra leur donner six re-
pas dans l’espace d'un jour et d’une nuit. Le second
jour, on augmentera peu à peu la quantité des feuil-
les. On pourra ouvrir les fenêtres à moitié. Dès le
premier moment qu'ils commencent à devenir jaunes,
il faut leur donner une très-grande chaleur. Lorsqu'ils
sont tout à fait endormis, ils ont besoin d’une bonne
chaleur; lorsqu'ils sont tout à fait éveillés, ils ont be-
soin d'une faible chaleur. :
Lorsqu'on a transporté les vers à soie après leur
deuxième sommeil et qu'ils se sont éveillés tous en-
semble, on doit d’abord leur donner de légers repas.
On se bornera à quatre repas dans l’espace d’un jour
et d’une nuit. Le lendemain, on pourra augmenter
peu à peu la quantité des feuilles. Quelques per-
sonnes lèvent les stores des fenêtres.
Dès le premier moment qu'ils commencent à de-
venir jaunes, ils ont besoin d’une bonne chaleur; quand
une fois 1ls sont tous endormis, on doit leur donner
une faible chaleur; quand 1ls sont tous éveillés, ils
ont besoin d’une douce chaleur.
Lorsqu'on a transporté les vers à soie après leur
troisième sommeil, et qu'ils sont tous éveillés, on
leur donne trois repas dans l’espace d'un jour et
d'une nuit. Le premier repas doit être fort léger; le
deuxième repas sera encore plus léger que le premier;
le troisième repas sera le même que le premier. Si
ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 127
ces trois repas n'étaient pas administrés avec beaucoup
de réserve, les vers à soie mangeraient lentement jus-
qu'à l'époque de leur vieillesse. Le second jour, on
augmentera peu à peu la quantité des feuilles. On
pourra relever entièrement les stores des fenêtres et
ouvrir les lucarnes qui sont au-dessus des étagères.
Dès le premier moment qu'ils commencent à de-
venir jaunes, ils ont besoin d'une fable chaleur ; quand
ils sont tout à fait endormis , il leur faut une chaleur
tiède ; quand ils soni tous éveillés , ils ont besoin de
fraicheur. Après chacun des repas, on doit prendre
une corbeille de feuilles et faire le tour des étagères.
Si l’on aperçoit (sur une claie) une place vide, il
faut la couvrir de feuilles que l’on parsèmera de farine
de riz. Après le septième ou le huitième repas (de
dix heures à deux heures après midi), on prendra
des feuilles coupées et on les répandra sur les claies;
on les humectera d’eau fraîche dans une égale propor-
tion; puis , au bout de quelque temps, on y répandra
de la farine de riz tamisée, en ayant soin de la dis-
tribuer d'une mamière uniforme. Pour chaque cor-
beiïlle de feuilles, on emploiera un ching (espèce de
mesure ) d’eau fraîche et quatre onces de farine. Si
lon n’en a pas, on emploiera seulement une corbeille
de feuilles nouvelles; elle pourra fournir un repas aux
vers d'une claie.
[Extrait de Nong-tching-tsiouen-chou. La farine de
fewilles que l’on répand sur les feuilles fraîches remplit
128 ÉDUCATION DES VERS A SOIE.
le corps des vers à soie (c’est-à-dire est très-nourris-
sante ) et les dispose à faire un cocon ferme et épais
dont la soie est d’une force remarquable |.
Quand on a coupé les feuilles, on y injecte une
rosée d'eau fraîche dans une égale proportion; puis
on y répand, d'une manière uniforme, de la farine
de feuilles passée au tamis.
Après le grand sommeil des vers à soie (le troisième
sommeil), on leur donnera, à certains intervalles, de
irois à cinq repas de cette espèce. Quand les vers à
soie approchent de leur vieillesse, il ont besoin de
repas légers et fréquents et d’une faible chaleur.
MÊME OUVRAGE.
Si, parmi les vers à soie, il y en a de retarda-
taires, c’est-à-dire qui ne paraissent pas disposés à
s'endormir en même temps que les autres, on doit
leur donner des repas très-fréquents, afin de les pres-
ser et de les faire arriver à la mue à la même époque
que le reste de la claie. Quand les vers à soie ne
s’endorment pas tous ensemble, cela vient d’une es-
pèce de maladie qui date du commencement de leur
éducation. Voici la méthode qu'il faut suivre pour y
remédier. Si, parmi les vers à soie qui sont complé-
tement jaunes, on en voit qui quittent leur couleur
blanche et tournent au jaune, il ne leur faut pas beau-
coup de temps pour devenir complétement jaunes.
ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 129
A l'aide de repas très-fréquents, ils pourront bientôt
se mettre au niveau des autres : en effet, la multi-
plicité des repas hâte l’époque de leur sommeil.
Mais si, lorsque le plus grand nombre est complé-
tement jaune , 1l s'en trouve beaucoup de bleus et de
blancs, ils sont encore loin de devenir tout à fait
jaunes; et quand on leur donnerait des repas fréquents,
ce serait peine inutile : il est impossible qu'ils arrivent
à la mue en même temps que les premiers.
Or le changement de couleur dans le ver à soie,
est ie moindre changement qu'il éprouve. Quand il
s'endort, il cesse de manger et quitte sa peau; 1l éprouve
alors un grand changement. Mais le plus grand de ces
changements est sa métamorphose en chrysalide et en
papillon. Quand un ver à $oie est devenu complé-
tement jaune, sa bouche se ferme, il ne mange plus
et s'endort; 1l ressemble alors à un homme atteint
d'une grave maladie; le sang répandu dans tout son
corps éprouve de grandes modifications. S'il reste un
jour et une nuit sans manger , le sommeil lui procure
un heureux soulagément.
Si donc il y a encore beaucoup de vers à soie bleus
et blancs, et que vous pressiez trop leur alimentation,
vous dérangerez leurssanté, et un sommeil précoce ne
leur procurera aucun soulagement. Lorsque ceux qui
étaient bleus ou blancs jaunissent et se disposent à dor-
mir, tous les autres ont déjà accompli leur mue et se
trouvent éveiiles.
-
130 ÉDUCATION DES VERS A SOIE.
Quand les vers à soie commencent à sortir de la mue,
ils n’ont besoin que de peu d'aliments; ils ressemblent
à un convalescent à qui il ne faut que peu de nour-
riture pour réparer graduellement ses forces. Si, pen-
dant que les retardataires dorment, vous suspendez
la nourriture de leurs devanciers, ceux-ci languiront
de faim et de faiblesse, et, en outre, vous serez obligé
d'attendre, pour donner à manger à ceux-ci, que les
retardataires soient éveillés. Un grand nombre d’entre
eux contracteront des maladies, et vous récolterez
très-peu de soie. C’est pourquoi l'auteur du Tsan-king,
ou Livre des vers à soie, dit avec beaucoup de raison
que «le réveil inégal des vers à soie cause toujours
«une diminution de soie. »
.
MÊME OUVRAGE.
Lorsque les vers à soie viennent de naïître, leur cou-
leur est noire. Il faut augmenter peu à peu leur nour-
riture. Trois jours après ils deviennent graduellement
blancs; alors ils gagnent de l'appétit. J faut leur donner
des feuilles coupées moins menu. Quand ils sont de-
venus bleus, c’est l'époque de leur grand appétit; 1l
faut alors leur donner des feuilles plus abondantes et
coupées encore moins menu. Quand ils redeviennent
blancs, ils mangent lentement; il faut diminuer un
peu leur nourriture. Quand ils deviennent jaunes, ils
n'ont qu'un faible appétit; il faut diminuer encore
e
ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 131
davantage leur nourriture. Quand ils sont compléte-
ment jaunes, ils cessent tout à fait de manger ; c’est
ce qu’on appelle leur sommeil. Lorsqu'ils sont éveillés,
ils passent du jaune au blanc, du blanc au bleu, du
bleu à une seconde couleur blanche; enfin, du blanc
au jaune; c'est leur deuxième sommeil. À chaque som-
meil ils éprouvent ces mêmes changements de cou-
leur: Il faut les observer avec soin, afin de diminuer
ou d'augmenter leur nourriture dont la quantité doit
varier suivant les différentes situations où ils se trou-
vent.
Les feuilles qu'on leur donne ne doivent être ni.
humides de rosée, ni séchées au vent ou au soleil, ni
imprégnées de mauvaises odeurs, car, dès qu'ils en au-
raient mangé, ils contracteraient des maladies. Si l’on
a soin de conserver d'avance une provision de feuilles
pour trois jours, on n'aura rien à redouter des lon-
gues pluies; les vers à soie ne mangeront jamais de
feuilles humides, et en même temps ils ne souffriront
jamais de la faim. Lorsqu'on revient de cueillir des
feuilles , 1l faut attendre, avant de les donner aux vers
à soie, que la chaleur qui vient de leur accumulation
dans les sacs, soit complétement dissipée. L'espace
d'un jour et d’une nuit est, pour les vers à soie, comme
une année qui a ses quatre saisons. Le matin et le
soir, sont comme le printemps et l'automne. Le mi-
lieu du jour ressemble à lete; le milieu de la nuit
ressemble à l'hiver. Dans ces quatre époques, la tem-
9.
139 ÉDUCATION DES VERS A SOIE.
pérature n’est jamais la même. Quoique l’on conserve
un bon feu dans l'atelier, on doit apporter une grande
attention pour le tenir au degré convenable à cha-
cune de ces quatre époques. La proportion de la cha-
leur ne doit pas être constamment la même. Depuis
leur naissance jusqu'à leur second sommeil, les vers
à soie ont besoin d’une chaleur tiède. La mère des
vers à soie (la personne qui les soigne) doit porter
un vêtement simple {c’est-à-dire non doublé). Elle ré-
glera la température de l'atelier suivant la sensation
de froid ou de chaud qu’elle éprouvera. Si elle sent
du froid, elle jugera nécessairement que les vers à
soie ont froid, et alors elle augmentera je feu; si elle
sent de la chaleur, elle en conclura que les vers à
soie ont aussi trop chaud, et alors elle diminuera con-
venablement le feu.
Lorsque tous les vers à soie sont une fois endormis,
si le ciel est pur et brillant, entre dix heures et deux
heures, elle levera les stores des fenêtres pour intro-
duire dans l'atelier de l'air et du jour. Si le vent est
au midi, elle lèvera les stores des fenêtres du nord;
s’il est au nord, elle levera les stores du côté du midi:
L'air qui entre par un côté opposé à la direction du
vent ne peut nuire aux vers à sole.
Lorsque les vers à soie seront sortis du grand som-
meil (de la troisième mue), on leur donnera trois
repas, puis on ouvrira avec des ciseaux le papier qui
garnit les fenêtres, afin de faire pénétrer dans l’ate-
ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 155
lier de l'air et du jour. Les vers à soie nen seront ni
emus, ni Incommodes.
Lorsqu'après le grand sommeil, on a levé les stores
et coupé le papier des fenêtres, si l'air extérieur est
trop chaud, on placera à l'entrée de la porte un vase
de terre dont on renouvellera souvent l'eau, afin que
l'air se rafraichisse au passage. Si le vent s'élève, sil
pleut, ou si la nuit devient froide, on baissera imme-
diatement les stores des fenêtres.
NONG-TCHING-TSIOUEN-CHOU.
Les vers à soie sont d’une nature ardente. I con-
vient de faire usage du feu pendant tout le temps de
leur éducation. s
Voici un procédé pour réchauffer l'atelier : -
On se sert d’un long fourneau muni de brancards
* pour qu'il puisse être porté par deux hommes. Lors-
qu'on a répandu les feuilles sur les vers à soie, on
attend qu’ils soient montés sur ces feuilles, et alors on
commence à entrer avec le fourneau, qu'on aura soin
d'allumer en dehors de l'atelier. I faut que le feu se
compose d'un brasier ardent; on le recouvre d'un lit
de cendres de paille pour empêcher qu'il ne s'en élève
une flamme rouge et brillante. Quand les vers à soie
ont fini de manger, on remporte le fourneaw Lors-
154 ÉDUCATION DES VERS A SOIE.
qu'ensuite on donne d’autres repas aux vers à soie,
on rapporte de même le fourneau à chaque fois. Alors
les vers à soie échappent aux maladies que leur cause
la chaleur ; mais si l’on introduit le fourneau lorsque
les vers à soie ont faim, ils gagnent aussitôt de l’é-
chauffement. Si l’on introduit le fourneau aussitôt
après leur avoir donné de la nourriture, c'est-à-dire
lorsqu'ils sont encore sous les feuilles (lorsqu'ils n’ont
pas encore eu le temps de monter sur les feuilles), 1ls
seront bientôt incommodés par la fermentation de
leurs crottes, et ils seront, en outre, accablés par les
feuilles répandues sur eux.
MÊME OUVRAGE.
Lorsque l'air de l'atelier est chaud, s’il se refroidit
subitement, Jés vers à soie perdent l'appétit et ne
mangent point. On prend alors un réchaud rempli de
mottes de bouse sèche bien embrasées et ne produi-
sant aucune fumée, et, à l'aide d’une fourche de fer, ,
on le promène plusieurs fois au-dessus des claies. Cette
opération dissipe le froid qui engourdissait les vers à
soie, et 1ls ne tardent pas à manger avec appétit.
ÉDUCATION DES VERS A SOLE. 155
DISTRIBUTION DES VERS A SOIE SUR
LES CLAIES POUR LES ESPACER.
THSI-MING-YAO-CHOU.
Quand les vers à soie sont endormis, on a cons-
tamment besoin de trois claies. La claie du milieu est
destinée à recevoir les vers à soie , la claie supérieure
et la claie inférieure doivent rester vides. La claie in-
férieure préserve les vers de l'humidité de la terre,
la claie supérieure les préserve de la poussière de
l'atelier.
WOU-PEN-SIN-CHOU.
Lorsque les vers à soie viennent de naître, 1ls ont
besoin d’être tenus fraîchement. On répand sur les
claies un lit de paille hachée; il ne faut pas faire usage
de paille de froment. Chaque jour, on les transporte
une fois sur d’autres claies; si on ne les change pas,
il leur survient ordinairement des taches blanches.
136 ÉDUCATION DES VERS A SOIF.
TRANSPORT DES VERS A SOIE.
Il faut plusieurs personnes pour transporter promp-
tement les vers à soie. Si on les laisse longtemps en-
tasses dans les corbeilles, ils s’échauffent et transpirent
abondamment. Dans la suite un grand nombre d’entre
eux tombent malades et meurent. Peu à peu ils dimi-
nuent à mesure qu'on les transporte; et ceux qui, plus
tard, parviennent à leur vieillesse (à leur maturité },
ne produisent que des coques minces et peu fourmies.
Il faut enlever fréquemment les crottes des vers à
soie; si on ne les enlève pas, elles s’échauffent; en
s'échauffant, elles fermentent et dégagent des miasmes
putrides. Dans la suite un grand nombre de vers à soie
deviennent blancs et meurent.
Chaque fois qu'on transporte les vers à soie, 1l faut
les distribuer sur les claies de manière à laisser de.
l'espace entre eux; s'ils étaient trop rapprochés, les
plus forts mangeraient aux dépens des plus faibles. Il
est nécessaire de faire souvent le tour des claes, et
de les visiter avec soin. De plus, si l'air ne circule pas
librement dans l'atelier, et que vous ouvriez tout à
coup la porte, un vent funeste peut sy glisser à votre
insu, et dans la suite un grand nombre de vers à soie
deviennent rouges et meurent. Lorsqu'on distribue
ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 137
les vers à soie sur les claies, on doit le faire d’une
main légère; il ne faut pas les jeter de haut, ils se
blesseraient en se heurtant mutuellement. La santé
d'un grand nombre de vers à soie en souffrirait, et
dans la suite ils deviendraient ce qu'on appelle lai-
lao-ong, c'est-à-dire des vieillards paresseux qui laissent
une chrysalide rouge.
NONG-SANG-YAO-TCHI.
H faut placer deux claies ‘au-dessous de celle où
sont les vers nouvellement éclos. Lorsque le soleil est
assez élevé sur l'horizon, on ôte une claie et on la fait
sécher jusqu'au moment où 1l commence à se coucher;
on la prend et on la place de nouveau sous la claie
où sont les vers à soie. Le lendemain on ôte encore
la claie de dessous, on l’expose aux rayons du soleil
et on la remet à la même place comme la première
fois. De cette manière les vers à soie reçoivent natu-
rellement une chaleur douce et tempérée. On enlève
cette claie après qu'ils ont mangé au sortir du second
sommeil.
MÊME OUVRAGE.
了 ya des vers à soie qui blanchissent et meurent :
cela vient de ce que, dans les premiers jours après
leur naissance, 1ls ont été incommodés par des exha-
158 ÉDUCATION DES VERS A SOIE.
laisons humides. Lorsque le ciel est pur et serein, on
prend vitement trois ou quatre claies en forme de
cribles, et on les transporte dans l'atelier des vers à
soie, après les avoir exposées quelque temps aux rayons
du soleil. Puis, à mesure qu'on transporte une claie,
on la remplace par une autre claie. On s'arrête lors-
que les claies des vers x soie sont suffisamment
échauffées par la chaleur du soleil.
Les gens de la campagne disent vulgairement :
« Lorsque les crottes des vers à soie sont sèches et
« éparpillées, c’est signe qu'ils se portent bien. » Lors-
que les crottes forment des plaques humides et d’un
blanc luisant, cela annonce que les vers à soie sont
malades; 1l faut alors les changer promptement de
claies. Mais si, au moment où il convient de les chan-
ger, 11 survient une pluie humide ou un vent froid, on
n'ose pas alors les déplacer; on prend de la paille de
jonc hachée de la largeur d'un haricot, et l’on en dis-
tribue un ou deux boisseaux sur chaque claie, on la
répand d'une manière égale sur les vers à soie; puis
on sème par-dessus une couche de feuilles fraiches.
Bientôt après les vers à soie montent pour manger
les feuilles de mürier. Le lit de paille de jonc isole
entièrement les vers à soie des crottes qui pouvaient
les incommoder. Dès que le ciel est devenu serein,
on les transporte de nouveau sur d'autres claies; si
l'on n’a pas de paille de jonc, on 下 la remplacer
par la paille de riz.
ÉDUCATION DES VERS À SOLE. 139
SSÉ-NONG-PI-YONG.
Les vers à soie de trois onces de graine, qui occu-
pent une claie au moment de leur naissance, pourront
couvrir trente claies à la dernière période de leur vie.
En général un dixième d’once de vers à soie nouvel-
lement éclos peut fournir une claie de vers à soie
muürs, en supposant que la claie ait, comme d'ordi-
naire, dix pieds de long sur deux pieds de large. Si
les claies sont d’une plus petite dimension, elles de-
vront recevoir une plus petite quantité de vers à soie
nouvellement éclos. S'ils sont trop nombreux pour
l’espace qu'ils occupent, ils se ‘trouveront trop serrés,
et dans la suite il en résultera de graves accidents.
Les personnes qui veulent nourrir des vers à soie,
pour couvrir plus de trente claies, doivent augmenter
le nombre des claies destinées aux jeunes vers à soie
(aux vers à soie nalssants ). Celles qui nelevent qu'une
médiocre quantité de vers à soie peuvent se servir de
corbeilles à petits rebords.
1 MÊME OUVRAGE.
Le troisième jour, entre dix heures et midi, on place
trois claies sur une étagère séparée. Il faut changer
les vers naissants qui ont déja déposé une légère
couche de crottes. On aura soin de le faire d’une main
délicate. Une quantité de vers à soie, qui (au moment
140 ÉDUCATION DES VERS A SOIE.
de leur naissance) occupaient la largeur d’une petite
dame à jouer, devra être distribuée sur la claie inter-
médiaire.
TRANSPORT DES VERS A SOIE APRÉS .
LEUR PREMIER SOMMEIL.
SSÉ-NONG-PI-YONG.
On placera quatre claies sur une étagère séparée, et
l’on s’occupera de changer les vers à soie qui ont de-
posé une légère couche de crottes. Quand ils auront
mangé abondamment; une quantité de vers à soie, qui
à leur naissance occupaient un espace large comme
une grande dame à jouer, pourra remplir les deux
claies intermédiaires; une quantité de vers à soie, qui
occupaient une place large comme une petite pièce
. de monnaie, pourra couvrir la troisième claie.
TRANSPORT DES VERS A SOIE APRÈS
LEUR SECOND SOMMEIL.
Une quantité de vers à soie, qui au moment de leur
naissance occupaient un espace large comme une pe-
ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 141
tite pièce de monnaie, pourra couvrir six claies.
Quand jls auront mangé abondamment, les mêmes
vers à sole pourront couvrir douze claies.
TRANSPORT DES VERS A SOIE APRÈS
LEUR TROISIÈME SOMMEIL.
Une quantité de vers à soie, qui au moment de leur
naissance occupaient un espace large comme deux
pièces de monnaie, pourra couvrir vingt-cinq claies.
Quand ils sont tous endormis, on enlève le lit de
paille hachée; 1ls peuvent alors remplir jusqu’à trente
claies.
Pour transporter et espacer les vers à soie d’une
manière convenäble, il faut agir avec beaucoup de
promptitude et de douceur. On doit les séparer les
uns des autres et laisser entre eux un espact égal, de
peur qu'ils ne se mouillent les uns les autres, et qu'ils
ne se nuisent réciproquement. Les vers à soie rendent
beaucoup d'humeurs; c'est pourquoi il faut absolu-
ment les séparer. Lorsqu'ils ont déposé une grande
quantité de crottes, 1l est nécessaire de les transporter
sur d'autres claies. Si on ne les sépare pas, ils seront
trop foulés. Si on ne les change pas de claies, ils
seront incommodés par l'abondance des humeurs qui
se dégagent de leurs corps. C'est pourquoi ces deux
opérations doivent être faites avec une grande célérité.
142 ÉDUCATION DES VERS A SOIE.
Les vers à soie sont des êtres faibles et délicats:
ils souffrent beaucoup d’être mamiés rudement. Quand
ils sont petits on les traite avec ménagement et avec
une sorte d'affection; mais, quand ils sont devenus
grands, 1l ny a presque personne qui fasse attention
à eux en les transportant. On les laisse longtemps
accumulés et entassés pêle-mêle, on les lance de loin
ou bien on les laisse tomber de haut. Ce défaut de
soins et de précautions leur cause des maladies et sou-
vent les fait périr; c'est pourquoi il faut les toucher
d’une main légère et les distribuer sur les claies à uné
égale distance les uns des autres. Q
SANG-TSAN-TCHI-CHOUE. &
Les vers à soie de quatre sommeils sont d’une espèce
différente; on les élève de la même manière que les
vers à soie de printemps (qui n'ont que trois mues).
Seulement, après le troisième sommeil, on les distri-
bue sur quinze tlaies. Lorsqu'ils ont mangé abondam-
ment, on les répand sur vingt claies; et, après le grand
sommeil ( le quatrième sommeil), on les distribue sur
trente claies.
NONG-SANG-THONG-KIOUE.
Sur chaque étagère on place trois claies: la pre-
e
ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 145
miére est destinée à recevoir la poussière de l'atelier,
et celle de dessous à intercepter l'humidité du sol.
On répand un lit de paille de riz hachée sur la claie
intermédiaire, afin qu'elle puisse recevoir les vers à
soie que l'on change. On brise et on amollit cette
paille de riz, puis on la distribue d'une manière
égale sur la claie du milieu; enfin on étend par-dessus
une feuille de papier dont on colle les extrémités aux
bords de la claie. C’est sur cette feuille de papier qu'on
pose les vers à soie.
NONG-TCHING-TSIOUEN-CHOU:
Hoang-sing-tseng dit : Quand on veut transporter
les vers à soie, on répand d'avance sur d’autres claies
de la balle de riz broyée au moulin; cela les rend
sains et dispos, et les préserve de maladie. Quelques
personnes les changent à l’aide d’un filet qu’elles par-
sèment de feuilles de mürier. Voyez la planche 2.
ENTRÉE DES VERS À SOIE
DANS LA COCONNIÈRE.
NONG-CHOU.
On fait le fond de la coconnière avec des planches
de sapin, longues de six pieds et larges de trois pieds.
On construit avec des bambous minces, dont on fait
des flèches, un châssis dont la membrure est percée
de grands trous. Dans ces trous on passe des roseaux ;
‘puis on croise par-dessus en long et en large des bran-
ches de bambous dépouillées de leurs feuilles. On re-
couvre le dessus de la coconnière avec une claie de
roseaux tresses.
Les vers à soie ont alors un endroit où ils peuvent
s'établir en süreté sans craindre de tomber. Lorsque
l'intérieur de la coconnière est bien disposé, qu'il
offre la profondeur et la sécurité convenable, et que la
claie ne présente aucun interstice, on y répand de suite
les vers à soie. D'abord on inclinera un peu cette claie,
jusqu'à ce qu'ils se soient vidés des matières excré-
mentielles; ensuite on les chauffera doucement avec
ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 145
de la braise. Quand ils auront commencé à entrer dans
leur filet (c'est-à-dire lorsque leur coque formera déjà
un léger filet), ou augmentera peu à peu la chaleur.
Il ne faut point qu'ils s'arrêtent au milieu de leur tra-
vail; s'ils éprouvent un peu de froid, 1ls se promènent
sur leur soie et cessent de filer. Lorsqu'on la dévi-
dera elle se rompra fréquemment. En général on
sera obligé de faire bouillir les cocons et den faire de
la bourre de soie, parce qu'il est impossible de les
dévider d’un bout à l’autre.
THSI-MIN-YAO-CHOU.
Quand les vers à soie sont parvenus à l'époque de
leur vieillesse ( c'est-à-dire de leur maturité), s'il sur-
vient de la pluie, elle endommage les cocons; il con-
vient alors d'établir les coconnières dans l’intérieur de
l'atelier.
OBSERVATION.
Les coconnières rondes et oblongues se placent dehors.
On étend un lit de petites branches sèches sur des
claies, et l'on y répand les vers à soie. Quand on a ter-
miné cette opération, on les recouvre encore d’un lit
10
146 ÉDUCATION DES VERS A SOIE.
de branches sèches. Une étagère peut supporter dix
grandes claies.
AUTRE MÉTHODE.
On peut remplacer les petites branches sèches par
des tiges de plantes, dont on forme un lit, sur lequel
on répand les vers à soie. On suspend les claïes entre
des piliers en bois, à l'aide de cordes ou de bâtons à
crochets. On peut en placer un certain nombre les unes
au-dessus des autres. Lorsqu'on a fini de suspendre
ainsi les claies, on les echauffe doucement au moyen
de réchauds placés au-dessous. Dès que les vers à soie
sentent la chaleur, ils travaillent avec célérité; mais
s'ils sont affectés par le froid , ils travaillent lentement.
Il faut visiter fréquemment les claies. Dès qu'elles sont
assez échauffées, on doit enlever les réchauds. Si un
air frais circule au-dessus de la coconnière (tandis que
le bas est échauflé), la soie ne sera pas gâtée par l'hu-
midité qui se dégage des vers à soie; les vers à soie
qui meurent, tomberont sur-le-champ, et les cocons
des autres vers à soie ne seront pas salis par leur con-
tact; les crottes n’adhéreront point aux cocons et n'y
produiront point de tares. Si la soie était imprégnée
d'humidité, il serait difficile de la préparer pour ja
teinture; si le cocon était sali, la soie se romprait al-
sément; side cocon avait des tares 1l ne serait plus bon
à rien.
ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 147
Les coconnières garnies de tiges de plantes sèches
sont aussi avantageuses que celles que nous venons de
décrire.
MÊME OUVRAGE.
Il y a des pays où les coconnières se placent dehors;
mais , si le soir l'air devient froid, aucun ver à soie ne
peut se décider à faire sa coque. Lorsqu'on chauffe les
coconnières, la soie devient plus propre à recevoir la
teinture; en outre elle acquiert du lustre et de la
blancheur.
WOU-PEN-SIN-CHOU.
Le terrain sur lequel on établit des coconnières,
doit être élevé et uni. Elles doivent être bien aerees
à l'intérieur. On y répandra d’une manière égale de
Petites branches, ou des tiges de plantes sèches; en-
suite on y distribuera les vers à soie, en laissant éntre
eux une distante convenable : s'ils étaient trop rap-
prochés, ils s'échaufferaient mutuellement. S'ils s’e-
chauffent entre eux, ils ont de la péine à former leurs
fils, et de plus leur soie est difficile à dévider. Il ne
faut pas établir des coconnières dans les endroits ex-
pôsés au nôrd-ést, dans ceux où lon élève des ani-
maux domestiques, au-dessous dés ärbres, au-dessus
d'un fossé où près dés lieux couverts dé fumiérs et
d'eaux infectés.
10.
148 EDUCATION DES VERS A SOIE.
NONG-SSÉ-PI-YONG.
Voici la manière d'établir les coconnières : on doit
choisir un endroit sec et chaud, afin que nl le froid
ni l'humidité ne puissent pénétrer dans l'intérieur de
la coconnière. Quand les vers approchent de leur ma-
turité, on allume du feu sur le terrain qui doit rece-
voir la coconnière, jusqu'à ce qu'il soit parfaitement
sec; ensuite on balaye les débris du feu et la cendre,
et on y place la coconnière.
MÊME OUVRAGE.
On distingue six maladies des vers à soie dans ja
coconnière :
1° Lorsque les vers à soie salissent la coconnière ;
2° Lorsque les vers à soie tombent dans la cocon-
nière ;
3° Lorsqu'ils se promènent sans travailler;
4° Lorsqu'ils se changent en chrysalides rouges;
5° Lorsqu'ils blanchissent et meurent ;
6° Lorsqu'ils deviennent noirs: La saleté de la co-
connière vient de ce que les vers mürs ont emporté
avec eux des portions de feuilles qui ont fermenté et
produisent une humidité funeste.
Les cinq autres maladies résultent toujours de l'hu-
midité de la terre ou de la froideur de l'air extérieur.
COCONNIÈRES RONDES.
Planche 6.
HAN-CHI-TCHI-CHOUEÉ.
On établit les coconnières sur un terrain élevé; cha-
cune d'elles peut contenir les vers à soie de six grandes
claies. Lorsqu'on voit que les vers à soie approchent
des neuf dixièmes de leur maturité, 11 faut leur dis-
tribuer un peu de feuilles, puis on les transporte sur
les claies de la coconnière à l'aide de corbeïlles en
forme de cribles. I faut les manier doucement lors-
qu’on les prend pour les mettre sur les claies des co-
connmières; on doit les espacer d'une manière égale;
ensuite on les couvre avec de petites branches sèches
ou des tiges de haricots. On continue à disposer de
nouveaux vers à soie comme la première fois jusqu à
ce qu'on ait fini la troisième claie, et on les recouvre
de nouveau d’un lit de petites branches sèches. Après
cette opération, on dresse des branches renversées
(c'est-à-dire dont la base est tournée en haut), afin
que les vers à soie puissent y monter; elles peuvent
recevoir tous les vers à soie des trois autres claies. En
couvrant le haut de la coconnière avec des plantes
sèches, on lui donne une forme arrondie, on len-
toure de claies par le bas, et l’on dispose par le haut
150 ÉDUCATION DES VERS A SOIE.
des paillassons roulés en cône, de manière que la tête
de la coconnière ressemble à la pointe d’un pavillon.
Quand le soir est venu on entoure la coconnière avec
de nouveaux païllassons depuis le bas jusqu’en haut ;
on les ôte le lendemain lorsque le soleil est assez
élevé sur l'horizon. Le soir, on entoure de nouveau
la coconnière avec des paillassons. Au bout de trois
jours le travail des coques est achevé, et l'on ma plus
besoin de faire usage de paillassons.
Les coconnières oblongues appelées Ma-theou-ts0 ,
doivent également être garnies de paillassons. La cons-
truction de ces coconnières demande une plus grande
quantité de matériaux. L'intérieur doit être muni de
châssis pour recevoir les elaies où lon installe les
vers à soie.
Lorsqu'on a une grande quantité de vers à soie, on
doit faire usage des grandes coconnières oblongues
appelées Ma-theou-tso. I convient de les établir dans
un endroit exposé au nord et au sud.
MÊME OUVRAGE.
Pendant les trois jours qui suivent linstallation
des vers à soie dans la coconnière, entre huit et dix
heures du matin, on enlève les paillassons et les nattes
de bambou dont la coconnière est garnie, et on laisse
les vers à soie exposés à la chaleur du soleil jusqu’à
deux heures de Faprès-midt; ensuite on la recouvre
comme auparavant. Si la chaleur est trop forte il faut
ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 151
couvrir la coconnière d'un simple treillis de roseau
pour garantir les vers à soie de l'ardeur du soleil.
AUTRE MÉTHODE.
Si le temps est pluvieux à l’époque où l'on se ds-
pose à installer les vers à soie mürs, on se contente
d'établir les coconnières dans l'atelier mème au bas des
étagères. On ouvre les portes et les fenêtres afin que
l'air y circule librement. Le matin et le soir, ou bien
si le temps devient froid ou pluvieux, on ferme les
portes et les fenêtres, et l'on réchauffe le local en y
promenant un réchaud rempli de bouse sèche bien
embrasée. Cela vaut mieux que de changer les vers de
coconnière au commencement ou au milieu du tra-
vail, lorsque la première était exposée à la pluie.
AUTRE MÉTHODE.
NONG-SANG-THONG-KIOUÉ.
Dans les pays du midi on a coutume d'établir les
coconnières dans la maison: dans le nord au contraire
on les construit dehors; dans le midi on les place dans
la maison parce qu'on élève peu de vers à soie, et
qu'il est plus aisé de les soigner (littéralement, distin-
guer); mais cela nest pas praticable lorsqu'on a une
grande quantité de vers à soie. Dans les pays du nord
152 ÉDUCATION DES VERS A SOIE.
on place dehors le plus grand nombre de coconnières;
mais 1l arrive souvent qu'une multitude de vers sont
étouffés ou écrasés : ainsi les coconnières du midi et
du nord ont leurs inconvénients particuliers. Voici des
observations dues à un habile éducateur de vers à soie.
Dans le midi et dans le nord, lorsqu'on a peu de
vers à soie, on ouvre les portes et les fenêtres de late-
lier, et on y établit les coconnières. Cette méthode
est bonne, mais il faut y renoncer si l'on a une grande
quantité de vers à sole.
On construit au milieu d’une cour un long han-
gar couvert d'herbes sèches du printemps, et l’on y
établit les coconnières. Tout autour de ce hangar
on place des étagères en planches ou l’on étend de
petites branches sèches, puis on y répand les vers à
soie en les espacant d’une manière convenable. Enfin
on entoure les étagères de nattes de jonc pour pro-
téger les vers à soie.
De cette manière aucune maladie ne se déclare
dans la coconnière, Cette méthode paraît excellente.
NONG-TCHING-TSIOUEN-CHOU.
Les coconnières garnies de tiges de plantes sèches
valent beaucoup mieux que celles dont on fait usage
aujourd’hui. Voici pourquoi cette méthode n'est pas
suivie. Les coconnières placées dehors ne sont usitées
que dans les pays du nord; et, dans le midi, l’éduca-
ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 153
üon des vers à soie tombe à l’époque des pluies ap-
pelées Mei-yu (en avril), par conséquent il serait fort
difficile d'employer ces sortes de coconnières; c'est
pourquoi (dans le midi) tout le monde se trouve
obligé d'établir les coconnières dans l'intérieur de la
maison. Les coconnières doivent être chauflées à
l'aide de réchauds placés au-dessous, à quelques pieds
de distance.
-
SUITE DES COCONNIÈRES RONDES.
Dans la construction des coconmières on se sert de
chaume, de branches sèches, de paillassons, de nattes,
etc. Lorsqu'on veut construire une coconnière ronde,
on établit d’abord le centre; on divise en cinq parties
la circonférence du milieu qui doit être en planches
de sapin, on y implante cinq perches que l’on attache
ensemble à leur sommet, ensuite on les entoure de
nattes de jonc: c’est là ce qu'on appelle le cœur, c’est-
à-dire le centre de la coconnière. Alors on dresse tout
autour, contre les nattes, des branches sèches où doi-
vent monter les vers à soie. Lorsqu'on a fini de placer
les vers à soie dans la coconnière, on l'entoure de
nattes de jonc dans sa partie inférieure, puis on la
couvre, par en haut, de paillassons roulés en cône,
de manière à imiter la pointe d'un pavillon.
Voilà ce qu'on appelle Touan-tso ou coconnière
ronde.
MA-THÉOU-TSO
OU COCONNIÈRES OBLONGUES.
Planche 5.
On plante des pieux aux deux bouts et on les joint
par des traverses, que l’on couvre de chaque côté avec
des lattes minces; c’est ainsi que lon établit le fond
de la coconnière. Pour le reste, on suit la méthode
ordinaire. (Voyez le commencement du chapitre sur
les coconnières.)
Ces coconnières oblongues sont généralement en
usage dans le nord. J'ai vu dans le midi (dit l'auteur)
des gens qui établissent les coconnières dans leur
maison. Ils répandent des tiges courtes de plantes
sèches sur les claies qui ont déjà servi pendant l'édu-
cation, et ils y installent les vers à soie. Ce procédé
demande peu de travail et de soins, et les vers à soie
ne sont exposés à aucun des accidents qui en font
périr un grand nombre dans les coconnières placées
dehors.
OBSERVATION,
Le texte offre ici la description de la coconnière du
midi, qui a été rapportée plus haut.
ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 155
L'auteur ajoute : Voilà en général les coconnières
qui sont en usage dans le midi. Si l'on compare entre
elles les coconnières du midi et celles du nord, dont
nous avons parlé plus haut, on voit que leur grandeur
et leur petitesse (c'est-à-dire leur forme ronde ou
oblongue) varient suivant qu'on a une grande ou une
petite quantité de vers à soie. Mais, si l’on examine
avec soin ces deux sortes de coconnières, on recon-
nait qu’elles ont chacune leurs inconvénients particu-
liers. Dans le midi, où l’on élève peu de vers à soie,
les coconnières sont petites et étroites. Les éducations
de ces contrées sont presque un Jeu et un amusement;
aussi ne rapportent-elles que de médiocres bénéfices.
Les coconnières du nord sont grandes, à la vérité,
mais elles présentent de graves défauts. L'accumula-
tion des branches (ou des tiges de plantes) sèches
étouffe un grand nombre de vers à soie. La pluie
mouille souvent les coconnières, et quelquefois aussi
le vent les renverse; ajoutez à cela la différence énorme
qui existe entre la température extérieure et la tempe-
rature intérieure. De là naissent les maladies qui sur-
viennent dans les coconnières, et qui diminuent con-
sidérablement le nombre des cocons. Mais, comme ces
usages sont invéterés, 1l est fort difficile de les réfor-
mer tout à coup. Voici maintenant, ajoute l'auteur
chinois, une autre méthode qui m'a été communiquée
par d'habiles éducateurs de vers à soie.
Ils calculent à peu près la quantité de vers à soie
156 ÉDUCATION DES VERS À SOIE.
qu'ils élèvent, et choisissent dans la cour un espace
vide. Ils y construisent en charpente légère, couverte
de nattes et de paillassons, un long hangar qui, le
reste de l’année, peut servir à d’autres usages. Quand
les vers à soie commencent à mürir, ils y établissent
les coconnières. D'abord ils forment le fond de cha-
que coconnière , et en proportionnent la dimension à
l'étendue du hangar. Entre les deux rangées de co-
connières on laisse une espèce de couloir assez grand
pour qu'un homme y puisse circuler librement et pré-
venir les dangers du feu. On place ensuite dans cha-
que coconnière des rayons en planches superposées,
on les couvre de branches sèches couchées à plat, sur
lesquelles on répand les vers à soie en laissant entre
eux un espace convenable. Quand cette opération est
terminée on entoure les coconnières avec des nattes
doubles.
Si l’on a peu de vers à soie et qu'on possède un
vaste local, on pourra ouvrir les portes et les fenêtres
de l'atelier et y établir les coconnières. Cette méthode
est excellente. D'abord les vers à soie sont bien cou-
verts par en haut et ils n’ont point à redouter lhumi-
dité qui se dégage du sol (lorsqu'on place les cocon-
nières dehors). Ajoutez à cela que les rayons en planches
(ou les claies des étagères) leur offrent une surface
large et plane où ils peuvent travailler à leur aise. Il
ya encore des personnes qui chauffent les coconnières.
Ce procédé est excellent pour sécher et fortifier le fil
EDUCATION DES VERS A SOIE. 157
que tire le ver à soie; on l’a imaginé en empruntant
aux coconnières du midi et du nord ce qu’elles ont
d'utile. I serait fort important que tout le monde
suivit cette méthode qui ne cause jamais aucun re-
gret, et offre constamment tous les avantages qu on
peut désirer.
CHOIX DES COCONS.
THSI-MIN-YAO-CHOU.
Lorsqu'on veut garder les cocons pour en obtenir
de la graine, il faut absolument prendre ceux qui se
trouvent au milieu de la coconnière. Ceux qui sont
près du haut donnent très-peu de soie (ou une soie
très-mince); ceux qui sont près du bas donnent de
la graine qui ne peut éclore.
NONG-CHOU.
Dès qu'on a descendu les claies de la coconnière, 1l
faut enlever promptement la bourre des cocons, et
faire en sorte qu'ils ne puissent fermenter et se dété-
riorer. Si l'on a une grande quantité de cocons, on
les conserve sous des couches de sel; alors les papillons
ne sortent pas, et la soie se trouve souple, forte et
luisante.
Voici la manière de conserver les cocons.
On commence par exposer les cocons au soleil, jus-
qu'à ce qu'ils soient parfaitement secs. On place une
grande jarre de terre dans une excavation; on étend
ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 159
au fond de la jarre une natte de bambou, ensuite on
la couvre avec de grandes feuilles de l'arbre thong
{ bignonia tomentosa). Alors on fait une couche den-
viron dix livres de cocons sur lesquels on répand
deux onces de sel; on les couvre de nouveau avec des
feuilles du même arbre. On continue ainsi à mettre
des cocons couche par couche, jusqu'à ce que la jarre
soit entièrement remplie. Enfin on bouche la jarre
hermétiquement, en la lutant avec de la terre glaise.
WOU-PEN-SIN-CHOU.
Lorsqu'on veut élever des vers à soie, 1l faut songer
avant tout à la graine qui doit provenir des cocons.
Aujourd'hui, lorsqu'on a ramassé les cocons, on a
l'habitude de les accumuler tous ensemble sur des
claies. Quelques personnes n'ayant pas le temps de
dévider de suite toute la soie, on voit des pa-
pillons qui sortent et qui pondent presque aussitôt.
L'accumulation des coques produit une espèce de fer-
mentation, et la chaleur fait naître des papillons avant
l'époque convenable. Ce développement prématuré n’a
jamais de bons résultats, car ces papillons sont ma-
lades; et de là vient que les vers à soie que produisent
leurs œufs sont affectés de maladie dès le moment de
leur naissance.
Lorsqu'on ouvre les coconnières (si l’on veut avoir
160 ÉDUCATION DES VERS A SOIE.
des cocons propres à la reproduction), il faut choisir
ceux qui se trouvent dans la partie supérieure, et qui
sont tournés vers la lumière; ce sont des cocons forts
et bien conditionnés. On doit les mettre à part, les
porter dans une chambre bien aérée, et les étaler sur
des nattes très-propres, par couches de lépaisseur
d'un seul cocon. Après que les cocons seront restés sur
ces claies le temps nécessaire (pour la métamorphose
des chrysalides), les papillons sortiront d'eux-mêmes
sans être affectés par les causes de maladies que nous
avons signalées plus haut.
MÊME OUVRAGE.
I faut un grand nombre de personnes pour choisir
. en même temps tous les cocons dont on a besoin; on
les étend par couches de lépaisseur d’un seul cocon,
et on les conserve dans un endroit frais. Les papillons
sortent très-tard. De cette manière, on n’est point
obligé de se presser pour dévider la soie.
HOANG-SING-TSENG DIT :
Les cocons qui sont allongés, brillants et blancs,
donnent une soie très-fine. Les cocons qui sont gros,
obscurs, et d’un bleu de couleur de peau d'oignon,
ne fournissent qu'une soie grossière. On doit enlever
Li]
ÉDUCATION DES VERS À SOIE. 161
la bourre qui recouvre la soie. Les cocons qui sont
mouillés intérieurement par les humeurs des vers à
soie s'appellent in-kien, c’est-à-dire cocons obscurs.
Ceux qui sont minces et mêlés donnent une soie
commune et épaisse. On ne doit pas laisser les cocons
exposés longtemps aux rayons du soleil; autrement
la soie se brülerait et serait fort difficile à dévider.
La même chose arrive lorsqu'on brüle des parfums
dans la chambre où sont les cocons.
Les gros cocons s'appellent tsou-kong, c'est-à-dire
ouvrage grossier.
HAN-CHI-TCHI-CHOUÉ.
Lorsque les vers à soie ont fait leur cocon, il faut
choisir ceux qui sont fermes, et dont la surface offre
de grosses raies; ils se dévideront très-promptement.
Pour cela il faut les exposer à la vapeur de l’eau bouil-
lante, et les dévider ensuite en les plaçant dans une
bassine remplie d’eau tiède.
OBSERVATION DU TRADUCTEUR.
eo
« L'expression du texte ling-pen signifie littéralement :
«bassine d'eau froide. Le sens que j'ai cru devoir adopter
«(eau tiède), est appuyé sur un passage positif du livre XXV,
«folio 8, verso, ligne 2.» 53
1T
162 ÉDUCATION DES VERS A SOIE.
Les cocons qni sont minces, et dont la surface offre
des raies fines, ne peuvent jamais se dévider prompte-
_ ment. Il ne faut pas les exposer à la vapeur de l'eau
bouillante. On doit les dévider en les plaçant dans une
bassine remplie d’eau chaude.
MÊME OUVRAGE.
Manière d'étouffer les chrysalides au moyen de la vapeur |
de l’eau bouillante.
(Planche 9.)
OBSERVATION DU TRADUCTEUR.
« Dans l'Encyclopédie chinoise, intitulée Sun-thsai-thou-
«hoeï, on recommande de jeter dans la marmite deux onces
«de sel et une once dhuile; l'auteur assure que cela em-
«pêche la soie de se dessécher, et la rend plus facile à dé-
vider. »
On prend trois corbeilles de bambou et un cou-
vercle tissu en paille molle, que l’on applique sur l’ou-
verture d’une marmite remplie d’eau bouillante.
On place sur le couvercle deux corbeilles, où l’on
a étendu trois à quatre pouces de cocons. On explore
la température en mettant souvent le revers de la main
sur les cocons de la claie supérieure. Si la main ne
peut endurer la chaleur, on retire la corbeille de des-
sous et l’on en met une autre sur la première. Il ne
ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 163
faut pas que la vapeur soit trop forte, car elle ramol-
hirait trop la soie; 1 ne faut pas non plus qu'elle soit
trop faible, car les papillons ne manqueraient pas de
percer les coques.
Si le dos de la main ne peut endurer la chaleur, la
température de l’eau est au degré convenable pour le
but qu'on se propose. Alors on transporte les cor-
beilles dans l'atelier, et l'on verse les cocons sur une
claie; puis on les remue légèrement avec la main. Si
les cocons remplissent la claie et commencent à for-
mer un monceau, on les partagera et on étendra le
reste (c'est-à-dire la seconde moitié) sur une autre
claie.
On attendra que les cocons soient entièrement re-
froidis, ensuite on les couvrira avec de petites bran-
ches de saule.
I faut exposer tous les cocons à la vapeur dans le
même jour; car si l'on ne pouvait étouffer tous les
papillons, ceux des coques restantes ne manqueraient
pas de sortir le jour suivant.
NONG-SANG-THONG-KIOUE.
Lorsqu'on a une grande quantité de cocons, et
qu'on ne peut les dévider de suite, on les conserve
sous des lits de sel, et alors les papillons ne peuvent
sorur. Cette méthode est gencralement suivie dans le
Pr.
164 ÉDUCATION DES VERS A SOIE.
midi, mais l’on a besoin d’un grand nombre de jarres
de terre. : 7
J'ai lu l'ouvrage intitulé Nong-sang-tchi-kioué, que.
l'on suit dans le nord, et voici ce que ] al trouvé à ce
sujet. |
Quand on récolte les cocons, le meilleur parti est
de les dévider immédiatement; mais, si on ne peut le
faire, faute d’avoir un assez grand nombre d'ouvrières,
on fait mourir les chrysalides, et l’on dévide les co-
cons aussi lentement que l'on veut.
HB y a trois manières de faire mourir les chrysa-
hdes :
1° En exposant les cocons à l'ardeur du soleil ;
2° En les humectant avec de l’eau salée;
3° En les exposant dans des corbeilles de bambou
à la vapeur de l’eau bouillante.
Cette dernière méthode est la meilleure, mais il y
a beaucoup de personnes qui ne savent pas la prati-
quer. Le séchage au soleil endommage les cocons; le
plus sûr parti est de conserver les cocons dans des
jarres de terre, sous des couches alternatives de sel
et de feuilles.
NONG-TCHING-TSIOUEN-CHOU.
Lorsqu'on met du sel sur les cocons, 1l les humecte
et les pénètre jusqu'au fond. Aujourd'hui beaucoup
ÉDUCATION DES VERS A SOIE. 165
de personnes se contentent de serrer les cocons dans
des jarres de terre. Elles enveloppent du sel, par pa-
quets d’une once ou de deux onces, dans du papier,
de l'écorce de bambou, ou des feuilles de nymphæa.
Çette méthode est également bonne, mais il faut que
l'ouverture de la jarre soit fermée hermétiquement
afin que lair ne puisse s'y insinuer; pour cela on se
sert de terre glaise mêlée de sel.
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SUPPLÉMENT
AU TRAITÉ CHINOIS
SUR L'ÉDUCATION DES VERS A SOIE.
SUPPLÉMENT
AU TRAITÉE CHINOIS
SUR L'ÉDUCATION DES VERS A SOIE.
GRAINE DES VERS A SOIE.
Toute chrysalide se change en papillon. Au bout de
dix jours, il perce la coque et sort. La femelle et le
mâle se ressemblent. La femelle reste immobile; le
mâle senleve à l’aide de ses ailes et va trouver la
femelle, à laquelle il s’unit. Après avoir été uni un
jour et demi, il la quitte. Dès que le papiilon mâle a
quitté la femelle, il se dessèche et meurt. Le papillon
femelle pond aussitôt ses œufs. Quelques personnes
font pondre les femelles sur du papier ( fait d’écorce
de mûrier ), d’autres sur un morceau de toile. Chaque
pays a ses usages. Dans les districts de Kia et de Hou,
on se sert d'un papier épais que l’on fabrique avec de
l'écorce de mürier. On peut, l'année suivante, faire
encore usage des mêmes feuilles de papier.
Un papillon femelle pond environ deux cents œufs
qui se collent au papier; chaque graine (chaque œuf)
170 ÉDUCATION DES VERS A SOIE.
est distribuée d’une manière égale, sans qu'il y en
ait plusieurs d’accumulées ensemble. La maîtresse des
vers à soie (celle qui dirige l'éducation ) les conserve
pour les faire éclore l'année suivante.
BAINS QUE LON DONNE A LA GRAINE DES VERS A SOIE.
Nous indiquerons seulement les méthodes que l’on
suit dans les districts de Kia et de Hou. Dans le pre-
mier, on expose les feuilles de papier couvertes d'œufs
à la rosée du ciel, ou bien on les lave dans l’eau de
chaux; dans le second district, on se sert ordinaire-
ment d'eau de sel. On prend deux ching (deux dixièmes
de boiïsseau) de l’eau qui découle des monceaux de
sel, on les verse dans un plat, et l’on y met baigner
une feuille couverte d'œufs; on fait de même avec
l’eau de chaux. Le douzième jour du dernier mois de
l'année, on met ainsi tremper les feuilles jusqu’au vingt-
quatrième du mois, c'est-à-dire pendant douze jours
entiers, après quoi on les retire. On les fait égoutter
et on les sèche à une douce chaleur; ensuite on les
conserve précieusement dans une boîte. On ne doit
pas les serrer si lair-est humide.
Les œufs écloront à l'époque appelée Thsing-ming
le 5 avril 让
Les personnes qui exposent les fewilles à la rosée
7 2
mn st
SUPPLÉMENT. 171
du ciel, le font exactement à la même époque que
celles dont nous venons de parler. Elles mettent les
feuilles sur des corbeilles d’osier qu’elles placent aux
quatre angles du toit, et les chargent chacune d’une
petite pierre pour les retenir. Elles les abandonnent
ainsi à la gelée, à la neige, au vent, à la pluie, au
tonnerre et aux éclairs. Elles les retirent au bout
de douze jours; ensuite elles les serrent dans une
boîte, comme nous l'avons vu plus haut, et les y
laissent jusqu'à l’époque appelée Thsing-ming (]us-
qu'au 5 avril).
Er graine tardive, c’est-à-dire la graine d'automne
qui provient d'une seconde ponte de l’année, ne doit
pas être lavée.
PRÉCAUTIONS POUR CONSERVER LA GRAINE.
On fait un petit châssis avec quatre morceaux de ;
bambou, on y place les feuilles, et on le suspend sur
une solive élevée où il soit exposé à l'air, et à l'abri
du soleil. Il serait dangereux de laisser dégager au-
dessous des feuilles de la fumée d'huile de thong
( bignonia tomentosa) ou de là vapeur de charbon.
Dans les mois d'hiver, la graine craint le rayonne-
ment de la neige, qui a pour effet de la rendre vide
et stérile. Lorsqu'il est tombé beaucoup de neige, il
faut s'empresser de retirer les feuilles. Le lendemain,
172 ÉDUCATION DES VERS A SOIE.
quand la neige est passée, on les suspend. comme
auparavant. On attend le dernier mois de l’année pour
la laver et la serrer dans des boîtes.
DES DIFFÉRENTES ESPÈCES DE VERS À SOIE.
I y a des vers à soie précoces (les vers à soie pro-
venant de la graine du printemps } et des vers à soie
tardifs (les vers qui proviennent de la graine dau-
tomne ). Chaque année, ces derniers éclosent cinq ou
six Jours avant les autres {c’est-à-dire qu'ils mettent
cinq ou six Jours de moins pour éclore ); ils forment
aussi leurs cocons beaucoup plus tôt ( c’est-à-dire que
leur maturité arrive plus promptement); mais ces
cocons sont d’un tiers plus légers que les autres..
Lorsque les premiers sont encore occupés à faire leur
coque, ceux-ci sont déjà changés en papillons qui ont
donné de nouveaux œufs. Voilà ce qui permet de les
élever une seconde fois, c’est-à-dire d'employer leur
graine à faire une seconde éducation dans la même
année.
(L'auteur chinois ajoute en note qu'il faut se garder
de manger les chrysalides des vers à soie tardifs.)
Lorsqu'on lave des feuilles couvertes de graine de
vers à soie suivant les trois méthodes usitées, 1l faut
avoir soin de noter la manière dont chaque feuille a
été lavée. Car, si l'on se trompe une seule fois, et que,
SUPPLÉMENT. 175
par exemple, l'on mette tremper dans de l’eau salée,
la graine qui a été exposée à la rosée du ciel, toute
cette graine deviendra vide et stérile.
On ne distingue que deux couleurs dans les cocons,
les blancs et les jaunes. Le pays de Tchouen-chen et
celui de Tsiniu ne fournissent que des cocons jaunes
sans mélange d'aucun blanc; les districts de Kia et de
Hou ne fournissent que des cocons blancs sans mélange
d'aucun jaune.
Si l'on accouple un mâle blanc avec une femelle
jaune, les vers à soie qui naïtront de cette union, for-
meront un cocon qui participera de ces deux couleurs.
On peut blanchir la soie jaune’ en la lavant et en la
faisant tremper dans la graisse qui se trouve au milieu
des reins (renes) du porc; mais il y a deux couleurs
que les teinturiers ne peuvent lui faire prendre : celle
| qu'on appelle piao-pé ( couleur d'un blanc verdatre,
comme celle des fruits du poirier ou de l'amandier }
et la couleur de fleur de pêcher.
On remarque plusieurs formes dans les cocons. Les
cocons des vers à soie tardifs {vers à soie d'automne)
ressemblent à une courge allongée; les cocons des
vers à sole dont la graine a été exposée à la rosée du
ciel sont pointus et allongés comme une pistache. I
y en a qui sont ronds et aplatis comme des noyaux de
pêche. Il y a une autre espèce de vers à soie qui ne
* M. Darcet a décoloré des cocons jaunes au moyen de ja graisse de porc.
(Sr. J.)
174 ÉDUCATION DES VERS A SOIE.
craint pas les feuilles salies de boue. On les appelle
Tsien-tsan, c'est-à-dire vers à soie méprisés ou qu'on
n'estime pas; ils donnent une grande quantité de soie.
On voit des vers à soie entièrement blancs, tachetés,
entièrement noirs, rayés de couleurs brillantes; mais
tous donnent la même soie. Aujourd’hui, dans les
maisons pauvres, on a coutume d'accoupler un mâle
précoce (un papillon mâle de printemps) avec une
femelle tardive ( c’est-à-dire provenant de la graine
d'automne): on obtient une graine qui donne des
vers à soie d'une espèce très-remarquable.
Les vers à soie sauvages forment leurs cocons deux-
mêmes, c'est-à-dire sans le secours de la coconnière.
Ils viennent de T'sing-tcheou, de Y-chouï, etc. Les v6-
tements faits avec la soie sauvage ne sont endommagés
nl par la pluie ni par la crasse, ni par l'huile.
Quand le papillon femelle est sort, 1l peut voler
immédiatement. Il ne dépose pas ses œufs sur du pa-
pier. On trouve encore en d’autres pays des vers à
soie sauvages, mais ils y sont plus rares que dans les
deux endroits que nous venons de citer plus haut.
_ NOURRITURE DES VERS A SOIÏE.
Trois Jours après l'époque appelée T'hsing-minq
(le 8 avril}, les vers à soie éclosent d'eux-mêmes sans
SUPPLÉMENT: 175
avoir besoin de la chaleur des vêtements ou des cou-
vertures de lit. La maison des vers à soie doit être
tournée au sud-est. On tapisse les murs intérieurs
avec du papier collé pour boucher les fissures par où
l'air pourrait pénétrer. Quand il fait froid, on chaufle
l'atelier avec des réchauds remplis de braise allumée.
Toutes les fois qu'on donne à manger aux vers à soie
qui viennent de naître, on doit leur distribuer des
feuilles tendres coupées en filaments minces. Pour ne
pas endommager le couteau, on couvrira le bloc de
bois (ou la table de bois ) avec de la paille de riz ou de
blé. Lorsqu'on a cueilli des feuilles, on les met dans
une jarre de terre de peur que le vent ne les dessèche.
Avant le second sommeil, lorsqu'on veut changer
les vers à soie de claies, il faut les lever avec un petit
bâtonnet de bambou, dont l'extrémité est arrondie.
Mais, après le second sommeil (après la seconde mue),
on peut les prendre avec les doigts. Le changement
des vers à soie exige un travail pénible et assidu. Les
personnes paresseuses à changer les claies, accumu-
lent sur les vers une grande quantité de feuilles. Ces
feuilles, jointes aux crottes et à l'humidité, produisent
une fermentation empestée qui fait mourir une mul-
titude de vers à soie.
Lorsque les vers à soie se disposent à muer tous
ensemble, ils ne s’endorment qu'après avoir jeté au-
tour d'eux des fils de soie qui les aident à se débar-
rasser de leur peau. Les personnes qui jies transpor-
176 ÉDUCATION DES VERS A SOIE.
tent sur d’autres claies doivent trier, avec beaucoup
d'attention, les feuilles sur lesquelles ils se sont en-
dormis et ne leur donner que celles qui sont parfaite-
ment propres. Car, si, en sortant de leur sommeil, 1ls
mangent une seule bouchée des feuilles où sont collés
des fils de soie, ils enflent et meurent aussitôt.
Après le troisième sommeil, s'il fait dehors une
chaleur brülante, il faut se hâter de transporter les
vers à soie dans une chambre fraiche et spacieuse. On
doit avoir soin aussi de les mettre à l'abri du vent. En
général , après le grand sommeil (après la troisième
mue), on les changera de claies après douze repas. Si
on les soigne avec une attention assidue, on obtiendra
une grande quantité de soie.
DES CHOSES QUE CRAIGNENT LES VERS A SOIE.
L'auteur donne à peu près les mêmes conseils qu'on
a lus plus haut page 123.
Il y ajoute les observations suivantes.
Les vers à soie craignent particulièrement le vent
du sud-ouest. Quand il souffle avec force, si l’on n’a
pas soin de fermer les fenêtres et les stores, on perd
quelquelois les vers à soie de toutes les claies. Toutes
les fois qu'une mauvaise odeur se fait sentir dans l’ate-
lier, il faut brûler aussitôt, pour la combattre, des
feuilles de mürier fanées.
in Ca Lie. ét AÉANESS
SUPPLÉMENT. 177
DES FEUILLES DE MURIER.
Tous les terrains sont favorables à la culture du
mürier. Dans les districts de Kia et de Hou, on repro-
duit les mûriers par marcottes. A l’aide de crochets de
bambou, on approche peu à peu vers la terre les
branches latérales du mürier. Dans les mois d'hiver on
les couvre de terre. Dans le printemps suivant, lors-
que les racines sont formées, on sépare les marcottes
des branches mères, et on les plante ailleurs. Tout
le suc de l'arbre se rassemble et se concentre dans les
feuilles, et le mürier ne donne plus nl fleurs ni fruits.
Lorsqu'on a besoin de feuilles, on les cueïlle en
les coupant avec des ciseaux. Dès que le mürier a at-
teint sept ou huit pieds, on l’étête, et les feuilles
poussent alors avec une grande abondance. On peut
tirer à soi les branches pour les couper et les dé-
pouiller ensuite de leurs feuilles. Il n’est pas néces-
saire de faire usage d’une échelle, ou de monter sur
l'arbre.
Voici la méthode qu'on suit pour reproduire les
müriers par semis. Vers l’époque appelée Li-ha (le
6 mai), lorsque les fruits de ces arbres sont violets
et mürs, on les cueille, on les écrase et on les fait
tremper dans de l’eau jaune de terre glaise, ensuite on
les répand avec l’eau à la surface de la terre. Dans l'au-
tomne de lamême année, les jeunes müriers seront déjà
12
178 ÉDUCATION DES VERS À SOIE.
hauts d'environ un pied. On les transplante l’année sul-
vante. Si on les fume et qu'on les arrose avec un soin
assidu, ils croîtront rapidement. Si, dans le nombre, il
s'en trouve quelques-uns qui donnent des fruits et
des fleurs, leurs feuilles seront minces et peu abon-
dantes. Il y a aussi des müriers appelés hoa-sang, c'est-
à-dire müûriers à fleurs; leurs feuilles sont très-minces,
et impropres à la nourriture des vers à soie.
Les müriers greflés donnent des feuilles épaisses et
nourrissantes. Il y a encore des feuilles qui provien-
nent de l'arbre tché; on en fait usage pour suppléer
à la disette des feuilles de müûrier. Je nal pas vu, dit
l'auteur chinois, d'arbres tché dans la province de
Tché-kiang, mais ces arbres sont très-nombreux dans
la province de Ssé-tchuen. Dans les familles pauvres,
on les donne aux vers à soie, lorsque les feuilles de
müûrier sont épuisées. Toutes les cordes darc et de
guitare doivent être faites avec de la soie des vers que
l'on a nourris de feuilles, de tché. Leurs cocons sap-
pellent ki-hien. Cette expression veut dire que la soie
qui en sort est souple et forte.
Toutes les fois qu'on cueille des feuilles, il faut
absolument se servir de ciseaux. Les meilleurs sont
ceux que l’on tire du village de Thong-hiang, qui dé-
pend du district de Kia. Dans les autres villages, 1l est
impossible de s’en procurer d'aussi tranchants.
À
|
}
|
SUPPLÉMENT. 179
MANIÈRE DE COUPER LES BRANCHES.
Les branches d'une nouvellé pousse donnent, le
mois suivant, une plus grande quantité de feuilles. En
coupant un grand nombre de branches, on rend plus
facile la cueillette des feuilles. Les feuilles des secon-
des pousses servent dans le second mois de lete à
nourrir les vers à soie tardifs ou d'automne. Alors on
se contente de cueillir les feuilles, et l'on ne coupe
point les branches. Lorsqu'on a cueilli les secondes
feuilles, 1 en pousse de troisièmes en automne.
Les habitants de la province de Tché-kiang les lais-
sent tomber d’elles-mèmes après les gelées. Ils les
recueillent une à une et les emploient à la nourriture
des moutons. Ces moutons donnent une abondante
quantité de lame, qui leur procure de grands bé-
néfices.
DES FEUILLES QUI SONT NUISIBLES AUX VERS A SOIE.
Après le grand sommeil, c'est-à-dire la troisième
mue, tous les vers à soie mangent avidement les feuilles
humides. Celles qui ont été cueillies par un temps plu-
vieux peuvent être étendues par terre et données aux
vers à soie. Quant à ceiles qui ont été cueïllies par un
temps pur et serein, si on les humecte d’eau et qu'on
12.
180 ÉDUCATION DES VERS A SOIE.
les donne aux vers, leur soie aura du lustre et de
l'éclat.
Mais, lorsque les vers à soie n’ont pas encore subi
leur troisième mue, si l'on cueille des feuilles par un
temps pluvieux, il faut les suspendre avec une corde
sous la saillie d’un toit où elles soient bien exposées
à l'air. De temps en temps on remuera la corde, jus-
qu'à ce que l'air les ait parfaitement séchées; mais, si
on les sèche avec la paume de la main; elles s’échauf-
feront et perdront leur lustre. Dans la suite la couleur
qu'on aura donnée à la soie ne tardera pas à se ternir
et à se passer.
Toutes les fois que les vers mangent avant leur
sommeil, 1l est très-important de bien les rassasier ;
mais, quand ils sortent de la mue, on peut sans incon-
vénient attendre une demi-journée avant de leur don-
ner de la nourriture. Les feuilles humides qu’on cueille
par un temps pluvieux font le plus grand mal aux vers
à soie. Si donc 1 fait du brouillard dès le matin, il
faut se garder de cueillir les feuilles et attendre que le
brouillard soit dissipé. Alors on peut cueillir les feuilles,
que le temps soit clair ou pluvieux. Si les feuilles sont
humides de rosée, on ne doit les cueillir qu'après
qu'elles ont été séchées par les premiers rayons du
soleil levant. |
SUPPLÉMENT. 181
MALADIES DES VERS À SOIE.
Les vers à soie contractent souvent des maladies
lorsqu'ils sont encore renfermés dans l'œuf. Lorsqu'ils
sont éclos, il dépend de l'homme d'empêcher et de
prévenir celles qui naissent de l'humidité, de la cha-
leur et de l'accumulation des vers. Lorsqu'on change
les vers de claies, à l'époque du premier sommeil, cest-
à-dire après la première mue, et qu'on se sert pour
cette opération de corbeïlles vernissées, il ne faut point
les couvrir, afin de laisser évaporer l'humidité dont ils
abondent.
Toutes les fois qu'un ver à soie est sur le point de
tomber malade , le dessus de sa tête devient brillant,
et tout son corps prend une teinte jaune. Sa tête gros-
sit peu à peu et sa queue s'amincit. Si, à l'époque où
les vers à soie entrent tout ensemble dans la mue, xl
y en a qui se promènent et ne s'endorment point, ou
qui prennent peu de nourriture, lorsque tous les au-
tres mangent avec appétit, ce sont autant de symp-
tômes de maladie. Il faut les enlever promptement, de
peur qu'ils ne gâtent tous les autres par leur contact.
En général un ver à soie vigoureux et plein de santé
s'endort sur les feuilles. Ceux qui restent sous les
feuilles sont des vers faibles ou paresseux qui font un
cocon très-mince , ou bien qui ne savent pas l'art de le
façonner. Ceux qui jettent leur soie à tort et à travers,
182 ÉDUCATION DES VERS A SOIE.
et forment un cocon trop large, sont des vers stupides
(sic) et non des vers paresseux.
MOYEN DE RECONNAITRE LES VERS A SOIE QUI SONT MURS
POUR FILER.
Quand les vers à soie ont suffisamment mangé de
feuilles, 1 est très-important de savoir reconnaïtre le
moment précis où ils sont mürs pour filer. Les vers
éclosent en général entre huit et dix heures; aussi
est-ce ordinairement à la même époque de la journée
qu'ils sont mürs pour filer leurs cocons.
Quand un ver à soie est mür, les deux glandes qui
sont au bas de sa gorge sont claires et transparentes.
S'ils sont trop jeunes d’un dixième lorsqu'on les met
sur la coconnière, ils donnent très-peu de soie; s'ils
sont trop vieux d’un dixième et qu'ils commencent à
laisser échapper des fils de soie, ils ne manquent ]a-
‘mais de former un cocon très-mince. Il faut un œil
bien exercé pour les saisir à propos. Les personnes
douées d’un tact parfait ne se trompent pas sur un seul
ver à soie. Îl est extrêmement difficile de saisir à pro-
pos les vers à soie noirs, parce que l’on ne peut aperce-
voir la transparence qui annonce leur maturité.
SUPPLÉMENT. 183
OBSERVATION DU TRADUCTEUR.
On lit dans un autre auteur chinois :
Quand les vers à soie, qui ont subi toutes leurs mues,
commencent à prendre une teinte bleue, c'est signe qu'ils
sont mûrs pour filer leur coque.
FORMATION DES COCONS. COCONNIÈRES APPELÉES CHAN-PO 有
USITÉES DANS LES DISTRICTS DE KIA ET DE HOU.
OBSERVATION DU TRADUCTEUR.
L'expression chinoise Chan-po signifie : claie couverte de
monticules. Ce dernier mot désigne les cônes à claire-voie
où les vers à soie doivent monter.
Voyez la planche n° 7.
Les coconnières les plus parfaites sont celles qu'on
appelle Chan-po, et dont on fait usage dans les dis-
tricts de Kia et de Hou.
Dans les autres pays on ne fait pas sécher la soie
avec du feu (au moment où elle sort de la filière de
l'insecte.) On laisse les vers à soie filer entre des
tiges de riz, ou au milieu d'une boîte. Le feu ne
pénètre point le fil du ver à soie, et l’ar ne le ra-
184 ÉDUCATION DES VERS À SOIE.
fraichit pas. C’est pourquoi les taffetas qui se fabri-
quent dans les districts de Tchang-tan et de Tu-cho se
pourrissent aisément par le lavage. Quant aux vete-
ments tissus avec la soie que produisent les districts
de Kia et de Hou, ils peuvent supporter cent lavages
sans que la substance de la soie perde rien de sa force
et de sa qualité. Voici comment l’on construit les cocon-
nières.
On tresse des claies avec des lames de bambou
fendu, et on les place sur un châssis suspendu de
chaque côté à des piliers de bois, à une hauteur de
six pieds. Au bas de ce châssis, on dispose des ré-
chauds remplis de charbon de bois à la distance de
quatre à cinq pieds. Lorsqu'on commence à mettre
les vers à soie sur la coconnière, on n’a besoin que de
peu de feu pour les inviter au travail. Comme les vers
à soie aiment la chaleur, 1ls se mettent immédiatement
à l'œuvre, et on ne les voit plus grimper ou*se pro-
mener. Quand le cocon est commencé et forme déjà
un léger réseau, on ajoute à chaque réchaud une
demi-livre de braise allumée. À mesure que les vers
jettent leur soie, elle se sèche et se durcit immédiate-
ment; de là vient qu'elle dure très-longtemps sans
saffaiblir ni se déchirer. Il ne convient pas de couvrir
la coconnière avec un toit en planches; il faut qu'un
vent frais circule dans la partie supérieure, tandis
que le bas est chauffé par le feu des réchauds. Toutes
les fois qu'on chauffe la partie supérieure de la cocon-
和
SUPPLÉMENT. 185
mière, les papillons ne peuvent donner de bonne
graine. Lorsqu'on veut obtenir de la graine, 11 faut
chauffer la coconnière par le bas, ainsi que l'indique
la planche.
Les monticules (cônes) à claire-voie que l'on place
sur la claie se font avec des pailles de riz ou de blé,
coupées de la même longueur, et que l’on tord à la
main; ensuite on les fixe sur la claie. Il faut avoir beaur-
coup de force dans les mains pour tordre la paille de
ces cônes à claire-voie. Comme la claie de cette co-
connière se compose de lames de bambou entrelacées
et assez écartées entre elles, on y sèmera un lit de
pailles courtes pour empêcher que les vers à soie ne
tombent par terre ou dans le feu.
RÉCOLTE DES COCONS.
Au bout de trois jours, le travail des cocons est
terminé ; alors on descend les claies ( ou coconmières )
et l’on ramasse les cocons. La soie qui flotte autour
du cocon s'appelle sse-kouang (c’est la bourre). Les
vieilles femmes du district de Hou la vendent à vil
prix, savoir, à cent sapecks ( soixante-quinze centimes)
la livre. On l’enlève à l’aide d’une monnaie de cuivre
que l'on tient avec les trois premiers doigts de la
main.
On file cette bourre et l’on en fabrique l'étofle
commune appelée hou-tcheou.
186 ÉDUCATION DES VERS A SOIE.
Lorsqu'on a dépouillé les cocons de leur bourre,
il est nécessaire de les étaler sur de grandes claïes
placées sur des étagères; ils y restent jusqu’à ce qu'on
les dévide (si l'on peut le faire peu de temps après
la récolte). Si l’on serrait les cocons dans ces petites
caisses (ou malles) dont on se sert dans la cuisine,
ils se pourriraient par l'humidité qui se dégage des
chrysalides, et la soie se briserait à chaque instant
lorsqu'on voudrait la dévider.
MOYEN DE DONNER DE LA FORCE A LA SOIE.
On lit ce qui suit dans l’article qui traite du métier
à broder.
Toutes les fois qu’on veut broder des fleurs ou des
ornements dans le tissu, il est absolument nécessaire
de faire la chaîne avec de la soie des arrondissements
de Kia et de Hou (voyez plus haut la coconmière
appelée Chan-po). Cette soie a été séchée deux fois,
c’est-à-dire au sortir de la filière de l’insecte, et au
sortir de la bassine. Il n’est pas à craindre que les
fils de cette chaîne se brisent pendant le travail du
_Ussage.
SUPPLÉMENT. 187
EXTRAIT DU MÊME OUVRAGE (FOL. 31 VERSO, L. 4.)
_Voici le moyen d'obtenir d'excellente soie, 11 est
renfermé dans six mots.
1° T'chhou-kheou-kan, c'est-à-dire , 11 faut sécher la
soie à mesure qu'elle sort de la bouche de linsecte.
Pour cela on place des réchauds de braise au bas de
la coconnière. (Voyez la planche 7.)
2° Tchhou-choui-kan, c’est-à-dire 11 faut sécher la
soie à mesure qu'elle sort de l’eau. Lorsqu'on dévide
la soie on place, à cinq ou six pouces du dévidoir, deux
petits réchauds contenant chacun quatre ou cinq onces
de braise allumée. Le mouvement rapide du tour pro-
duit l'effet du vent. Il donne de l’activité au feu, et
fait sécher rapidement les fils qu'on dévide. Si le
temps est pur et brillant, et qu'un grand air circule
dans l'atelier, 1l n’est pas nécessaire de faire usage
du feu.
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MÉMOIRE
SUR LES
VERS A SOIE SAUVAGES.
Nota. H a paru convenable de faire réimprimer ici, comme com-
plément nécessaire aux traités qui précèdent, le Mémoire du P. d'In-
carville sur les vers à soie sauvages. Ce travail important, qui ne se
trouve que dans la collection en 16 volumes, des Mémoires des mis-
sionnaires de Péking (Paris, 1777), pourra devenir très-utile aux
éleveurs, si, comme il y a lieu de l'espérer, le gouvernement reçoit
de la graine de vers à soie sauvages de M. Louis Hébert, envoyé par
ses soins surles côtes de la Chine pour rapporter des espèces précieuses
de vers à soie et de müûriers qui n'existent pas en Europe.
MÉMOIRE
SUR LES
VERS A SOIE SAUVAGES
PAR LE P. D'INCARVILLE :.
Ce que dit Pline le naturaliste sur les chenilles de
cyprès, de térébinthe, de frêne et de chêne, dont les
habitants de l’île de Co tiraient leur soie, nous a
donné la pensée de faire des recherches. Or, nous
avons trouvé que, la troisième année du règne de
Ouen-ti (cent cinquante ans avant J.-C.), des vers à
soie sauvages se multiphièrent dans les bois et donnè-
rent une grande quantité de soie; puis la seconde
année de Youen-ti, de la même dynastie ( quarante-
quatre ans avant J. C.), avec la remarque que les co-
cons de ces vers étaient gros comme des œufs (ta-jou-
tan). Nous avons trouvé le même fait raconté dans les
Annales, sous les années 26, 231, 441, 449, 627,
638, etc. après J.-C., toujours avec la remarque que
ces cocons étaient gros comme des œufs, excepté en
* Extrait du tome IT (pages 579-601) des Mémoires concernant
l'histoire, les sciences, les arts, etc., des Chinois, par les Mission-
naires de Péking. On a supprimé plusieurs pages d'observations qui
sont étrangères au sujet.
192 VERS A SOIE SAUVAGES.
627, où l’on dit qu'ils étaient gros comme des abricots ;
à quoi l’annaliste ajoute qu'on en recueillit six mille
cinq cent soixante-dix mesures. Les récits des anciens
sur cette espèce de vers, leur multiplication extraor-
dinaire dans les années dont il a été parlé, nous met-
tent en droit de conclure que, s'ils donnaient quelque
soie les autres années, ils en donnaient bien peu.
Qu'on suppose qu'il en était de même des vers à soie
de l'île de Co, et il sera fort aisé d’expliquer pourquoi
elle était si rare et si précieuse.
Pour revenir aux chenilles de cyprès, de térébinthe,
de frêne et de chêne, dont les habitants de l'ile de Co
üraient leur soie, nous avons tous ces arbres dans
notre France. Les chenilles d’un arbre, dans un pays,
sont les mêmes dans un autre. Serait-1l mal imaginé
d’en tirer parti ? ny aurait-il pas quelque moyen de le
faire ? Tout ce que notre reconnaissance peut oser pour
un bienfaiteur dont le nom sera à jamais dans notre
cœur et sur nos lèvres, c’est de raconter ce qui se pra-
tique en Chine, et de nous reposer sur sa sagesse du
soin den faire usage en la manière et dans je temps
qu'il eroira convenable. Nous lui demandons même en
grâce que cette notice et toutes les autres, que nous
prenons la liberté de lui offrir, ne soient communi-
quées au public que comme des matériaux pour les
choses qu’on y traite. Si même le feu père d'Incarville
n'avait pas fait des recherches et des expériences sur
les vers à soie dont nous allons parler, nous n’aurions
VERS A SOIE SAUVAGES. 193
Jamais osé nous risquer à en rien dire sur le seul té-
moignage des livres. Mais ce respectable et savant
missionnaire, dont tant d'excellents mémoires ont été
perdus ou enterrés, ayant entrepris de répondre sur
ce sujet aux questions que le ministre et plusieurs
savants lui avaient adressées, 1l s'était mis à faire des
observations, et son journal digne, à tous égards, de
sa sagacité et de son exactitude, nous est tombé par
bonheur entre les mains. Nous ne sommes pas dans
un temps où nous puissions nous acquitter de ce que
nous devons à sa mémoire, mais nous n'avons pas la
lâcheté et la mauvaise foi de ne pas lui faire honneur
de ce que nous devons à son travail.
Ce que Pline raconte des vers à soie de l’île de Co,
dans la dix-septième section du onzième livre, est
très-difficile à entendre et à expliquer, à ce qu’il nous
paraît. Le texte a-t-il été aliéré? la signification de
quelque mot s'est-elle perdue? Ce savant, qui a fait
tant de recherches et nous a conservé tant de connais-
sances, a-t-1l eu des mémoires défectueux sur cetarticle ?
Nous laissons la question à décider à ceux qui ont droit
de prononcer : pour nous, 1l nous paraît bien remar-
quable et bien digne d'attention que de trois espèces
de vers à soie sauvages qu'on élève en Chine, il yena
deux qu’on élève sur le frêne et sur le chêne, comme
on faisait à l'ile de Co. Nous n'oserions dire quon
n’en élève pas de même sur les cyprès et sur les téré-
binthes, parce que, comme nous ne sommes pas à
13
194 VERS A SOIE SAUVAGES.
portée de savoir sûrement ce qui se pratique dans les
provinces, nous ne croyons pas que le silence des livres
suffise pour le conclure. Soit même que messieurs les
lettrés soient prévenus contre les vers à soie sauvages,
ils n’en parlent guère qu'en passant ; soit aussi que le
gouvernement ne veuille nl accréditer nl étendre ja
manière d'en élever, l’on a affecté de n’en dire mot
dans le grand recueil d'agriculture qui a été publié
par ordre de l'empereur régnant. Il vient tout de suite
en pensée que ces vers à soie modernes, ayant la tache
imeffaçable d'avoir été négligés et méprisés par lanti-
quité, un bon lettré s’avilirait à en parler dans un cer-
tain détail : mais le ministère d'aujourd'hui nest point
offusqué par de tels préjugés, qui ne vont qu'aux
ilotes de l’école de Confucius. Car peut-être que, ces
vers sauvages étant plus casuels et plus difficiles à éle-
ver que les vers à soie de müûrier, l'appât du gain a
suffi pour leur faire préférer ces derniers, dont la soie
est d’un bien plus haut prix.
Nous avons vu plus haut qu'il y a longtemps qu'on
a connu en Chine les vers à soie sauvages: mais quand
a-t-on commencé à les élever annuellement pour se
procurer leur soie? nous ne le trouvons articulé nulle
part : nous ne trouvons pas même qu'avant la dernière
dynastie elle soit entrée dans les tributs des provinces,
ni avant celle d'aujourd'hui dans les manufactures In
périales. Il peut se faire que l'art singulier d'élever
cette espèce de vers ait été pratiqué’ secrètement dans
VERS A SOIE SAUVAGES. 195
quelques districts, sans attirer l'attention du gouver-
nement. Îl paraît par le recueil impérial Hoang-ming-
chi-ta, publié sous Kingi, de la dernière dynastie, en-
viron l'an 1456, il paraît, dis-je, que le gouvernement
ne tourna ses regards vers la soie des vers sauvages que
lorsque, faisant des efforts continuels pour assurer l’'a-
bondance des grains et des matières premières des
habits, il fixa ce que chaque endroit donnerait en soie
de vers de mürier, ou en chanvre, ou en coton: car,
voyant alors que la province de Canton avait de la soie
de vers sauvages, 1l la taxa à en fournir chaque année
une certaine quantité. Comme la multiplication des
vers à soie sauvages a été regardée et annoncée aux
empereurs, désolés de la misère du peuple, comme
un secours extraordinaire envoyé par le ciel, il se peut
que l'envie de le perpétuer par l’industrie ait fait faire
des recherches; mais les livres que nous avons lus ne
nomment pas celui qui le premier y a réussi.
On compte trois espèces de vers à soie sauvages, sa-
voir : ceux de fagara ou poivrier de Chine, ceux de frêne
et ceux de chêne. Avant d’entrer dans aucun détail,
il est essentiel de bien faire connaître ces trois arbres.
Nous avons appelé le poivrier de Chine fagara d'après
le P. d’Incarville. Il paraît en effet lui ressembler; mais
nous doutons que ce soit la même espèce. Comme cet
arbre est d’une culture aisée et très-commun dans la
province de Canton, où abordent nos vaisseaux ,1l
serait aisé d'en porter quelques pieds en France : car,
ES À
196 VERS A SOIE SAUVAGES.
outre que les graines et leurs coques surtout peuvent
tenir lieu de poivre, ce qui serait un objet pour le
royaume, les vers à soie de cet arbre sont ceux qui
donnent la plus belle soie et en plus grande quantité.
Sur la manière dont M. Duhamel, cet illustre zélateur
du bien public, a parlé du fagara, il nous paraît fort
douteux que celui de Chine pût réussir dans les pro-
vinces septentrionales du royaume ; mais nous sommes
persuadés qu'il réussirait très-bien dans la Provence,
le Languedoc et le Roussillon. Une âme vulgaire ne
voit rien de bien important pour le royaume dans l’ac-
quisition d'un nouvel arbre; mais un homme d'état,
un citoyen, voit dans un arbre utile un héritage éter-
nel pour toute ja nation.
On distingue en Chine deux espèces de frêne, sa-
voir, le tcheou-tchun et le hiang-tchun. Le tcheou-tchun
est le même que le nôtre, et c’est celui sur lequel on
nourrit des vers à soie sauvages. Le hiang-tchun est fort
différent du premier par sa fleur, sa graine et surtout
par son odeur, comme on verra dans la notice que
nous en envoyons. Nos modernes se sont peut-être trop
pressés de se moquer de ce que Pline je naturaliste a
dit du frène; nous ne serions point surpris que le
hiang-tchun le justifat pleinement. Le compas de PEu-
rope n’est pas encore assez grand pour mesurer l'uni-
vers. Que de mondes dans le monde des plantes et des
arbres! Celui de Chine, qui est immense, ne sera
peut-être pas connu en Occident de bien des siècles.
VERS À SOIE SAUVAGES. 197
Le chène dont on nourrit une espèce de vers sau-
vages est, si nous ne nous irompons, celui que nos
botanistes nomment quercus orientalis castaneæ folo,
glande recondità in capsulà crassd et squamerosä. Il est
dans le Jardin royal, autant que nous pouvons nous
en souvenir; mais nous l'avons vu sûrement, auprès de
Toulouse, dans un jardin qu'il nous serait trop dou-
loureux de nommer.
Les vers à soie sauvages de fagara et de frène sont
les mêmes et s'élèvent de la même facon. Ceux de
chène sont différents et demandent à être gouvernés
un peu différemment.
La grande et essentielle différence entre les vers à
sole de mürier et les vers à soie sauvages, c'est que
l'auteur de la nature s’est plu à donner à ces derniers
un génie de liberté et d'indépendance absolument in-
domptable; le flegme, le sang-froid et l'industrie
chinoise y ont échoué. I serait inutile de vouloir ris-
quer de nouvelles tentatives. Nos livres de piété ont
pris le ver à soie pour symbole de la résurrection,
soit de l’âme à la grâce, soit du corps à la vie éternelle.
Les vers à soie sauvages semblent devoir être préférés.
Leurs cocons finis, ils y restent enfermés depuis ja
fin de l'été ou le commencement de l'automne jus-
qu'au printemps de l'année suivante. Ce long séjour
explique pourquoi ils les font si forts et si compactes.
On a même vu des cocons, oubliés une année, donner
leurs papillons la suivante; et 1l est notoire, dans ja
198 VERS A SOIE SAUVAGES.
province de Chan-tong et dans plusieurs autres, qu’on
peut retarder la métamorphose de la chrysalide bien
avant dans l’été.
Les Chinois ont une manière de distinguer les co-
cons qui doivent donner des papillons mâles et des
papillons femelles : parmi ceux-là même ils distinguent
ceux qui doivent donner de plus forts et de plus beaux
papillons. Comme les cocons qu'on garde sont l’espé-
rance de l’année suivante, ce choix est important. Si
les règles, pour faire ce choix, sont les mêmes que
celles qu’on suit pour les vers à soie de mürier, ce qui
est assez vraisemblable, nous n’avons rien à ajouter à
ce qui a été dit dans le Mémoire sur les müriers et les vers
à soie, qu'on doit avoir reçu. Pour garder ces cocons
plus commodément, on les enfile légèrement par leur
extrémité dans un fil de soie, et on en forme plusieurs
chapelets. L’unique précaution qu'il falle prendre,
pour les conserver, consiste à les suspendre dans un
endroit où ils soient à l'abri du vent du nord, de la
pluie, du soleil, et cependant au grand air. Les Chi-
nois ne disconviennent pas qu'on pourrait les mettre
dans la chambre; mais, à les en croire, il est toujours
mieux de suivre la nature d'aussi près qu'on peut; et
les vers sauvages, comme tout le monde sait, suspen-
dent leurs cocons aux arbres dont 1ls se nourrissent,
sans chercher même les endroits les plus couverts.
Faire éclore les vers sauvages est bien plus difficile
que de faire éclore les vers de müûrier. J'ai dit faire
VERS A SOIE SAUVAGES. 199
éclore , il faudrait dire procurer leur métamorphose,
car 1ls éclosent d'eux-mêmes sans presque aucun soin.
Le Père d'Incarville y échoua la première fois. La
moitié de l'été s'était passée, quoiqu'il eût fait de son
mieux, sans lui donner aucun papillon. « Je crus avoir
«été trompé, » ditl dans son journal, «et qu'il (son
«commissionnaire) m'avait donné des cocons dans les-
« quels on avait fait périr les chrysalides. » Sur quoi,
rebuté de ce mauvais succès, 1l les enferma dans un
tiroir où 1l les oublia, et les trouva éclos dans le mois
d'octobre, lorsqu'il ouvrit la fatale prison où il les
avait mis et où 1ls étaient morts misérablement. Pour
faire éclore ces papillons, 1l faut suspendre les cocons
enfilés dans une chambre chaude, et les arroser et
humecter plusieurs fois le jour, dans le temps le plus
chaud. Il y en a qui préfèrent de les exposer à la
vapeur d’un grand vase d’eau chaude, qui est plus
douce et imite mieux l'humndité de l'air qui les fait
éclore dans les temps de pluie. Nous ne trouvons point
combien de jours il faut attendre la résurrection ou
métamorphose de la chrysalide, et nous en concluons
qu'il n'y a point de temps fixe, qu'elle avance ou re-
tarde sans qu’on puisse trop en trouver la raison; mais
il n’est pas ordinaire qu’on attende plus de huit à dix
jours, quand on a choisi un temps propre, c'est-à-dire
un temps chaud et humide. Si l'on attend parfois un
peu plus, on a l'agrément de voir tous ses cocons don-
ner leurs papillons à peu près en même temps.
200 VERS A SOIE SAUVAGES.
« Le papillon de ces vers sauvages, » dit le P. d’Incar-
ville, «est à ailes vitrées, de la cinquième classe des
« phalènes, selon le système de M. de Réaumur. 卫
«porte ses ailes parallèles au plan de sa position, et
« laisse son corps entièrement à découvert : il ne les
«a guère plus étendues quand il vole que lorsqu'il est
« posé. » Ce papillon a à peine ses ailes séchées, qu'il
cherche à en faire usage et à s'enfuir. Comme on est
sûr d'attirer les mâles au moyen des femelles, on laisse
à ceux-ci la liberté de s'envoler dehors; mais, pour les
femelles, on les saisit dès qu’elles sont sorties de leurs
cocons, et on les attache avec un fil de soie assez lon-
guet par une de leurs ailes, et l'on arrête l’autre bout
sur un gros paquet, suspendu à l'air, de moelle séchée
de grand mullet, que les botanistes nomment milium
arandinaceum. Les Chinois, soit dit en passant, en tirent
excellemment parti. Les mâles viennent féconder les
femelles dès la première nuit et les suivantes, quoi-
qu'ils disparaissent quelquefois entièrement pendant
le jour. Les femelles, qui se trouvent liées au faisceau
de moelle de millet, y déposent leurs œufs dès la se-
conde nuit, et continuent ainsi environ huit ou dix
jours; mais, vers la fin, elles pondent beaucoup moins.
La ponte entière ne va guère qu'à quatre ou cinq cents
œufs. La chaleur de la saison suffit pour faire éclore
le peuple de vers sauvages qu’on s’est préparé; c'est
ordinairement au bout de dix à onze jours.
La première idée de vers sauvages, qu'on élève sur
VERS A SOIE SAUVAGES. 201
des arbres en plein air et même en pleine campagne,
fait d’abord croire qu'ils ne demandent presque aucun
soin, et sont bien plus aisés à gouverner que les vers
à soie de mürier; mais il n’en est pas ainsi, à beau-
coup près. Quand les petits vers sont sortis de l'œuf,
il y a des personnes qui vont suspendre les faisceaux
de moelle de millet sur une branche de fagara, de ma-
nière qu'ils puissent passer de leur berceau sur les
feuilles de cet arbre; les autres coupent une branche,
la mettent dans un vase plein d’eau, et y attachent
leur moelle de millet avec tous ses nouveaux habi-
tants, dont le nombre augmente de moment en mo-
ment jusqu’à ce qu'ils égalent à peu près le nombre des
œufs. La raison de ces différents procédés est la déli-
catesse extrême de ces vers, leur faiblesse et leurs
ennemis. Pour peu que larbre où l'on veut qu'ils
aïllent se loger soit accessible aux fourmis et aux autres
insectes carnassiers de la saison, un gibier si tendre Îles
attire et en peu de temps ils en font une déconfiture
épouvantable; ce qui, pour le remarquer en passant,
explique assez bien pourquoi il est si rare que les vers
à soie sauvages se multiplient et se conservent en assez
grande quantité pour donner beaucoup de cocons. Le
meilleur moyen de les en garantir, dans leur première
enfance, c’est d’environner, après une grande pluie,
d’un petit fossé plein d’eau le fagara ou le frène qu'on
a choisi pour leur hospice. Mais une branche mise
dans un vase d’eau est bien plus sûre. Les plus Intre-
4. ACAD DE
\L IBRARY; Ê
Ps EL
SCIENCE
Ps 9r sons
Fr
d223::
202 VERS A SOIE SAUVAGES. |
pides fourmis ne sont pas d'humeur à se mettre à la
nage pour aller à la chasse de leurs faisans : car, à juger
de la friandise de ces amazones par leur avidité et leur
empressement, ces vers nouveaux-nés doivent être je
plus friand morceau de leur table. Les insectes vo-
lants de la saison sont encore plus altérés de leur sang
que les fourmis; il est bien plus difficile de les dé-
fendre de leur continuelles attaques.
La nature a appris à ces petits vers à gagner vite les
feuilles de l'arbre qui doit les nourrir, et à sy réunir
dans le même canton sur différentes feuilles, comme
pour y faire corps et effrayer leurs ennemis par leur
nombre. Ils ont même l'attention de se loger sous l’en-
vers des feuilles, où 1ls se tiennent accrochés à mer-
veille et où 1l est plus difficile de venir les attaquer. À
peine se sont-ils séchés et accoutumés à l'impression
de l’air, qu'ils se mettent à manger de bon appétit et
attaquent les feuilles du fagara ou du frène par les
bords, les entament et les broutent sans presque se
reposer. «Le premier jour précisément que J'avais
«porté mes vers nouveaux-nés sur l'arbre, » dit le
P. d'Incarville, «il survint tout à coup une grande
« pluie qui me donna beaucoup d'inquiétude pour leur
«vie. Je crus que cen était fait d'eux, et qu'aucun
«n'aurait résisté aux torrents d’eau qui étaient tombés.
« Dès que l'orage fut passé, ] allal voir si j'en trouverais
“encore quelqu'un. Je les trouvai qui mangeaient de
«grand appétit et avaient déjà sensiblement gross. »
VERS A SOIE SAUVAGES. 203
Bien loin que la pluie leur soit contraire, elle les ac-
commode par la fraicheur qu’elle répand dans l'air, et
par la chasse qu’elle donne à tous leurs ennemis. Bien
plus, ils souffrent de la sécheresse, parce que, les
feuilles qu'ils broutent étant moins abondantes en sue,
ils deviennent constipés. Leur délicatesse et propreté,
s'ils en ont, ne tiennent pas contre l'intérêt de leur
santé. Si leurs petites crottes ne sortent avec qu avec
peine, ils se recourbent sans façon sur leur derrière,
les tirent à belles dents et les font tomber; ce qui est
fait dans un clin d'œil : puis ils se remettent à manger.
La nourriture leur profite tellement, qu'ils croissent
et grossissent presque de moitié d'un jour à l'autre
dans les commencements.
Les vers à soie sauvages muent quatre fois, et chaque
mue n'est éloignée que de quatre jours environ de ja
précédente. Le troisième jour ils mangent peu; mais
le quatrième jour, à peine se sont-ils débarrassés de
leur dépouille, qu'ils se dédommagent avec usure de
la diète du jour précédent. C’est surtout alors qu'ils
croissent quasi à vue d'œil. Ces petits vers perdent en-
tiérement l'amour de la vie sociale après leur première
mue ; le goût de la solitude les gagne, et 1ls se sépa-
rent pour aller vivre à leur guise qui d'un côté, qui de
l'autre. Cette nouvelle inclination est toute au profit
des uns et des autres: car, s'ils restaient rassemblés
en communaute sur une seule branche, comme js en
auraient bientôt consumeé toutes les feuilles, outre que
204 VERS À SOIE SAUVAGES.
l'arbre en pâtirait, ils auraient un voyage à faire pour
aller gagner une autre branche, et la diète, qui serait
inévitable, retarderait leur mue, ou mème abrégerait
leur vie, qui doit être si courte. Leur dispersion est
encore plus nécessaire à leur conservation; car, si
leurs ennemis les trouvaient ainsi réunis, 1ls en fe-
raient une déconfiture horrible, et peut-être qu'aucun
n'en pourrait échapper. Frelons, guëêpes, fourmis,
corbeaux et tous les petits oiseaux, sans exception,
sont avides de leur sang. Les admirateurs de la pro-
vidence ont bien ici de quoi se récrier, en considérant
comment ces chenilles, sans défense et exposées à tant
de dangers, ont pu se conserver et se perpétuer, de-
puis le commencement du monde, au milieu de tant
dennemls; miracle d'autant plus frappant qu'avant que
leur soie leur obtint les soins de l’homme, la plupart
devaient périr au sortir de l’œuf dans les années défa-
vorables à leur propagation. Voici ce qu'on a imaginé
pour les défendre contre les oiseaux : on arrondit la
tête des fagara ou des frenes sur lesquels on les met,
et on la couvre d’un filet à mailles assez serrées, pour
empêcher les oiseaux d'arriver jusqu’à elles. C’est une
dépense, mais elle est nécessaire, et on en est bien
dédommagé par la soie qu’on recueille. Pour les fre-
lons, qui fondent sur elles, surtout lorsqu'elles sont
petites, les coupent en deux et les sucent, quoique le
filet leur fasse peur d’abord, l'appât de leur proie leur
donne je courage d’en traverser les mailles; et un qui
VERS A SOIE SAUVAGES. 205
a passé attire tous les autres. Il faut user d'artifice et
les appâter au voisinage par des bâtons enduits de
miel, où l’on va les brüler avec un brandon de paille,
quand ils y sont en grand nombre. Le P. d'Incarville
raconte, comme témoin oculaire, qu'à peine un cra-
paud a-t fixé sa vue sur une de ces chenilles, qu’elle
défaille et se laisse tomber; le crapaud l’aspire en reti-
rant son haleine, la reçoit dans sa gueule et l’avale.
Puis il ajoute que, s’il n’y avait pas veillé de près, toute .
sa république de vers à soie aurait été en danger de
périr sous peu de jours. Comme les livres chinois ont
négligé cet article, nous n'en dirons rien davantage.
Nous avons oublié de le dire en son lieu : un peu
_avant ou après la première mue, soit qu'on ait laissé
ces vers nouveaux-nés sur une branche de fagara mise
dans un vase d’eau, soit qu'on les ait portés d’abord
sur l'arbre mème, 1l faut avoir soin den proportionner
le nombre à l'arbre qu'on lui destine, ou sur lequel
on les laisse. Cette attention est essentielle, parce que,
si ces vers étaient en trop grand nombre, ils le dé-
pouilleraient de toutes ses feuilles, qui peut-être même
ne leur suffiraient pas : étant plus à découvert, ils y
seraient plus exposés à leurs ennemis, moins à l'abri
de la pluie et du soleil; et puis, quand viendrait le
temps de filer leurs cocons, ils seraient en grande dé-
tresse et embarras. Le vrai temps pour faire cette dis-
tribution est le jour qui précède leur première mue,
ou celui où ils en sortent. Comme ils se dispersent dès
206 VERS À SOIE SAUVAGES.
qu’elle est finie, elle serait impossible pour ceux qui
sont déjà logés sur leur arbre, si l’on manquait le mo-
ment; et ce serait violenter les autres que de les re-
tenir sur de petites branches où js auraient trop à
l'étroit leurs logements et leurs vivres.
Les quatre mues, qui sont de quatre jours en quatre
jours, étant finies et passées, le ver à soie sauvage a
presque toute sa crue, et est plus gros du double au
moins que les vers à soie de mürier. « C'est une che-
«nille de la première classe selon le système de M. de
«Réaumur, » dit le Père d'Incarville : «elle est d’un
«vert mêlé de blanc, imparfaitement rase, à six tuber-
«cules, six sur chaque anneau. Les poils de ses tuber-
«cules sont chargés d’une espèce de poudre blanche. »
Après le dix-huitième jour ou le dix-neuvième, les
vers à soie sauvages perdent tout appétit , et passent
successivement d’une morne apathie, ou demi-engour-
dissement, à des mquiétudes et une agitation très-vives.
Us courent ca et là comme s'ils craignaient de se mé-
prendre dans le choix qu'ils vont faire d'une feuille et
d'un endroit pour filer leur cocon et préparer leur re-
surrection de l’année suivante. C’est ordinairement
entre le dix-neuvième et le vingt-deuxième jour de-
puis leur naissance qu'ils commencent ce grand ou-
vrage. Soit pour avoir de quoi arrêter les premiers fils
du tombeau qu'il va se bâtir, soit pour en augmenter
l'épaisseur et la solidité, il recoquille une feuille en
sondole, et senferme dedans sous la trame de la soie
VERS A SOIE SAUVAGES. 207
qu'il file et dont il finit par former un cocon de la
grosseur d'un œuf de poule et presque aussi dur. Ce
cocon a une des extrémités ouverte en forme d’enton-
noir renversé; c'est un passage préparé pour le papillon
qui doit en sorür. Avec le secours de la liqueur dont il
est mouillé et qu'il dirige vers cet endroit, les fils hu-
mectés cèdent à ses efforts; 1l perce sa prison lorsque
le temps en est venu.
En rassemblant tout ce que nous venons de dire, il
est évident que les vers à soie sauvages sont plus aisés
à élever, à bien des égards, que les vers à soie de
mürier, et mériteraient peut-être d'attirer l'attention
du ministère public, à qui seul il convient de décider
s'il serait utile au royaume de procurer une nouvelle
espèce de soie à celles de nos provinces où des essais
faits avec soin auraient fait connaître qu’on peut réussir
à les élever. Tout ce qu'il nous convient d'ajouter à ce
que nous en avons dit, c’est que ces vers sont une
source de richesses pour la Chine même, quoiqu'on
recueille chaque année une si prodigieuse quantité de
soie de vers de mürier, qu'au dire d'un écrivain mo-
derne on pourrait en faire des montagnes. Il est vrai
que la soie des vers sauvages n'est pas comparable à
lautre, et ne prend jamais solidement aucune tein-
ture; mais 1° elle coûte moins de soins, ou plutôt
n'en coûte presque aucun dans les endroits où le climat
est favorable aux vers sauvages, parce que tout ce qu'on
risque en les négligeant, c'est d'avoir une récolte moins
208 VERS A SOIE SAUVAGES.
abondante : encore est-on maître de l'avoir plus grande,
en multipliant le nombre des arbres qu'on destine à
ses vers. 2° Comme on ne dévide pas les cocons des
vers sauvages, mais qu'on les file, comme nous faisons
le fleuret, ils dépensent moins de temps et de main-
d'œuvre. 3° La soie qu'ils donnent est d’un beau gris
de lin, dure le double de l’autre au moins, et ne se
tache pas si aisément; les gouttes même d'huile ou de
graisse ne sy étendent pas et s’effacent très-aisément.
Les étofles qu’on en fait se lavent comme le linge.
4° La soie des vers sauvages, nourris sur des fagara, est
si belle dans certains endroits, que les étoffes qu'on en
fait disputent le prix avec les plus-bellés soïeries, quol-
qu’elles soient unies et de simples droguets. Quand
nous avons dit que cette soie ne se dévide point et ne .
prend point la teinture, c'est un fait que nous racon-
tons. L'industrie européenne, aidée et éclairée par les
élans du génie français, viendrait peut-être à bout de
dévider les cocons de vers sauvages et den temdre
la soie.
Le P. d'Incarville ayant négligé de mettre ses co-
cons dans un endroit frais, plusieurs papillons sorti-
rent les uns douze, les autres quinze jours après celui
où ses chenilles sy étaient enfermées, c’est-à-dire onze
mois plus tôt qu'ils n'auraient dû. Cependant il y a
des endroits où, soit qu'on aille contre l'insutution de
la nature, soit qu'on ne fasse que la.suivre, l'usage
commun est de se ménager deux couvées de vers
L£
VERS A SOIE SAUVAGES. 209
sauvages, une au printemps, l'autre à la fin de l'été.
Venons maintenant aux vers sauvages de chêne à
feuilles de châtaignier. On les fait éclore comme ceux
du fagara et du frêne; mais leur première enfance est
plus délicate. Le vent leur est très-nuisible : aussi prend-
on le parti de les élever sur des branches de chêne
qu'on met dans des vases pleins d'eau, comme il a été
dit plus haut, et qu'on laisse dans une chambre lin-
habitée, bien fermée et tournée au midi; mais on a
l'attention d’en ouvrir les fenêtres si le temps est beau.
Ceux qui croient qu'il est dangereux de ne les pas ac-
coutumer d’abord au grand air, prennent le parti de
planter leurs branches de chêne sur le bord d’une
rivière ou d’un ruisseau, à la distance d’un pied et
demi à deux pieds; mais, pour ne pas les exposer aussi
à l'impression funeste du vent, ils élèvent un petit
mur de fortes nattes du côté d’où 1l vient.
Nous n’avons rien de particulier à ajouter sur la vie
que mènent et les soins que demandent les vers de
chène, quand on les a portés, après leur première
mue, sur l'arbre où ils doivent finir leur courte car-
rière. [ls y sont exposés aux mêmes périls que ceux
de fagara et de frêne : on les en défend de la même
façon. La sécheresse leur paraît extrêmement con-
traire. Le P. d’Incarville, voyant les siens pressés de
la soif, leur présenta de l’eau au bout d’une paille, et
il les vit en sucer un grand nombre de gouttes sans
paraître désaltérés. Aussi les Chinois ont-ils l'atten-
1/Â
210 VERS A SOIE SAUVAGES.
tion de choisir le temps des pluies pour les faire
éclore, et le voisinage des eaux pour les élever. Une
remarque bien plus importante du P. d'Incarville, c'est
qu’on peut les nourrir, comme il l’a fait par nécessité,
les feuilles de chêne à feuilles de châtaignier lui man-
quant, avec les feuilles du chêne ordinaire. Nous in-
sistons sur ce point, et parce que le chène d'Orient est
assez rare en France, et parce qu'il sera peut-être pos-
sible de trouver sur nos chênes ordinaires la vraie
chenille sauvage de Chine qüi donne la soie de la se-
conde espèce. Le P. d’Incarville dit «qu’elle est de la
« première classe, selon le système de M. de Réaumur,
«comme celle du fagara et du frène, c’est-à-dire qu’elle
«a seize jambes, six écailleuses ou antérieures, huit
«mamelons ou jambes intermédiaires, et deux posté-
«rieures. Ses mamelons sont garnis de demi-couronnes
« de crochets. Ce qu’elle a de particulier, ce sont des
«espèces d’écailles brillantes comme l'argent le plus
« fin. Quelques-unes en ont au-dessus de chaque stig-
« mate : d’autres en ont moins ou même point du tout ;
«mais ces dernières ont sur le haut des tubercules du
«troisième rang, à l'endroit où sont implantés les
«poils, une couronne ou cercle d’un or très-vif. »
Les vers de chêne sont plus tardifs à faire leur cocon
que ceux de fagara et de frêne, et ils sy prennent dif-
féremment. Au lieu de plier une feuille en gondole,
ils en rapprochent deux ou trois, s'enferment dedans
et y ourdissent leur cocon, qui, quoique plus gros,
VERS A SOIE SAUVAGES. 211
est d'une soie fort inférieure; car, pour ne pas l'omet-
tre, on met une grande différence, ici, entre la soie de
vers de fagara, de frène et de chêne. Celle des pre-
miers est la plus estimée : on en fait le siao-kien, qui
est très-beau et très-cher. Ce n'est pourtant qu'une
espèce de droguet, mais très-fin et d'un use admi-
rable. On fait le tsiao-kien avec celui des chenilles de
frêne, et le ta-kien avec celui des chenilles de chène.
Si nos marchands voulaient acheter à Canton ces trois
espèces de droguet, 1l faudrait qu'ils s’adressassent à
un homme affidé : car, comme on fait des droguets de
filoselle , 11 est facile d'en imposer à un étranger.
Après la récolte des cocons, on préleve ceux qu'on
veut réserver pour avoir des papillons ou à la fin de
‘été, ou le printemps suivant; et, après les avoir en-
filés en la manière qui a été dite, on les suspend en
lieu convenable, Il y a un choix à faire dans les autres
cocons : ce choix se fait en les pressant entre deux
doigts. Ceux qui résistent sont les meilleurs et ont
plus de soie; ceux qui cèdent sont médiocres et ont
moins de soie. On coupe avec des ciseaux les deux ex-
trémités des uns et des autres, et on les met separe-
ment dans deux sacs de toile de chanvre où l’on les
ferme avec une ficelle; puis on les plonge dans une
grande chaudière de lessive bouillante qui a été de-
coulée. Cette lessive, qui doit être forte, est faite de
cendres de jujubier, ou de tiges de ble sarrazin, ou
d'une espèce de persicaire dont on tre 1e la couleur
14.
FA 4 VERS A SOIE SAUVAGES.
d’indigo. Quand les cocons ont bouilli une heure, on
ouvre le sac des médiocres, et on reconnaît si la les-
sive a fait tout l'effet qu'on veut quand ils s’effilent
assez aisément. Comme cette lessive n’a pour objet
que de dissoudre la colle ou gomme qui joint les fils
soyeux du cocon, Findustrie européenne trouvera peut-
être quelque dissolvant plus actif et plus prompt.
Quand les cocons du premier sac sont au point où l’on
a besoin qu'ils soient, on les tire de la chaudière, puis
on visite de temps en temps ceux du second sac, pour
ne pas les manquer. Si les uns et les autres sont pris
et tirés de la chaudière à propos, on presse les sacs
pour en faire sortir la lessive, et on les laisse ensuite se
ressuyer jusqu'au lendemain. Si on les avait tirés trop
tard de dessus le feu, après leur avoir fait rendre l’eau
dont ils sont pleins, en les pressant dans le sac, il fau-
drait les étendre sur des claies pour les faire sécher.
Tandis qu'ils sont encore humides, on les vide de leur
chrysalide et on les renverse de manière à en former
une espèce de capuchon. Si on n’en avait pas alors le
loisir, on en serait quitte pour la peine de les faire
tremper quelque temps dans l’eau chaude quand on
voudrait faire cette besogne.
Les cocons, vidés de leurs chrysalides et renversés
sur eux-mêmes en capuchon, sont fort aisés à filer. I
ne faut que les faire revenir dans un peu d’eau tiède,
les coiffer les uns des autres, comme on fait des dés à
coudre, et puis les enfiler dans une petite quenouille
VERS A SOIE SAUVAGES. 213
au nombre de dix à douze. L'art de filer est trop connu
en France, et nous en avons des idées trop confuses,
pour insister sur les détails. Tout ce que nous pouvons
nous permettre d'ajouter, c'est que les Chinoises y
sont fort habiles, et qu'à voir leurs quenouilles, fu-
seaux et rouets, on ne croirait pas qu'elles pussent en
brer un fil si fin, si propre et uni. À parler en général,
les Chinois en sont encore aux premiers âges pour tous
leurs instruments. Leur industrie se perfectionne, et
leurs outils et instruments restent les mêmes. Ajou-
tons encore ce mot sur la soie des vers sauvages : celle
des vers de chêne peut se filer au rouet; et, quand on
veut que la soie des vers de fagara et de frène soit d’un
plus beau grain, on ôte la soie grège de dessus les
cocons avant de les faire bouillir : mais, si l’on se met,
en France, à élever des vers sauvages, l'industrie fran-
çaise trouvera bientôt tout ce qui est le plus propre à
faire ürer un excellent parti de leur travail.
On voit à quelle intention nous proposons de faire
des essais, à limitation des Chinois, sur les vers à
soie sauvages du fagara, du frène et du chêne à feuilles
de châtaignier. Ces essais, qui ne demandent que des
soins, de l'attention et de la patience, peuvent occu-
per en différents endroits la sagacité et le zèle des
citoyens opulents qui vont passer la belle saison à la
campagne. Îl est si délicieux de se rendre utile et de
contribuer à l'abondance publique, que nous ne dou-
tons point que plusieurs ne préfèrent ces essais à tant
214 VERS A SOIE SAUVAGES.
damusements également dispendieux et frivoles qui
occupent le loisir des riches dans leurs terres. Pour
peu qu'ils leur réussissent, le public , à qui ils en ren-
dront compte, les comparera, les perfectionnera les
uns par les autres, et se décidera sur l'usage que lui
prescrira le bien commun. Qui sait s’il n’est pas ré-
servé à quelqu'un de ces essais d'enrichir notre France
de quelque nouvelle espèce de soie, ou peut-être même
de simplifier la manière d'élever les vers à soie de mü-
rier? Car enfin, s’il est plus difficile de les nourrir
sur des arbres que les vers sauvages, cela n’est pas
impossible dans les climats surtout où le cours des
saisons leur est plus favorable. Qui sait même si ce
ne serait pas le vrai moyen de donner à nos soies un
degré de bonté et de beauté que leur ôte la contrainte
où l’on retient les vers qui la filent?
NOTICE SUR LE FRÊNE DE CHINE
NOMME HIANG-TCHUN.
On distingue ici deux sortes de frênes, le tcheou-
tchan, le frêne puant , et le hiang-tchun, le frêne odo-
rant. Le premier nous avait toujours paru être le même
que le nôtre, parce que nous nous étions contentés des
apparences et que nous nous étions peu mis en peine
VERS A SOIE SAUVAGES. 215
de l’examiner de près. Ce que nous avons écrit sur les
vers à soie sauvages nous a fait craindre de nous être
trompé : nous avons examiné les fleurs de cet arbre:
elles nous paraissent différentes de-celles que décri-
vent nos botanistes. Les pétales sont au nombre de
cinq et moins allongés, les étamines sont plus multi-
pliées et plus petites, le pistil enfin et la grappe à la-
quelle les fleurs sont attachées paraissent différents.
Nous insistons sur ces bagatelles, parce que nous avons
indiqué le frène comme la nourriture ordinaire d'une
espèce de vers sauvages, et que, Si l'espèce dont nous
avons voulu parler était trop différente de la nôtre,
les vers pourraient bien ne pas vouloir de cette der-
nière.
Le frêne odorant, nommé en chimois Aïang-tchun,
est fort différent du nôtre à bien des égards. Autant
les feuilles du tcheou-tchun ont une odeur désagréable,
autant celles du hiang-tchun ont une odeur aromatique
et agréable pour ceux qui aiment les odeurs fortes.
Les botanistes, qui ont plaisanté sur ce que dit Pline
de cet arbre, auraient dû faire attention que ce qui
est vrai d’une espèce ne l'est pas toujours de l'autre,
et que la même espèce, dans ses individus, peut être
très-différente d'elle-même d’un pays à l'autre. Le cl-
. mat, le sol, l'exposition, l'année et la saison ont
averti, il y a longtemps, les naturalistes qu'un fait ne
conclut rien contre l’autre. Au premier coup d'œil, le
frêne odorant paraît tout à fait semblable au nôtre.
216 VERS A SOIE SAUVAGES.
Il vient dans les mêmes endroits, 11 croît à la même
hauteur, les branches et le tronc sont les mêmes, ses
feuilles rangées de même par paires sur un côté. En y
regardant de près, on trouve que les feuilles de 1 odo-
rant sont d'un vert plus gai, qu’elles sont plus effilées
et ne sont pas terminées par une seule feuille. Les
fleurs et les fruits sont absolument différents.
1° La grappe des fleurs est plus approchante de celle
de la vigne, et les fleurs, qui sont de différentes gros-
seurs, ne fleurissent pas si à la fois et durent plus long-
temps.
2° La fleur est composée d'un petit calice à cinq
feuilles; de cinq pétales blancs; de quatre étamines
qui sortent d’un petit mamelon rougeätre, ou un petit
sommet arrondi; d’un pistil, qui sort d’un embryon
et se termine par une petite trompe.
3° Lembryon qui sert de base au pistil devient un
fruit, couvert d’une écorce ligneuse et dure, qui
s'ouvre en cinq follicules à sa maturité. Sous ces fol-
licules sont rangés, sur les cinq faces de la moelle,
qui est au milieu, deux ou trois graines. Ces graines,
formées en aile de mouche et quasi aussi minces vers
la pointe, renferment dans leur base une semence
d’une figure qui varie, mais composée de deux lobes
qui couvrent un germe.
Si toutes les fleurs venaient à bien, la grappe qui
soutient le fruit ne serait pas assez forte ; mais 1] est
rare qu'il en reste un sixième. Malgré cela, quand les
VERS A SOIE SAUVAGES. JAY
fruits commencent à grossir et à s'allonger, on jles
prendrait, de loin, pour une grappe de verjus.
La moelle, à cinq faces et arrondie à son extrémité,
sur laquelle les graines sont collées, est une substance
spongieuse comme la moelle de jonc; mais elle est
plus compacte.
Les Chinois jettent dans l’eau bouillante les pre-
miers bourgeons et les jeunes tiges de frêne odorant,
puis ils les retirent et les font macérer dans le vinaigre
pour les manger avéc leur riz, comme nous les COrNI-
chons. Il faut en user très-sobrement, sous peine d’être
couvert de furoncles pour peu qu’on ait de levain dans
le sang.
La médecine fait usage des feuilles, des fleurs et de
la seconde peau de la racine.
Puisqu'on a rangé le fagara dans la classe des frènes,
et que, sur les descriptions qu’on en fait, 1l y a tout
lieu de croire que c’est le hou-tsiao des Chinois qui
nourrit les plus beaux vers à soie sauvages, nous en
joindrons la peinture analysée à celle du frène puant
et du frêne odorant, sans y ajouter aucune description,
parce qu'elle parle aux yeux.
Le traité des arbres et arbustes de l'illustre M. Du-
hamel est le seul livre où nous ayons trouvé quelques
détails sur le fagara. Si celui dont il parle est le même
que celui de Chine, nous osons lui prédire qu'il ré-
sistera aux hivers de France, puisqu'il résiste aux il-
vers de Pe-tche-li, qui sont bien plus longs et bien plus
218 VERS À SOIE SAUVAGES.
rigoureux. Les Chinois ont un principe de botanique
et d'agriculture qui mérite d’être examiné. Selon eux,
quand on veut conserver des arbres et plantes des pays
étrangers, les soins les plus étudiés ne le sont pas
trop pour les premiers plants; mais quand on a cueïlli
des graines, il est facile de les propager, surtout après
la seconde génération. Si les graines de la seconde ou
de la troisième génération ne réussissent pas, c'est
que le climat n’est pas favorable à ces arbres et à ces
plantes; elles ne pourront jamais les y naturaliser. Le
Jfagara réussit à merveille sur les montagnes des en-
virons de Pé-king. Peut-être que nos pluies d'hiver lui
sont nuisibles, et qu'on lui rendrait service de pré-
server ses racines de leur humidité en le plantant sur
la croupe d’une colline tournée au midi et en l’entou-
rant d'une petite plate-forme, comme on fait pour les
vignes de treille et les accacias en bien des endroits.
FIN.
EXPLICATION DES PLANCHES".
了 PraANCHE 1°. Tsan-lien , feuilles de papier sur lesquelles on fait pondre
les papillons femelles, pag. 99 sq.
PraANCHE 2. Tsan-wang, filet pour changer les vers à soie. On s’en
sert communément, dans le midi, à tous les âges des
vers à soie. Dans le nord, on ne s’en sert que lors-
qu'ils sont petits. Voyez pag. 143, ligne 12.
PLANCHE 5. Sang-long, paniers en filets pour transporter les feuilles.
On s’en sert particulièrement dans le midi.
. Ibid. Ficure 4. Sang-kia, instrument pour couper les feuilles.
Les deux pièces en forme de V doivent avoir deux ou
trois pieds de hauteur. La main gauche fournit les
feuilles et on les coupe en abaissant la lame avec la
main droite. Cet instrument n’est en usage que dans
le nord de la Chine, où se font les plus grandes éduca-
tions de vers à soie; ce procédé est très-expéditif.
On se sert aussi d’un autre instrument appelé thsié-tao. I
a deux manches comme les couteaux des tanneurs; il
doit avoir environ deux pieds et demi de longueur. On
en fait usage lorsqu'on a une grande quantité de vers
à soie.
Dans le midi, quand les vers à soie sont petits , on coupe
les feuilles avec un petit couteau de table dont la lame
est mince et bien aiguisée. (Une lame émoussée ferait
sortir le suc des feuilles.) À mesure que les vers à soie
grandissent, on fait usage de couteaux plus forts et .
plus grands.
! L'ouvrage original est accompagné d'une quarantaine de planches. On a
supprimé toutes les figures qui étaient déjà connues, et l'on a conservé
seulement celles qui présentaient un caractère de nouveauté.
220 EXPLICATION DES PLANCHES.
PLANCHE 4. Tsan-po, claies pour transporter les vers à soie ou chan-
ger leur litière. On s’en sert ordinairement dans le
nord, où l'on élève beaucoup plus de vers à soie que
dans le midi. La facilité qu'on a de les rouler ou dé-
rouler les rend très-propres à l'usage auquel on les
destine.
PLANCHE 5. Ma-theou-tso, coconnière oblongue. Voirle texte, pag. 154.
Ibid. Fiqure 2. Claie intérieure de cette coconnière.
PLANCHE 6. Touan-tso, coconnière ronde. Voir le texte, pag. 148.
PLANCHE 7. Chan-po, coconnière employée dans les districts de Kia
et de Hou. Voir le texte, Supplément, pag. 183.
PLANCHE 8. Kien-ong , jarres où l'on conserve les cocons sous des
couches de feuilles et de sel. Voir le.texte, pag. 165.
PLANCHE 9. Kien-long, appareil pour tuer les chrysalides au moyen
de la vapeur d’eau chaude.
1 y a des personnes qui mettent dans l'eau chaude
deux onces de sel et une once d'huile de navette,
pour que la soie ne se dessèche pas et pour qu'elle
soit plus facile à dévider. Voir le texte pag. 162.
PrANCHE 10. Cette planche ne fait point partie de l'ouvrage chinois.
| Nous en devons la communication à l'obligeance de
M. Huzard (de l'Académie des sciences ), qui possède
un grand nombre de dessins exécutés en Chine et re-
latifs à l'éducation des vers à soie. Cette disposition
nouvelle, où les claies sont chauffées par des réchauds,
confirme les observations développées dans l'article
Chan-po du Supplément (pag. 183 ). Cette méthode,
qui paraît présenter de grands avantages, diffère tout
à fait de celle des éleveurs d'Europe, qui abalssent la
température de l'atelier à l'époque où les vers à soie
travaillent à leur coque.
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TABLE DES MATIÈRES.
AVANT-PROPOS {PA RE er LE à SRE AE Lin ET
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Nore sur la température de la Chine..... ù 0 AL AN TOUR,
SPÉCIMEN du texte chinois......... HE 人 NT MESA à
TRADUCTION LITTÉRALE du spécimen. ...................4.
MOTOR DES MURIERS. +. : 22 2 rad dan ene nn es
Observations générales. RAR. à na. nd dd de 3
Des différentes espèces di PE ET dE TC pod
Manière* d'obtenir la meilleure graine pour reproduire les
müriers par semis... . . RARE RC RE CORP ET
Observations à suivre pour choisir les plants de müriers...
Phtakon des mürierg. 4 0/2 ds deu adels de à 4e
Méthode pour transplanter les müriers nains...........
De l'époque favorable pour planter. ..................
Manière d'élever les müriers.................:.....
De planter les branches............ aa
De tailler les grands müriers................
Méthode pour semer les müriers....,.................
Pour planter les müriers nains ...............
Pour planter les müriers en automne..........
Pour obtenir des marcottes..,............. #3
Pour planter les müriers qui proviennent de mar-
COMES ere de lei org ed ER E La
Plantation des branches de müriers sur ds planches de
RE cod ais so eee SE lee Let let) sue ENT = :
SUPPLÉMENT à la culture des müriers............ SN POI
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relaie. 全 让 全 全 人 Ur RTRUR TRE DAPERS
Greffe en écusson............. DT PER <u L4
Greffe en flüte. .... M QE du Lg Éd LE, EE
ÉDUCATION DES VERS A SOIE. eue... 人
Observations préliminaires... .................. ....
CARE,
299 TABLE DES MATIÈRES.
Construction du logement des vers à soie. .............
* Construction de l'étuve. .....,....:.......eoso...e
Barxs que l'on donne à la graine ( de vers SOIGD 入 全 区 让 让 下 人
Différentes espèces de vers à sole................-.,
Même sujet................. AA NC AL EME D :
Préparation de la graine pour obtenir une éclosion er
HANEGE UN AU NE ES An ET En Le TER PR PE
Maladies que contractent les vers à soie lorsqu'ils sont en-
core dans Fœuf::14:11,2::,5:44640; 208: ERIONNS
Eclosiogdes vers A.soie. ....:..40at,hudlas té: ue
Moyen de hâter ou de retarder l'éclosion.. . . ......105 et
Choix des cocons pour obtenir de bonne graine.........
Causes qui empêchent l'éclosion et les mues d’être simul-
ÉATCBS ÉCAIL HERMANN tuer Re SR A 有 有 全
NoURRITURE des vers à soie............. MAR re HE Me
Nourriture des vers à soie de quatre mues........,.....
Des vers. d'automne!" LT Me
Préparation de la poudre de feuilles . 2, 7 GO DO TRS
Farine de petits pois verts qu'on répand sur les feuilles après
la troisième mue. ( Voyez pag. 118.)...... RE ER
Manière de nourrir les vers à soie naissants.............
Avantages des éducations de vingt-cinq jours; quantité de
la soie proporlionnée à la durée de l'éducation ........
Méthode pour guérir les vers à soie de l'échauffement qu'ils
éprouvent après la dernière mue..................
Nécessité de couper les feuilles en filaments minces pour les
jeunes vers à soie, et de les répandre sur eux avec un
LAS AN cts Die es ee le(e ete leloious, ele . secte LC
Méthode pour diminuer la tnitese et hiter la mue. à
Choses nuisibles aux vers à soie......... 8
Maniere de nourrir les vers à soie suivant Le différents
âges ...... RAA IS NERO A ANT EL OLIS
Chaleur qui leur Rte Pet. l'intervalle d’une mue à
116
Ibid.
117
118
120
122
125
126
rade. MER PERLE AE EN EE PERS ANR NA nn ESA ONE 7!
Poudre de Enilles de müriers que l'on répand sur les feuilles
nouvelles légèrement humectées.......,...,..,.4.
Méthode pour hâter les changements de couleur dans les
vers retardataires et les don à muer en même temps
que ceux qui sont plus avances D » sait CORRE
Autre manière de nourrir les vers à soie RAR. leurs diffé-
rents âges et suivant les changements de couleur qu'ils
éprouvent dans l intervalle de chaque mue............
127
128
TABLE DES MATIÈRES. 295
Pages
Qualités des feuilles qui conviennent aux vers à soie. .,.. 151
Nécessité de varier la température de l'atelier suivant les .
différentes époques de la vie des vers à soie. ,..,,..... 1352
D'élever la température quand les vers à soie ont
monté sur les feuilles et se disposent à manger. 133
D'abaisser la température quand les vers à soie ont
fini de manger....... ei nt Le 153-134
DisTriBuTION des vers à soie sur les claies pour les espacer... .. 135
TransporT des vers à soie.................... PERMYPTE 156
Cause de la maladie appelée, en Europe, missenlinn Ibid. et 137
Procédés pour séparer les vers à soie des crottes et de la 于-
tière, et les préserver des maladies que cause leur fermen-
eo OA 和 158
了 RANSPORT des vers à soie après leur premier sommeil. ,...... 140
Des vers à soie après leur second sommeil, .,,...... .. Ibid.
Après leur troisième sommeiïl...,........ 14]
ENTRÉE des vers à soie dans la coconnière............... JU LUI
Construction des claies où doivent travailler ls vers à soie.
Procédé pour chauffer ces claies ; utilité de ce chauffage. 145
Autre méthode analogue à celle qui est indiquée par Ja
planche 7. ( Voyex pas. 195.).:.,:, m2 Sa LOG
Maladies des vers a soie dans la coconnière.............
Causes qui font périr la chrysalide et la font devenir rouge
本 RATS RCE ER ENT 148
COCONNIERES RONDES employées dans le midi de la Chine... .... 149
Production de la soie, beaucoup plus considérable dans le
nord que dans le midi. (Voyez aussi pag. 155, ligne 13.). 152
CocONNIERES OBLONGUES employées dans le nord de la Chine.... 154
Avantages et inconvénients des coconnières rondes et
风光 Ds D Dr dt 155
Coconnières recommandées par l’auteur............... 156
OR CE Ce 1 LL di ee on è s ALTO
Manière de conserver les cocons ; choix des Een à cocons
DR A CT MONET 2e ass ere 6 ahbe TEL 159
Signes qui permettent de juger d'avance la qualité et la
quantité de la soie d'après la forme et l'apparence des
Manière d'étoufler les chrysalides au moyen de ja vapeur
Re DORA Ein ce er SERRE 162
294 TABLE DES MATIÈRES.
Différents procédés pour faire mourir les chrysalides. . .... 164
Emploi de la terre glaise mêlée de sel, pour fermer herméti-
quement l'ouverture des jarres où l’on serre les cocons.. 165
SUPPLÉMENT à l'éducation des vers à soie.......... PR D
Grambiié er ABpIe..… 4... luc Ceelee à ire ROUES Ibid.
Bains que l'on donne à la graine de vers à soie. ...... sde TR
Précautions pour conserver la graine. ......, ss sie #2 CUIR
Des différentes espèces de vers à soie. ................ 172
Procédé pour blanchir les cocons jaunes........ s 52 10 ae te CR
Nourriture des vers à soie. .............. Un
Des choses que craignent Ales vers als0le....: . . ….. «40 176
Des feuilles de mürier. Culture des müriers. Manière de le
reproduire. Cueïllette des feuilles à l’aide de ciseaux... 177
Manière de couper les branches. Feuilles de mürier employées
à la nourriture des moutons..............….... SAP L'
Des feuilles qui sont nuisibles aux vers à soie, Feuilles hu-
mides données aux vers à soie re la dernière mue.... 179
Maladies des vers à soie..... È Lt certe a CRE 181
Moyen de reconnaître les vers à soie qui sont mürs pour
fer. Rd, LE 88 LES Le Re SITE 3 TER PERS . 182
Coconnière appelée Chan. -po. se qu'elle présente... 183
Récolte des COCONB: 24 à 5 «20 ne co ou 20 DEN RE 186
Moyen de donner de la force à la soie.......... Ibid. et 187
Mémoire du P. d’Incarville sur les vers à soie sauvages... . Jbid.
FIN DE LA TABLE DES MATIEKES.
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